Lors des messes de l'Epiphanie, les diacres permanents du diocèse ont prêché dans toutes les églises du doyenné, pour nous
préparer aux ordinations à venir.
Voici une de ces homélies diaconales.
Homélie du dimanche de l’Epiphanie 2008
par Jean Paul Morin, diacre permanent du diocèse d’Angoulême
Nous venons de fêter la naissance de Jésus. Nous avons vu comment il a été révélé aux bergers. A travers
eux, c'est la bonne nouvelle qui est annoncée aux pauvres. Aujourd'hui, ce sont des mages qui arrivent à Jérusalem.
Dans l’évangile de ce dimanche, il y a des rois, il y a des mages, mais il n'y a pas de rois mages.
Quels sont ces rois qui sont aussi trois ?
Le premier c'est Hérode le grand qui règne sur Jérusalem.
Le deuxième c'est David. Il n'est pas nommé. Mais en évoquant Bethléem le lieu de sa naissance, c'est à lui que l’on pense. C'est
dans cette ville qu'est attendu la naissance du Messie.
Et le troisième Roi, c'est celui qui vient de naître, à Bethléem justement.
Ces mages qui sont-ils ?
Ce sont des magiciens ou des astrologues. Ce sont des étrangers venus d'Orient. Quand on en parle de l’étranger dans la bible, c'est pour
rappeler que c'est de là que viennent tous les dangers pour le peuple d'Israël. Pensons à l'exil à Babylone et à bien d'autres épisodes douloureux. C'est tout cela qu'il faut avoir en tête quand
on parle de ces mages venus d'Orient.
Et puis il y a l'étoile qui les a guidés.
Cette étoile a brillé très haut pour que tous puissent la voir, y compris les étrangers et les païens. C’était habituel à l’époque : l’apparition d’une étoile était le signe qu’un
grand personnage était né. Alors les mages se sont mis en route pour aller à la rencontre du Roi des Juifs.
Ce symbole de l’étoile, nous le retrouvons tout au long de la Bible ; depuis très longtemps, on y a lu l’annonce de la naissance du Messie. Pour les mages, elle a été un guide qui
les a conduits jusqu’à lui. C’est ainsi que Dieu donne à chacun les moyens qui le conduiront jusqu’à la rencontre du Sauveur : pour les mages, c’était cette étoile ; pour les prêtres de
Jérusalem, c’était la loi qui leur permettait de savoir où devait naître le Messie. Pour nous aujourd’hui, c’est bien sûr l’Evangile et
l’Eucharistie.
Cette expérience des mages nous laisse un message très important : si quelqu'un cherche la vérité, il tombe dans les bras du Christ. En effet, Jésus est le Chemin, la Vérité et la
Vie. C'est sa lumière qui a guidé les mages vers Bethléem. Cette même étoile peut aussi nous conduire tout au long de l'année 2008.
Dans ce monde si souvent bouleversé par tant de guerres, de violences, de famines et de catastrophes en tous genres, Dieu nous envoie des "signes par milliers". Un peu partout, des
gens se lèvent et se battent contre la misère et l'injustice et pour la paix dans le monde. A l'occasion de Noël, des personnes démunies ont été invitées à la fête. Et nous constatons que les
chrétiens ne sont pas les derniers à participer à cette solidarité. Derrière tous ces signes, il y a quelqu'un qui nous appelle tous à la crèche : c'est le Christ Roi de l'univers.
Les mages venaient de loin. C'est vrai aussi de beaucoup qui sont en recherche de la vérité. Ils sont nombreux ceux qui vivent loin du Christ. Mais
sous un masque d'indifférence, ils portent en eux une recherche profonde de sens et d'amour.
L’Epiphanie c’est donc la fête de tous les chercheurs de Dieu.
Nous pensons à tous ceux et celles qui se posent des questions sur lui.
Certains sont pleins d’admiration pour le message de l’Evangile mais ils n’arrivent pas à faire le pas qui les conduira jusqu’à la crèche. Leur recherche nous interpelle. Ce qui peut les bloquer
c’est de voir des chrétiens qui restent enfermés dans leurs idées et qui ne donnent pas le témoignage d’une foi vraiment vécue.
Avoir la foi ce n’est donc pas se contenter d’accueillir des vérités révélées ; c’est d’abord se mettre debout, c’est se mobiliser, s’engager, c’est continuer à chercher.
Notre Dieu est toujours au-delà de l’idée que nous nous faisons de lui. Aujourd’hui nous découvrons qu’il agit dans le cœur de tout homme, qu’il soit croyant ou non.
Il regarde chacun avec amour, même ceux qui ne le connaissent pas ; et il ne souhaite qu’une chose, que tous puissent le découvrir et l’accueillir dans leur vie.
En cette fête de l’Epiphanie, notre regard se porte vers tous ceux qui ne connaissent pas le Christ : nous pensons bien sûr à tous ceux qui sont d’une autre religion mais aussi à
tous les catholiques qui restent en marge de la vie de l’Eglise. C’est pour tous que le Christ est venu. Il ne s’agit pas de conquérir ni de convaincre mais de témoigner par toute notre
vie.
Essayons de faire mieux que les autorités de Jérusalem qui savaient mais qui n’ont pas bougé. Nous pouvons être très forts en catéchisme, en bible, en théologie, cela ne sert à
rien si nous n’allons pas à la crèche de Bethléem.
Quand les mages vont jusqu'à Jésus, c'est pour se prosterner et pour adorer.
Que signifie "Adorer" ?
Je dirai que c'est d'abord un sentiment de joie, de cette joie qu'on ressent parce que Dieu est riche en miséricorde. D'autre part, en Jésus Christ, il s'est fait notre prochain.
Les mages ont ouvert leurs coffrets. Nous c'est notre cœur que nous ouvrons. Nous vivons cette expérience à chaque Eucharistie car nous y rencontrons le Dieu trois fois saint.
Ces mages nous font penser aux nouveaux convertis qui redécouvrent la foi et l'Eglise. Quand nous lisons leurs témoignages, nous découvrons qu'ils ont besoin de lieux pour adorer
le Seigneur. Et ils y passent de longs moments. Comme les mages, nous sommes appelés à sortir de notre confort et de nos certitudes pour aller au devant du Christ et l'adorer.
On pourrait penser que cette adoration peut conduire à fuir la réalité, mais l'évangile de ce dimanche nous montre que les mages sont partis par un autre chemin.
L'adoration ouvre des chemins nouveaux dans le cœur. Je souhaite que cette célébration nous aide à découvrir des routes
nouvelles.
Ce matin, comme les mages, nous nous sommes mis en route pour répondre à l'invitation du Seigneur. Chaque semaine, c'est un temps fort qui nous permet de nous ressourcer auprès de
lui. Et comme les mages, nous repartons "par un autre chemin" pour témoigner de l'espérance qui nous anime. Bonne année à tous !
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