Angoulême (Charente)
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"La République, les religions, l'espérance" :
le dernier bouquin de Sarkozy n'a pas fini de faire parler de lui.
Lecture suivie
SARKO-PILE
républicain, pas idolâtre
Pour lui, la République ne peut avoir la prétention de répondre à toutes les questions de l'homme : la mort, le sens de la vie.
"Le besoin spirituel, l'espérance ne sont pas satisfaits par l'idéal républicain. La République est une façon d'organiser l'univers temporel. Elle est le meilleur moyen de vivre ensemble. Mais elle n'est pas une finalité de l'homme." (p 23). On aimerait entendre plus souvent une telle humilité du politique!
décomplexé
La génération des 40-50 ans est plus libre face aux questions religieuses (et encore plus en dessous !). Sarkozy est représentatif d'une nouvelle approche : décomplexé, curieux même de la dimension spirituelle, il n'a pas (comme les plus de 60 ans) connu une Église (soi-disant) dominatrice ou castratrice. Il n'a pas de comptes à régler. Du coup, il est intellectuellement ouvert, et personnellement sensible à la force symbolique que représentent les religions dans le monde et en France.
iconoclaste
Dès lors, pourquoi se contenter du silence qui a tenu lieu de laïcité dans les années récentes ? Après la confusion du religieux et du politique sous l'Ancien Régime, après la laïcité de combat de la République au XIX°, puis la laïcité d'ignorance (voire d'incompétence) de la fin du XX°, n'est-il pas temps d'ajuster la place du religieux à la nouvelle donne sociale ? Sarkozy plaide pour une laïcité ouverte : "la laïcité n'est pas l'ennemie des religions. Bien au contraire. La laïcité, c'est la garantie pour chacun de pouvoir croire et vivre sa foi" (p 15). Là encore, on aimerait que plus de politiques aient ce courage-là... 
SARKO-FACE
"activiste" ?
La philosophie personnelle de Sarkozy laisse peu de place à la pensée. Il accorde une importance capitale à l'action : "ce n'est pas seulement par ce que je 'pense' que je suis, c'est d'abord ce que je 'fais'. Ce sont nos actes qui nous engagent. Ce que l'on fait est ce qu'il y a de plus authentique, de plus sincère en nous et peu importe les raisons pour lesquelles on le fait." (p 33) Philosophie contestable, voire dangereuse : l'homme n'est que ce qu'il fait ? Très volontariste (mais prononcé par quelqu'un à qui tout semble réussir dans ses actions...), ce primat donné à l'action risque d'occulter le nécessaire débat sur les systèmes de pensée, qui ne sont pas tous équivalents, et ne conduisent pas tous aux mêmes pratiques (qu'on pense à la thèse de l'affinité élective chez Max Weber par exemple). Sarkozy tente d'habiller en pragmatisme cette faiblesse philosophique : mais on peut se perdre dans l'action... Et puis il y a l'échec! Et puis la tradition chrétienne proclame le salut par la foi, non par les oeuvres.
utilitariste?
Admiratif devant le réel travail de lien social qu'opèrent les religions (par exemple l'islam modéré dans les banlieues), Sarkozy serait tenté de se défausser sur les associations religieuses de carences de l'État
Le mot "utile" revient sans cesse dans sa bouche en parlant des religions (on sait que l'utilitarisme est en fait une philosophie d'économie politique cf. Bentham, Stuart Mill, Von Mises...). Or, 'utiliser' la religion pour occuper les jeunes, transmettre des 'valeurs', apaiser les banlieues (et consoler les pauvres, aurait-on ajouté au XIX°) éloigne de la grande tradition du christianisme comme force de contestation sociale. La critique de l'ordre établi, lorsqu'il devient inhumain, appartient à la dimension prophétique du baptême (et là, les chrétiens ne sont plus 'utiles' mais dangereux pour le pouvoir en place).
bonapartiste ?
Sous prétexte de reconnaître le rôle social du fait religieux, Sarkozy ne risque-t-il pas de vouloir l'organiser, le contrôler ? Cette tentation gallicane, par le biais du financement, de la formation des ministres du culte, n'est jamais loin dans sa bouche. Vouloir réformer la loi de 1905, essentiellement pour libérer l'islam en France de ses influences étrangères (pour en faire un islam 'de France'), a un petit air de Napoléon imposant son Concordat à Pie VII!
soviétique ?
Comble du paradoxe ! Allant jusqu'au bout de sa logique utilitariste, Sarkozy propose "de convertir les églises de campagne en salles communales, en salles de concert (p129)" lorsqu'elles sont peu utilisées ! C'est méconnaître la vitalité actuelle d'une autre forme de vie paroissiale, notamment avec les relais paroissiaux, qui font vivre ces églises, ouvertes, fleuries, lieux de prière, 'habitées', rassemblant pour les obsèques, les mariages, l'humble prière de petits groupes (en dehors de la messe). C'est méconnaître la présence spirituelle liée à nos églises romanes (en Charente) depuis le XI° siècle, signes du sacré, offertes à tous, au-delà de l'utilité sociale !
la confusion foi-irrationnel
Sarkozy semble ignorer l'alliance entre la foi et la raison. Il a mal lu St Augustin lorsqu'il l'appelle à la rescousse pour justifier le "saut entre la raison et la foi" (p 29). Il méconnaît la tradition universitaire catholique (depuis la Sorbonne, école théologique devenue la première université française !), les siècles d'élaborations rationnelles (pensez aux conciles !). Comment peut-on faire une partition entre les sciences, dont s'occuperaient les universités, et la foi considérée comme 'irrationnel' dont s'occuperaient les séminaires (sic !) (p 126) !!!
l'exception islamique
Plus de la moitié du livre concerne la nouvelle donne qui surgit de l'islam en France. Sarkozy plaide pour un régime d'exception, "de rattrapage" (p 81), qui fait penser à sa fameuse "discrimination positive", pour donner à l'islam les moyens de rattraper son retard en ce qui concerne son rôle social. Mais c'est faire beaucoup d'entorses au principe d'égalité que d'accorder - pendant quelle période ? - au culte musulman des facilités et des exceptions dont on se demande quelle part de liberté ce même islam y laissera...
ALORS : SARKO-PHAGE?
Ce livre a un grand mérite : il repose ouvertement et librement la question de la reconnaissance sociale du fait religieux. Il reconnaît que la République a besoin d'une espérance qu'elle ne peut se donner à elle-même. Il relance le débat sur une conception de la laïcité mieux adaptée à la situation nouvelle, loin des archaïsmes. Sans être naïf sur les dérapages utilitaristes de Sarkozy, remercions-le de mettre les pieds dans le plat, et continuons le débat, pour une laïcité ouverte !
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Pas si mal l'analyse sarkozyste de la laïcité ! au moins c'est une vision relativement humble du politique...
Par contre, retoucher à la loi de 1905 uniquiment à cause de l'islam serait sans doute aventureux...