Homélie du Baptême du Seigneur 13/01/08
Jésus nous fait son cinéma... !
Voici de quoi faire un film Hollywoodien.
Il y a des effets spéciaux, des acteurs de genres. Si on voulait faire une affiche, pour ce film, je mettrais Jésus en premier plan, avec
Jean
Baptiste en
fondu, avec en arrière plan un mélange de vie et de mort, c'est-à-dire entre désert et oasis. Je mettrais sans doute une colombe qui traverse. D’ailleurs si on voulait faire une affiche pour un
film d’Évangile, je ferais un peu pareil : Jésus en acteur principal, les douze, Marie, et Marie Madeleine en actrice secondaire avec peut-être Jean Baptiste. Dans la catégorie jeune espoir,
je mettrais l’Esprit Saint. Il apparaît tout de même plusieurs fois : au baptême, à la remise de l’esprit ou encore à la Pentecôte, des rôles d’avenir pour la vie de l’Église.
Puis il y aurait tous les figurants. C’est d’ailleurs peut être dans les figurants que je mettrais le Père ! Avez-vous remarquez que
si Jésus s’adresse souvent à lui, dans tout le scénario, le Père n’a qu’une seule phrase : « celui-ci est mon fils bien aimé en qui j’ai mis tout mon
amour ». Oui le Fils nous dévoile le Père entièrement dans l’Évangile, par petit bout, par parabole. Mais tout ce que le Père trouve à dire de lui-même pour dire ce qu’il a au
fond de lui, ce qui fait de lui qu’il existe : c’est cette paternité totale et entière : « celui-ci est mon fils bien aimé en qui j’ai mis tout mon
amour ». Jésus dira : « vous n’avez pas d’autre Père que celui qui est aux cieux ». Pour nous qui avons un Père, pour
vous qui êtes père ou qui allez le devenir, enfin j’espère, (ce que je dis de la paternité peut d’ailleurs aussi s’entendre à sa manière pour la maternité, même s’il faudrait dire d’autre choses,
peut-être plus intérieures ou intimes, de la féminité), pour nous qui avons un père ce constat peut manquer de saveur. Un père qui comme beaucoup d’autres ne dit pas grand-chose, un père qui
comme d’autres peut sembler absent.
Et pourtant, tout est différent pour le Père et le Fils. Le Père dans toute la Bible, pour dire qui il est, ne dira pas : je suis le
créateur, je suis le tout puissant, je suis celui de qui tout vient, je suis celui qui aime….il dira cette simple phrase : « celui-ci est mon fils bien
aimé en qui j’ai mis tout mon amour ». Voilà ce qui suffit à dire le Père. Il est père parce qu’il a un fils et parce qu’à ce fils il donne tout son amour. Sans le Fils, le Père
ne pourrait être lui-même. Mais avec l’expérience que nous avons comme enfants ou comme parents, nous trouvons peut être bien faible que le Père se contente d’aimer son fils pour dire tout ce
qu’il est. Peut être parce que nous allons à l’envers. Ce n’est pas notre expérience qui doit nous dire comment est le Père. C’est la manière qu’a Dieu d’être
Père qui devrait nous dire comment nous devrions être Père.
Être parent c’est toute un vie d’apprentissage. Apprendre à découvrir ce que l’on veut transmettre, mais aussi à laisser partir, à
laisser libre. Un père ou une mère qui refuserait de lâcher le vélo de son enfant, comment voulez vous que celui-ci apprenne à maîtriser son équilibre ! Or toute notre vie est cette
recherche d’équilibre. Comprenons nous alors qu’être parents c’est aimer. « Aime et fais ce que tu veux » disait saint Augustin ; et si
être parents c’était : « aime et il fera ce que tu voudras » ? C’est parce que le Père a mis tout ce qu’il était dans son enfant, parce qu’il l’a aimé jusqu’à refuser
de se garder une petit parcelle d’amour pour lui que le Fils a ensuite accompli la volonté du Père. Bien sur nous aimons nos enfants, bien sur vous aimerez vos enfants, mais ne gardons-nous pas
un peu d’amour pour nous même ? « Attends, il ne faut pas que mes enfants me prennent tout mon temps! ». « Oh puis qu’il fasse ce qu’il veut, je ne vais pas me fatiguer à
me battre avec lui ! ». Ne serait-ce pas là des expressions qui trahiraient un peu d’amour retenu ? Et si justement grandir en
paternité c’était apprendre à aimer davantage, à mettre dans nos enfants tout notre amour. Ne gagnerions-nous pas alors la patience, le juste jugement, la
paix ?
Pour que son Fils puisse grandir, le Père a aimé. Mais il n’a pas aimé sans parole, il n’a pas aimé sans geste, celui de la colombe comme
une main qui se tend ou se pose sur l’épaule de l’enfant. Il n’a pas aimé sans regard ni présence, ceux que laisse deviner cet Évangile que nous venons d’entendre. Nous tenons notre paternité de
Dieu, c’est ainsi que l’on peut entendre et comprendre : « vous n’avez pas d’autre père que celui qui est aux cieux ». Car c’est comme le
Père est Père que se trouve la vraie paternité et c’est ainsi que l’on peut vraiment être fils. Ce que notre baptême a fait de nous, c’est de devenir enfant de Dieu, un enfant vers qui le Père se
penche pour dire, « en toi j’ai mis tout mon amour ». Ce que la vie éternelle nous réserve, c’est de nous montrer que Dieu nous aime jusque
là.
Romain HOUDUSSE, diacre

Mt 3, 13-17
Jésus, arrivant de Galilée, paraît sur les bords du Jourdain, et il vient à Jean pour se faire baptiser par lui.
Jean voulait l'en empêcher et disait : « C'est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi, et c'est toi qui viens à moi ! » Mais Jésus lui répondit : « Pour le moment, laisse-moi faire ;
c'est de cette façon que nous devons accomplir parfaitement ce qui est juste. » Alors Jean le laisse faire.
Dès que Jésus fut baptisé, il sortit de l'eau ; voici que les cieux s'ouvrirent, et il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et des cieux, une voix disait : «
Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j'ai mis tout mon amour. »
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