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Vendredi 21 mars 2008

Euthanasie : la voix des évêques

 

Chantal Sébire a été retrouvée morte mercredi 20 mars à Dijon. Sa maladie défigurative et incurable a fait l’objet d’un vaste débat sur la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté. Plusieurs évêques sont revenus cette semaine sur la question de l’euthanasie et ont proposé des éléments de discernement.

 

Cardinal Philippe Barbarin
Interview parue dans Aujourd’hui en France
16 mars 2007

« Il faut rendre hommage à la médecine et au personnel soignant qui fait le maximum pour diminuer la souffrance des malades. Ceux-ci ont besoin de notre compassion, de notre présence et d’une infinie délicatesse, pleine de silence et de respect. Mais il ne faut jamais légiférer sous le choc de l’émotion. La loi Léonetti a été votée à l’unanimité par le Parlement. Au lieu de reconnaître un droit à donner la mort comme en Belgique ou en Hollande, nous accompagnons les malades jusqu’au terme de leur parcours, en luttant avec eux contre la souffrance. Mais personne n’a le droit de donner la mort. Cette loi a ouvert une « voie française » qui inspire plusieurs de nos voisins. »

****

 

 

Mgr Roland Minnerath, archevêque de Dijon
Editorial de la Revue diocésaine
17 mars 2008

« [..]

1. Tout d’abord nous nous trouvons face à une personne qui souffre et qui le fait savoir. Au-delà de la dimension médiatique, nous pensons à elle et à son épreuve. Les paroles sont toujours maladroites pour dire, avec toute la retenue et la proximité nécessaires, notre compassion et notre solidarité. Dans ces moments, il est important qu’une personne ne se sente pas seule à porter le poids de son épreuve. Nous prenons alors tous conscience de la fragilité de nos existences. Le drame de la souffrance interroge notre liberté. Réclamer d’un tiers le geste qui vous prive de la vie est un cri de désespoir. Mais aussi un appel à l’aide. Comment aider une personne à bout de force à ne pas en vouloir à la vie ? Supprimer la souffrance est une chose, supprimer la vie en est une autre.

 

2. Un large courant d’opinion estime qu’il devrait être permis, à certaines conditions, de donner la mort à une personne atteinte d’une maladie incurable et qui en fait la demande. Sous le coup de l’émotion, on se laisse convaincre que la seule issue est alors de hâter la mort. Cependant, notre jugement ne peut pas être conditionné uniquement par l’émotion et son amplification médiatique. Ce qui est en jeu, c’est la valeur que nous accordons à notre humanité même. On prétend que la dignité d’une personne serait diminuée en proportion de sa dégradation physique ou psychique. Mais la dignité n’est pas une variable, fonction de notre état de santé physique ou mental, de notre âge, de notre fortune, de notre culture ou de n’importe quoi. La dignité nous est donnée avec la vie, elle est inaliénable. Il ne nous appartient pas de décider qui est digne de vivre, ou qui est digne d’être considéré comme une personne humaine. La dignité doit toujours être respectée.

 

Devant une maladie incurable, on doit rappeler les éléments de discernement qui peuvent conduire à :

- soulager la douleur par les soins palliatifs, même si les analgésiques peuvent amoindrir la conscience de soi et abréger la vie, 
- interrompre un traitement curatif sans espoir de guérison,

- éviter tout acharnement thérapeutique.

Dans ces critères apparaît le souci de soulager, d’accompagner la personne, d’éviter la douleur. Cette attitude est bien différente de celle qui consiste à décider du moment de la mort et à la donner. Le médecin a prêté un serment dans lequel il promet d’exercer son art pour guérir et non pour tuer. La raison et le cœur, ces profondeurs de notre humanité, répondent sans hésiter que la vie est inviolable, que nous devons l’accueillir, l’éduquer, l’entretenir, la soigner, la guérir. Mais pas la supprimer, même si l’intention est d’éviter la souffrance. Parler d’une « exception d’euthanasie », c’est ouvrir une brèche non seulement dans la déontologie médicale universelle, mais dans la notion même de l’indisponibilité de la vie humaine. Il faut s’attaquer à la douleur, pas à la vie. Avec affection et compassion, dans l’écoute et l’espérance.

 

3. Les croyants ne prônent pas une autre éthique que l’éthique humaine accessible à tous. Mais notre foi nous éclaire dans nos choix et nous comptons sur la grâce de Dieu pour persévérer. La vie n’admet pas d’être réduite à ce qu’elle n’est pas. La vie ne nous appartient pas comme un objet à notre disposition. Nous sommes dans la vie. Il y a la vie biologique qui un jour nous quitte ; il y a la vie relationnelle qui nous fait découvrir la puissance de l’amour ; il y a l’Esprit qui s’offre à notre accueil et anticipe en nous la vie éternelle. Acceptons la vie comme une promesse. Laissons-nous surprendre jusqu’au bout. [..]

****

Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus Toulon
20 mars 2008

Chantal Sébire vient d’être retrouvée morte à son domicile. Son décès marque l’issue d’un drame humain atroce qui a été largement médiatisé. Sa maladie défigurative et incurable a fait l’objet d’un vaste débat sur la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté.

