Les Equipes d'Animation Pastorale des 4 doyennés du Grand Angoulême étaient réunies le Samedi 12/01/08: 80 personnes au total, qui ont pris le
temps de s'écouter, d'échanger leurs expériences, et de se reconnaître mutuellement dans leur mission.
Voici le texte de l'intervention de notre évêque lors de cette matinée de formation.
UNE NOUVELLE ÉTAPE DANS NOTRE VIE DIOCÉSAINE :
LES ÉQUIPES D’ANIMATION PASTORALE (*)
par Claude DAGENS, évêque d’Angoulême
I – UN RÉEL PROGRÉS DANS LA VIE DE L’ÉGLISE
- Je dois commencer par un aveu : j’ai renoncé aux réserves et aux réticences que je pouvais porter en moi
par rapport aux équipes d’animation pastorale. Ce qui m’a permis et même obligé d’aller au-delà de ces réserves, c’est l’expérience même des EAP
dont j’ai été récemment témoin, le 27 octobre à St Amant de Boixe, le 17 novembre à St Paul - Ma Campagne pour le doyenné d’Angoulême - Est et le 28 novembre à Rouillac.
- Mais je suis d’autant plus libre d’avouer ces réticences et de chercher à comprendre d’où elles provenaient. Je
perçois deux raisons :
. D’abord, sans doute, mon tempérament
d’historien qui me rend très sensible à ce qu’il y a de relatif dans les formes institutionnelles. Les formes changent, le fonds demeure. Et je reste convaincu que la forme institutionnelle
des EAP est relative, mais je pense à présent qu’elle convient à la mission actuelle de l’Église. Elle répond à une attente réelle.
. J’avais craint aussi le risque d’un
malentendu, d’une mauvaise compréhension : certains diront que l’on crée ces équipes d’animation pastorale composées de laïcs pour pallier la pénurie de prêtres, et l’on pourrait nous
reprocher ainsi de dévaloriser le ministère des prêtres. Ayant vu les réalisations en cours et la place décisive des prêtres dans ce nouveau façonnement de l’Église, je n’ai plus de
crainte.
Mais c’est à nous tous, baptisés ou ordonnés au service du Corps du Christ, de rendre compte de cette intention
réelle. Il est clair que les prêtres ne fuient par leurs responsabilités pastorales en les exerçant avec des laïcs. En réalité, chacun est appelé à vérifier encore davantage sa place particulière
dans ce nouveau déploiement de l’Église.
II – L’ENJEU PROFOND DES ÉQUIPES D’ANIMATION PASTORALE
1. Vivre de l’intérieur le
mystère de l’Église comme Corps du Christ : de l’intérieur de la foi partagée et de l’intérieur de ce Corps que devient plus visiblement et plus réellement l’Église.
C’est cela que perçoivent et dont témoignent souvent les membres des Équipes
d’animation pastorale : ils ne deviennent pas des fonctionnaires de l’Église, ils comprennent autrement, de l’intérieur, ce qui fait vivre le Corps du Christ, plus
précisément comment l’Église passe par nous et nous dépasse, parce qu’elle a sa source dans le mystère du Christ.
Déjà des relais paroissiaux ont perçu cette réalité « mystique » : sans avoir les mots
pour le dire, ils savent qu’ils participent intérieurement, et non extérieurement, au mystère de l’Église. Ils sont impliqués, engagés, associés au cœur même de la mission chrétienne.
Par conséquent, l’enjeu primordial des Équipes d’animation pastorale n’est pas d’abord du
domaine de l’organisation, mais du domaine de la sacramentalité de l’Église : il s’agit de prendre les moyens institutionnels de former
ensemble, réellement, le Corps du Christ, qui vit et qui annonce son Alliance.
Et j’atteste maintenant sans hésitation – surtout après les réflexions de notre Conseil presbytéral de la fin
novembre – que nous sommes conscients d’avoir à franchir ce seuil dans la vie de notre Église, avec ses deux enjeux, de communion fraternelle
vécue et d’évangélisation effective.
2. Je vais ajouter une autre réflexion qui me tient à cœur : ces Équipes d’animation
pastorale sont un des signes qui attestent un renouvellement intérieur de l’Église, en même temps que nous sommes témoins de son
incontestable affaiblissement institutionnel.
