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Visites ‘spirituelles’ de la Cathédrale d'Angoulême par P. Braud ou R. Houdusse : Mercredi-Jeudi-Vendredi à 18h en Juillet-Août
Mercredi 1 décembre 2004


Afrique amante


Les poèmes sont rares sur ce site. Essayons de rattraper cette lacune en publiant ce poème d'un coopérant (merci Bruno !) quittant l'Afrique Noire après une longue période de travail près du Niger.

terre à sortilèges...Il est temps de te dire adieu
Amante retrouvée dans le rouge et le vert
Terre où Dieu respire la poussière
Et le rance de karité !
Et la paix échangée sans cesse…
Corps où le désir est harmonie du soir,
Violence de la pluie, intransigeance du jour,
Tant de grâce en convoyance de pupilles agrandies,
Amante retrouvée et qu'il me faut reperdre…

Nos yeux sont trop petits pour voir
Et nos cœurs trop faibles pour comprendre.
Trop d'odeurs trop sont fortes
Et trop de clameurs trop étranges.
Il y a des couleurs
Il y a des douceurs qui nous sont inconnues.
Or dans son saisissement d'être
Dans ce frôlement de peau
Où l'émotion physique est rencontre ineffable,
Mon corps n'est que suffocation
Et désir sans fin qui ne sait que poursuivre
Mais sans cesse est creusé d'une douleur paisible…

Amante de parfums,
Souffle court et complicité à l'ombre de tes cils,
Tes yeux en mangues jeunes sont sucrés à mes yeux.
Et nos mains par instants
Entrecroisent la tendresse en pagnes courts tressés
Dans la patience du tisserand, là-bas,
Qui trame les pieds nus…

Afrique amour,
Te perdre est la circoncision du cœur.
Te dire adieu est l'initiation souffrante
Dont j'arborerai les scarifications sanglantes
À tout jamais…

Tu m'as séduit et je me suis laissé envoûter.
Tu m'as blessé et tes marabouts entretiennent une possession obscure.
Tu as étreint mon nom, et j'ai crié sous ton étreinte
Quand tes chants en mooré lacéraient ma prière
Et que tes rythmes obsédaient mon offrande…

Alors entre mes mains, et le mil et la bière
Et le pain et le vin deviennent palpitants de louange,
Plus denses d'étonnement et ruisselants de vie.

J'ai pu te pleurer seul quand tu te dérobais,
Laissant glisser ton grain rouge et noir
Le long du fuselage,
Dernière caresse de l'adieu.

À l'ombre de tes ailes, les flaques peignées
Reflétaient le trouble qui coulait,
Oued immobile,
Détresse accumulée…

Et par lambeaux entiers je demeure et je pars !

Nous sommes tant d'affluents à l'histoire d'une âme…

Je demeure et je pars !

La perte est cette crevasse qui ronge la piste sur le désert du retour.
L'angoisse est cette aridité à perte d'horizon
Les larmes ces nuages qui servent d'écrin au Sahel
Quand le cœur est si haut que tant de profondeur l'effraie.

Ma tristesse survole les formations des dunes.
Ma mélancolie suit les boucles du formidable Niger
Insolence et défi que le sable n'épuise
Si peu fécond pourtant que l'erg tolère à peine
Aux confins de l'empire qui ondule et attend…

Qui rassemblera ces éclats d'être
Dont je ne cesse de manquer en parcourant le temps,
Le temps si court
La fin si proche ?
Qui recueillera l'amour en mille visages diffractés
Sinon toi, Seigneur écartelé,
Que la mort n'a pu disperser ?


Afrique adieu…
Une autre amie m'attend que je ne connais pas encore.
Elle a - dit-on - plus de finesse que toi.
Le voilement de son long regard annonce plus de délicatesse
À ton immédiateté fascinante elle oppose des raffinements plus subtils.
Elle m'a donné rendez-vous
Je ne sais quand.
Mais elle m'attend.
Pourtant jamais d'autres étreintes
Ne me feront oublier
Les odeurs,
Les couleurs,
Et l'envoûtement de cœur que tu possèdes
Même à distance.

Afrique amour, nous reverrons-nous ?…

par Bruno Crozet publié dans : Humeur
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