Homélie des Rameaux 16/03/08
Rameau, d’où viens-tu ?
Le magnifique hymne de la 2° lecture de ce jour (Ph 2,6-11) nous donne la clé de la Passion que nous entendons chaque dimanche des Rameaux comme
aujourd'hui.
Le Christ, par amour, va au plus bas de l'humanité souffrante, de l'humanité qui se croit maudite, éloignée de Dieu. Il descend au plus bas, jusque dans nos enfers, pour que nul ne désespère, pour que nul ne se croit trop loin de Dieu, pour que nul ne se croit maudit de
Dieu...
Dans la passion du Christ chacun de nous est rejoint par Lui au plus bas, au plus intime de sa souffrance, pour être élevé avec Lui. En
Jésus Dieu se montre si passionnément humain que notre espérance devient immense !
Le geste que nous faisons ce dimanche des Rameaux nous le dit d'ailleurs : que tenons-nous à la
main ?
* Des talismans qui nous protègeraient du malheur ? Mais l'homme que nous acclamons avec ces rameaux n'a pas été protégé du supplice de la croix...
* Des objets mystérieux réservés aux initiés ? Mais quoi de plus simple qu'une branche de buis prise sur un
buisson ?
* Des choses qu'il faut ramener chaque année à la maison parce que c'est la coutume ? Mais la coutume se perd lorsqu'on ne sait plus
pourquoi, lorsqu'on ne peut plus en expliquer le sens à ses enfants...
Non : ces rameaux qui acclament Jésus - humble Messie entrant dans Jérusalem, monté sur un âne - ces rameaux sont avant tous les signes d'une
espérance extraordinaire !
* C'est avec un rameau frais d’olivier dans
son bec que la colombe revint annoncer à Noé que les déluges sont terminés pour toujours. (Gn 8,11)
Acclamer le Christ avec les rameaux, c'est nous aussi proclamer que rien désormais ne pourra plus nous submerger. Unis au Christ, ni la solitude,
ni les séparations, ni les difficultés financières, aucun déluge moderne - pas même la mort - ne pourront jamais nous séparer de l'amour de Dieu...
* C'est encore avec un rameau que Moïse autrefois a laissé Dieu désigner celui qu'il avait
choisi.
Moïse avait donné 12 rameaux aux 12 patriarches d'Israël, puis les déposa devant Dieu (Nb 17, 16-26 ; He 9,4). Un seul a bourgeonné cette nuit-là : celui d'Aaron le grand prêtre
choisi.
Nos rameaux qui viennent juste de bourgeonner et de refleurir avec le printemps qui revient, ces rameaux que nous avons cueillis parce qu'ils sont
verts et frais, dégoulinant de vie, eh bien ces rameaux désignent Jésus comme celui que Dieu a choisi pour nous unir à lui. Nous sommes, rameaux à la main, un
peuple d'élus !! Non pas au sens des élections municipales d'aujourd'hui, mais au sens où Dieu en Jésus-Christ élit, choisit chacun de nous comme son
enfant bien-aimé...
Vous n'étiez pas candidats, vous n'aviez pas deprogramme électoral, mais vous voici élus !
Le rameau de la colombe, le rameau d'Aaron...
* Ces branchages que nous élevons en chantant « Hosanna ! » sont également liés à la joie du
peuple.
En effet lors de la fête des tentes chaque année le peuple juif va couper des rameaux d'olivier pour faire des
huttes, y manger, y vivre une semaine comme au désert pendant l'exode. C'est donc comme un renouvellement de l'alliance que le peuple acclame en brandissant ces rameaux. C'est comme si Dieu
venait à nouveau se fiancer à son Église : nouvelle alliance, la Passion de Jésus nous invite à croire qu'un nouveau départ est toujours possible ! Dans nos
amitiés, nos amours, nos engagements...
En ce jour d’élections, à ceux qui seront battus nous avons aussi envie de dire cela : ne baissez pas les bras, continuez de vous battre pour
le bien commun selon vos convictions, en vérité. À ceux qui gagneront, nous avons également envie de dire : si la foule vous acclame ce soir, souvenez-vous des rameaux, de la versatilité des
foules, et restez concentrés sur le service qui vous est maintenant confié...
* Enfin ces rameaux ont été choisis parce qu'ils sont verts, pleins de vie, et qu'ils le resteront
longtemps !
Rapporter des rameaux bénis dans sa maison, c’est croire que la vie offerte en Jésus-Christ sera plus forte que tout, plus forte que la
mort...
Accrocher une branche de buis sur les murs d'une pièce, c'est espérer que l'amour de Dieu triomphe de tous les hivers.
Vous connaissez ce geste que nous aimons accomplir lorsque l'un de nos proches meurt : nous décrochons la branche de rameau bénie du crucifix où nous
l'avions déposé aujourd'hui, et nous bénissons le corps de l'être aimé avec ces rameaux trempés dans un peu d'eau. Ce geste de bénédiction et d'espérance s'enracine dans la grande lecture
de la Passion de ce dimanche des Rameaux : puisque le Christ nous a passionnément aimé jusqu'à en mourir, la mort elle-même est maintenant changée et n'est plus un mur un
non-sens...
Que ces rameaux dans nos chambres, dans nos lieux d'accueil, deviennent de vrais signes de vie ; qu'ils nous aident à demeurer unis au Christ
quoiqu'il arrive !
Dans la passion de Jésus, Dieu se montre passionnément humain : qu'il en soit de même pour
nous.
Amen !
Père Patrick BRAUD
Ph 2, 6-11
Le Christ Jésus, lui qui était dans la condition de Dieu, n'a pas jugé bon de revendiquer son droit d'être traité à l'égal de Dieu ; mais au contraire, il se dépouilla lui-même en prenant la
condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement, il s'est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu'à mourir, et à mourir sur une croix. C'est
pourquoi Dieu l'a élevé au-dessus de tout ; il lui a conféré le Nom qui surpasse tous les noms, afin qu'au Nom de Jésus, aux cieux, sur terre et dans l'abîme, tout être vivant tombe à genoux, et
que toute langue proclame : « Jésus Christ est le Seigneur », pour la gloire de Dieu le Père.
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