Homélie du 15° Dimanche A 10/07/05
Quand je prépare un baptême, je demande toujours aux parents : "Comment s'est passé l'accouchement ?" C'est la jeune maman qui
répond, et le plus souvent c'est une réponse positive du genre : "Comme une lettre à la poste. Ça donne envie d'en faire un deuxième!".
Mais il y a parfois d'autres réponses, entrecoupées de silence : "Ça a été difficile. Ou très long. Il a fallu me recoudre. Ils ont été obligés de prendre les forceps." Les yeux brillants,
en se tournant vers le landau, ces mamans ajoutent ensuite : "Quand on voit ce qu'on tient dans les bras maintenant, je me dis que ça en valait la peine, même si ça reste un mauvais
souvenir." Le jeune papa qui a été présent presque toujours lors de l'accouchement, ne dit rien, mais on sent que la souffrance de sa femme l'a touché et laissé quelque peu
désemparé.
Saint Paul avait-il été sage-femme à l'hôpital de Jérusalem dans les années 30 ?
À écouter ce passage de la lettre aux Romains (8,18-23) on croirait bien qu'il nous décrit une séance d'accouchement !
"Nous passons par les douleurs d'un enfantement qui dure encore"
C'est donc qu'il y a des douleurs positives, lorsqu'elles sont annonciatrices de renaissance.
Pas n'importe quelles douleurs, car il en est de destructrices, d'inutiles. Mais celle d'une femme en travail d'engendrement.
"Nous aussi nous crions notre souffrance : nous avons commencé par recevoir le Saint-Esprit, mais nous attendons notre adoption et la délivrance
de notre corps" écrit St Paul, décidément très au courant de la Maternité du Saint-Esprit…
Rappelez-vous les douleurs que vous avez déjà traversées, et qui se sont révélées à posteriori comme le passage obligé vers une nouvelle étape de votre vie. Les grossesses et les accouchements pour
vous Mesdames (j'ai une nièce obligée de rester allongée, en arrêt de travail pendant les 6 derniers mois de grossesse…)
Peut-être le Service Militaire pour vous autrefois Messieurs; au moins pour les anciens le Maquis et la Résistance pour arriver à la libération en 1945…
Plus simplement, les temps de préparation d'examens et de diplôme.
En prépas, Math Sup et Math Spé, on nous appelait les "taupins".
Car préparer les concours, c'est faire comme la taupe : s'enfouir sous le sol, creuser sa galerie avec obstination sans rien voir du résultat, pour déboucher enfin à la lumière.
Eh bien, il y a bien des périodes où il nous faut redevenir taupes : accepter un travail, un effort pénible, pendant un certain temps, pour renaître à une autre étape.
En ce sens, Paul est certainement notre taupe-modèle!
Après sa conversion, il est passé par le désert trois ans, il s'est formé, a médité, s'est transformé avant de devenir le prédicateur célèbre.
Et sa mort à Rome, décapité sur la route allant à Ostie, a dû être son dernier travail d'enfantement : se préparer à donner sa vie, passer par la décapitation, pour rejoindre la vie éternelle.
"Taupe-là!" pourrait-on dire comme les marchands :
accepte courageusement les douleurs d'un travail sur toi qui te conduira à la liberté.
Ce peut être la décision d'une cure de désintoxication pour un alcoolique ou un fumeur drogué.
Ce peut être un suivi psychologique pour quelqu'un qui a besoin de retrouver la paix, de surmonter une dépression…
Ce peut être une réorientation professionnelle qui passera par une nouvelle formation exigeante et ardue.
C'est la préparation des concours, des examens, des diplômes pour les étudiants.
Bref, il vaut mieux se méfier des charlatans qui vous proposent une péridurale spirituelle où, disent-ils, vous deviendrez un être nouveau sans travail, sans
effort, sans peine.
Méfions-nous tout autant de ceux qui voudraient glorifier la souffrance en général sous prétexte qu'il en est de constructives.
Faisons plutôt confiance comme Paul au travail de l'Esprit-Saint en nous :
il nous rabote, il nous fait gémir, il nous décape, mais c'est pour former le Christ en nous.
C'est pour engendrer en nous l'Homme nouveau, c'est pour accoucher d'une vie nouvelle, éternelle.
Quel est en ce moment le travail que l'Esprit nous demande ?
Quelles sont vos constructions spirituelles ?
Comment vous préparez-vous à "perdre les eaux" le moment venu ?
Pour certains, c'est se préparer au dernier départ et d'y préparer sa famille.
Pour d'autres, c'est d'accepter de devenir beau-père, belle-mère, ou grands-parents.
Pour d'autres encore, c'est le courage d'une décision importante, coûteuse mais pleine de promesse…
"Seigneur, n'arrête pas le travail de tes mains" dit un psaume.
Les mains de Dieu sont les mains d'une sage-femme :
qu'il nous travaille, pour accoucher sans cesse de nous-mêmes,
parfois à travers les douleurs de l'enfantement.
Amen.
P. Patrick BRAUD
par Patrick Braud
publié dans :
Homélies
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