Homélie du Dimanche 13 Janvier 2008 – Année
A
Journée Mondiale du Migrant et du Réfugié
Baptême du Seigneur
« Si les fourmis se rassemblent, elles peuvent soulever un
éléphant ! »
Ce proverbe africain, venu du Burkina-Faso, convient bien à notre rassemblement eucharistique de ce matin : fourmis
wallisiennes, africaines, portugaises et charentaises s’unissent pour soulever ensemble les tonnes éléphantesques de préjugés que nous pouvons avoir les uns sur les autres !
La Journée Mondiale du Migrant et du Réfugié résonne cette année encore des
chants, des danses, des recettes culinaires de chaque pays partagés hier à la Maison Diocésaine. Plus encore, le thème de la table ronde nous invitait à « soulever d’autres
éléphants » : la peur, le sentiment de danger en face de l’autre...
La peur vient de ce que je perçois l’autre comme un danger potentiel ; la confiance - la foi c’est le même mot - vient de ce
que je connais assez l’autre et sa culture pour le percevoir comme une chance. Et cela marche aussi bien dans un sens que dans un autre : français vis-à-vis d’africains venus récemment en
France, Wallisiens - portugais ou africains - portugais, etc…
Notre expérience en Église, depuis 2000 ans, c’est qu’il existe une autre mondialisation,
basée sur l’enrichissement mutuel.
Il existe une autre citoyenneté, basée sur l’égalité de tous devant Dieu.
Les dangers viendraient d’un non-respect mutuel : aussi bien des migrants ne respectant pas la culture, la laïcité, l’histoire
ou la sagesse du pays qui les accueille, que des habitants ne respectant pas les besoins de protection, de reconnaissance, de fraternité ou de diversité exprimés par les réfugiés et les migrants
accueillis.
À l’inverse, c’est une vraie chance de pouvoir apprendre à se connaître, s’estimer, et ainsi briser les ghettos où chacun a
tendance à instinctivement s’enfermer…
« Si les fourmis se rassemblent, elles peuvent soulever un éléphant ! »
Ici sur la paroisse centre ville, on le découvre à chaque fête de Notre Dame de Fatima. Et depuis qu’on fête Notre Dame de Fatima avec la paroisse, la communauté d’origine
portugaise et la communauté africaine de Charente, on découvre une joie et une ferveur qui font du bien à chacun. Quelle chance que de pouvoir chanter en portugais : « Boa noite
Maria » en agitant les mouchoirs, après avoir chanté et dansé : « Mariam songo » sur des rythmes africains !
Plus encore, quelle chance d’échanger avec d’autres pays sur nos raisons de croire, d’espérer, sur nos combats pour l’homme au nom de notre foi, sur nos manières de prier, de
célébrer, d’évangéliser…
« La vérité est symphonique » disait un grand théologien (Urs van Balthasar) : la symphonie des cultures doit
couvrir le bruit angoissé de la peur de l’autre.
D’ailleurs, que fêtons-nous en cette Journée Mondiale du Migrant ?
Et bien nous fêtons en même temps le dimanche du Baptême du Christ !
Nous fêtons un Dieu qui n’a pas eu peur de rencontrer l’homme, de le rejoindre même au plus bas de son humanité. La file des pécheurs du Jourdain a sous doute commis tout ce que
vous avez rêvé de faire sans oser l’accomplir : adultères, vols, meurtres, corruption, délation… C’est à la déchetterie de l’humanité que Jésus se rend
en allant au Jourdain à l’endroit où Jean baptise. Pourtant il n’a pas peur d’aller nous rejoindre là, au plus bas, au plus sale.

Un autre proverbe burkinabé dit : « Celui qui voyage sur un âne ne sait pas que le sol est
brûlant ».
Dans son baptême, le Christ descend des hauteurs pour éprouver lui-même la brûlure du péché de l’homme. La croix sera plus tard la brûlure absolue, l’immersion la plus complète
dans l’enfer de la solitude et de la déchéance humaine.
Du baptême à la croix, Paul dira de Jésus qu’il a été, pour nous, identifié au péché. « Christ a été fait péché » pour nous, afin que nul pécheur ne désespère d’être trop loin de Dieu pour pouvoir être aimé.
Christ est aujourd’hui plongé dans le Jourdain pour que plus personne ne soit noyé, submergé par le mal commis ou subit.
Christ remonte aujourd’hui des eaux du Jourdain pour que l’énergie de la résurrection soit offerte à tous les peuples, langues, nations, cultures…
« Celui qui voyage sur un âne ne sait pas que le sol est brûlant ».
Aujourd’hui le Christ ‘descend de son âne’, et plonge dans nos brûlures les plus secrètes.
Comment pourrions-nous fêter le Baptême du Seigneur sans nous aussi ‘descendre de notre âne’ ?
Sans embrasser l’autre même s’il nous fait peur au début ?
Sans goûter avec lui la grande espérance du corps du Christ sortant vainqueur des eaux de mort ?
Africains, portugais, charentais ou de toute autre origine, nous avons la chance devant le Christ de nous reconnaître tous
renés des eaux du baptême. Que cette eucharistie nous donne le courage de vaincre nos peurs, nos appréhensions, nos préjugés, pour mieux vivre ensemble, ici à Angoulême comme ailleurs, migrant ou
habitant là depuis toujours, réfugié ou venu d’autres régions de France. Traduisons cela en actes dans nos relations sociales, nos choix de société, nos paroles dans la rue…
Amen !
Père Patrick BRAUD
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