Il faut se garder d’instrumentaliser la tragédie particulière d’une personne qui lutte avec la mort. La législation actuelle est claire. Elle n’autorise pas l’euthanasie qui serait la complicité par l’Etat et le corps médical de la destruction d’une personne. L’acceptation légale du meurtre volontaire d’un malade de la part des médecins et de la société ferait vaciller les principes fondamentaux sur lesquels sont fondés le vivre ensemble et le respect de chacun. On ne peut disposer de la vie d’autrui. Confronté au problème de la mort, le médecin est d’abord au service de la santé. Le code de déontologie médicale le rappelle : " Le médecin n’a pas le droit de provoquer délibérément la mort ". Une société ne peut décider qui doit vivre et qui doit mourir et si telle vie vaut la peine d’être vécue. Un passé récent souligne les dangers eugénistes que ferait encourir une telle dérive. En viendra-t-on à refuser de réanimer quelqu’un qui aurait décidé de se suicider ? Pour supprimer la souffrance, doit-on supprimer la vie ?

Le cadre législatif actuel sur l’accompagnement vers la fin de vie propose des solutions palliatives qui respectent à la fois le caractère inviolable de la vie humaine, et d’autre part, le refus d’un acharnement thérapeutique, qui mettrait en œuvre des moyens disproportionnés. Dans certains cas, le médecin pourra proposer des sédations avec un effet anesthésiant, ou l’utilisation adaptée d’antalgiques, en phase terminale. Il revient aux spécialistes de la douleur de définir les justes prescriptions pour soulager les souffrances et les douleurs, tout en ne provoquant pas activement la disparition d’un être humain, car sa vie est sacrée.

La méditation de la passion du Christ au cœur de cette semaine sainte peut éclairer la manière dont les croyants peuvent aborder la question de la mort et de la souffrance qui l’accompagne. L’agonie de Jésus souligne le caractère intolérable de la mort d’un Juste innocent.

 

COMMUNIQUE DE PRESSE

20 mars 2008

 

Mort de Chantal Sébire

L’Alliance pour les Droits de la Vie demande que la lumière soit faite

 

L’Alliance pour les Droits de la Vie exprime sa tristesse et son profond malaise à l’annonce du décès de Chantal Sébire.

Comme des millions de Français, nous avons été saisis par l’emballement médiatique qui a précédé sa mort. Nous avons écouté avec attention et émotion les paroles de cette femme, durement éprouvée. Elle a témoigné ces dernières semaines d’un indéniable courage qui force le respect. Cependant, nous ne pouvons pas taire le profond malaise et le sentiment de gâchis que nous laisse cette fin de vie.

- Pourquoi Chantal Sébire a-t-elle refusé les soins palliatifs qu’on lui proposait tout en ayant visiblement une idée inexacte de leur réalité ?

- N’a-t-elle pas été, malgré elle, l’instrument d’une idéologie qui réclame, avec le suicide médicalement assisté, bien davantage que le traitement des exceptions ?

Banaliser l’idée du droit au suicide contredit les efforts que notre société réalise pour sauver et consoler les désespérés, soulager leurs douleurs et donner toute leur place aux personnes dépendantes sans les juger sur l’apparence.

« Avec cette déferlante médiatique, explique le docteur Xavier Mirabel cancérologue et président de l’Alliance pour les Droits de la Vie, nous constatons que l’incompréhension et la peur se sont emparées de beaucoup de personnes que nous accompagnons et de leurs proches. On a fait croire que Chantal Sébire était contrainte à l’exil ou à la souffrance et qu’on la privait d’une mort ‘douce. Il est essentiel de sortir de la confusion actuelle. » 

L’Alliance pour les Droits de la Vie demande que toute la lumière soit faite sur le parcours soignant de Chantal Sébire, les raisons pour lesquelles les soins palliatifs ont été refusés ainsi que sur ce qui s’est réellement passé dans la journée d’hier, au moment même où son médecin traitant présentait le dossier médical à l’Elysée. Respecter la mémoire de Madame Sébire, dont la fin de vie a bouleversé la France, passe par la vérité.

 

L’Alliance pour les Droits de la Vie est engagée contre l’acharnement thérapeutique et l’euthanasie. Son président, le cancérologue Xavier Mirabel est par ailleurs coordonnateur médical du site d’écoute www.sosfindevie.org qui accompagne chaque année des milliers de personnes confrontées aux drames de la maladie et de la fin de vie.

 

Contact presse pour la Charente : Henri de Soos (06 85 91 63 11)

www.adv.org



L'euthanasie
Déclaration commune juive-catholique sur « le soin des malades en fin de vie ». Fondée sur une analyse commune de la loi Leonetti, elle est le fruit d’un travail mené conjointement par le Diocèse de Paris et le Consistoire de Paris, mars 2007.
"Loi relative aux droits des malades et à la fin de vie : des ambiguïtés à lever", déclaration de Mgr Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux, président de la Conférence des évêques de France, 13 avril 2005.
"Accepter la mort, maintenir les soins auprès du malade", déclaration de Mgr Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux, président de la Conférence des évêques de France, 20 septembre 2004
"Ni euthanasie, ni acharnement thérapeutique", communiqué du 8 octobre 2003 de Mgr Jean-Pierre Ricard, président de la Conférence des évêques de France, archevêque de Bordeaux.
Réflexions sur l'euthanasie de Mgr Thierry Jordan, archevêque de Reims, 29 septembre 2003
"Euthanasie, un compromis impossible" : communiqué de Mgr Louis-Marie Billé, archevêque de Lyon, président de la Conférence des évêques de France, 4 mars 2000
"Le respect de la dignité de la personne mourante - considérations éthiques sur l'euthanasie " par l'Académie pontificale pour la vie, 9 décembre 2000.
"respecter l'homme proche de sa mort", déclaration du Conseil permanent de la Conférence des évêques de France, le 23 septembre 1991

par Patrick BRAUD publié dans : Pour réfléchir communauté : Communauté spirituelle
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