Mais c’est là qu’est le paradoxe : dans notre faiblesse, la grâce du Christ agit. Certains ne voient que les
phénomènes d’usure ou de sclérose. Il peut être donné de voir aussi ces phénomènes de métamorphose intérieure, de
recomposition du tissu de la foi et de la charité.
Et c’était à mes yeux un signe parlant que la présence des maires et des élus locaux à la rencontre qui a suivi
la messe à St Amant de Boixe : cela veut dire que des gens qui ne sont pas du sérail catholique comprennent que, dans notre pauvreté, nous sommes capables de nous renouveler.
III – COMMENT PROGRESSER ?
Il est évident que nous sommes au début d’une expérience relativement nouvelle. Si nous voulons qu’elle continue,
il faut en assurer les fondations. De quelle manière ? Dans quels domaines et dans quelles directions ?
1. Il faut répondre à un réel besoin non seulement d’information, mais de connaissance
mutuelle.
Il faut veiller à ce que les Équipes d’animation pastorale et leurs membres ne constituent pas
comme un organisme séparé ou indépendant. Il faut absolument établir des passerelles ou des dialogues avec les Conseils pastoraux et, plus largement, avec les
communautés paroissiales elles-mêmes.
Attention à ne pas devenir un appareil qui s’ajouterait à d’autres appareils, un Conseil qui s’ajouterait à
d’autres Conseils, en donnant l’impression que l’Église est une machine compliquée, dont le maniement est réservé à des spécialistes.
Que les membres des EAP se sachent et se veuillent non pas séparés, mais appelés à une
mission qui concerne l’ensemble du Corps ecclésial ! Veillez donc aux articulations ou comprenez davantage que les ministres ordonnés, prêtres et diacres, sont eux-mêmes ces
articulations vitales, ces serviteurs de la communion !
2. Que, dans les réunions des EAP, on n’oublie jamais ce qui est en amont et ce qui est
en aval :
è En
amont : la source, la personne du Christ, la Révélation de son Alliance, de son engagement, de sa présence, à travers la Parole et les signes sacramentels.
. Une EAP est d’abord
un lieu de vie fraternelle où l’on apprend à se connaître et à se porter les uns les autres, en partageant la mission reçue et en contemplant le travail de Dieu à l’œuvre
dans le monde.
. D’où la question posée par notre
synode : si le Christ est notre raison d’être et de servir, quelles sont les personnes qui deviennent pour nous signes du Christ ? Des enfants de la catéchèse, des jeunes des
aumôneries, des couples qui demandent le baptême pour leurs enfants, des hommes et des femmes rencontrés à l’occasion d’un deuil : le mystère du Christ passe pour nous par des relais
humains. Quels sont ces relais ?
è En aval : le terrain de notre société, avec les phénomènes de précarité, de pauvreté, ou de violences plus ou moins visibles.
Il ne s’agit pas de faire des analyses sociales en préalable au travail d’évangélisation. Mais il s’agit de
reconnaître que notre Église est plantée dans une terre particulière, avec des hommes et des femmes qui ne partagent pas notre foi, mais dont nous partageons les questions, les incertitudes ou
les engagements.
Il me semblerait normal que les EAP s’interrogent sur les enjeux des prochaines élections
municipales : au-delà des questions de personnes – parfois traitées par le petit bout de la lorgnette – on peut se demander ce que nous voulons vraiment pour notre société, pour notre
commune. Et rien n’interdit d’inviter des candidats et des candidates à venir expliquer les raisons de leur engagement.
Bref, les Équipes d’animation pastorale sont comme la conscience de l’Église locale, des
communautés locales, vivant la communion de l’Église, engagées dans l’annonce du Christ et présentes dans notre société.
Claude DAGENS
à Angoulême, le 12 janvier 2008
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(*) Ce texte est celui d’une intervention faite le 12 janvier 2008 pour le rassemblement des Équipes d’animation pastorale des quatre doyennés de la
zone d’Angoulême (Angoulême-ville, Angoulême-Ouest, Angoulême-Est et Angoulême-Sud).
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