Messe dite « du Saint Esprit » à St André le 11/01/08 pour la rentrée judiciaire du barreau du Tribunal
d’Angoulême
Il existe une tradition à Angoulême : le rendez-vous que les avocats et membres de l’institution judiciaire se donnent, très librement, pour
participer à une messe dite « du Saint Esprit » (parce que l’Esprit est présenté comme l’avocat, le Paraclet, dans St Jean) à l’église Saint André, le matin même des
rentrée judiciaires du Tribunal civil et du Tribunal de Commerce l’après-midi.
C’est l’occasion pour nous tous de maintenir des liens personnels avec les avocats qui sont là (en grande robe noire…). Une quarantaine d’avocats et des
membres du Tribunal ont participé à ce rendez-vous, qui permet à chacun de situer ainsi sa mission dans une perspective plus vaste…
Homélie (sur les textes du Baptême du Seigneur)
Au milieu d’une rentrée judiciaire chargée et d’une journée au rythme soutenu, nous nous retrouvons ici pour un
moment de halte, de silence, d’écoute.
C’est peut-être un luxe ! Et peut-être aussi un luxe indispensable, bienfaisant. Plus les tâches
s’enchaînent à une vitesse croissante, plus les responsabilités s’élargissent de manières parfois inquiétantes, plus il est précieux en fait de savoir se poser, de relever la tête, de reprendre
souffle en regardant l’horizon de tout cela.
Un texte anonyme recueilli dans la cathédrale de Liverpool disait : « Autrefois, je me levais tôt le matin et fonçait tout droit dans la
journée qui m’attendait. J’avais tant à accomplir que je n’avais pas le temps de prier.. Mais chaque tâche devenant plus lourde. Alors j’ai compris que j’avais tant à accomplir que je devais
prendre le temps de prier ».
Et voilà que les textes choisis vous rejoignent en plein cœur : « Mon serviteur fera paraître le jugement devant les nations ». Et comment ne pas se sentir concerné par le portrait qui suit de ce serviteur de la
justice : « Il n’écrasera pas le roseau froissé ; il n’éteindra pas la mèche qui faiblit ; il fera paraître le jugement en toute
fidélité ».
Chacun dans la responsabilité qui est la votre, vous pouvez sans doute mettre des noms, des visages rencontrés au Tribunal ou dans votre cabinet d’avocat sous ces
termes : roseau froissé, mèche qui faiblit, jugement fidèle...
Au milieu des turbulences actuelles de notre système judiciaire, qui ne semblent pas tout à fait terminées,
reprendre souffle auprès de ces vieux textes plusieurs fois millénaires semble décalé, et pourtant…
« Accomplir parfaitement ce qui est juste », c’est toujours
un horizon qui donne sens à vos combats, à vos fidélités, à vos erreurs mêmes (et qui n’est commet pas ?).
Entendre une petite voix intérieure désigner l’autre : « celui-ci
est un fils bien-aimé » que ce soit un collège, un prévenu, un détenu ou leurs familles, entendre cette voix-là permet de ne jamais réduire un être humain à ce qu’il a
fait
. Et cela vaut quelquefois pour nous-mêmes, lorsqu’il nous
arrive de douter, ou d’être contesté. Car à force d’être exposés comme vous l’êtes dans des professions publiques, le risque existe de laisser le cynisme servir de cuirasse.
A force d’être sur la place publique, le danger serait de ‘jouer un rôle’, de l’extérieur, et de ne plus voir le côté intime, secret de chaque histoire humaine.
Pour Jésus de Nazareth, ce Baptême dans le Jourdain va devenir un baptême du feu.
Il va l’entraîner à prendre des positions de plus en plus risquées ; à affronter des puissants. Mais il ne peut pas se taire, et sa soif de justice lui fera courir le risque suprême : y
perdre la vie...
Sans aller jusque là, retrouver à nouveau le feu d’une certaine passion pour votre combat professionnel pour plus de justice dans notre
société est sans doute un ressourcement indispensable.
Mais où se ressourcer ?
Devant qui avoir une parole assez libre pour faire la vérité ?
Avec qui échanger avec assez de confiance pour aller jusqu’à la confidence ?
Heureux sommes-nous lorsque nous pourrons enfin, de manière simple et humaine, nous livrer sans masquer, trouver une écoute sans complaisance qui nous aide nous aussi à être
entendu et pas seulement à entendre, à être soutenu et pas seulement à venir en aide, à être aimé finalement pour ne jamais désespérer des autres qui nous sont confiés.
C’est d’ailleurs l’une des phrases clé de l’évangile du baptême du Christ : « laisse faire ».
Par deux fois : « laisse faire ».
Bien sûr pas par n’importe quoi ni n’importe qui.
Mais laisse-toi faire, laisse-toi travailler en toi cet appel qui vient de loin à accomplir ce qui est juste ; quitte à être bien souvent étonné, dans un sens comme dans un
autre, de ce qui advient alors et qui n’était pas prévu, à la manière de Jean qui baptise Jésus alors que cela avait dû être l’inverse…
Puissiez-vous entendre chacun cette voix intérieure qui donne le courage d’aller jusqu’au bout de sa mission,
pour accomplir ce qui est juste.
Amen
Père Patrick BRAUD
Is 42, 1-4.6-7
Ainsi parle le Seigneur : Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu en qui j'ai mis toute ma joie. J'ai fait reposer sur lui mon esprit ; devant les nations, il fera paraître le jugement que
j'ai prononcé. Il ne criera pas, il ne haussera pas le ton, on n'entendra pas sa voix sur la place publique. Il n'écrasera pas le roseau froissé, il n'éteindra pas la mèche qui faiblit, il fera
paraître le jugement en toute fidélité. Lui ne faiblira pas, lui ne sera pas écrasé, jusqu'à ce qu'il impose mon jugement dans le pays, et que les îles lointaines aspirent à recevoir ses
instructions.
Moi, le Seigneur, je t'ai appelé selon la justice, je t'ai pris par la main, je t'ai mis à part, j'ai fait de toi mon Alliance avec le peuple et la lumière des nations ; tu ouvriras les yeux des
aveugles, tu feras sortir les captifs de leur prison, et de leur cachot ceux qui habitent les ténèbres.
Vos commentaires