Homélie du 2ème Dimanche de l’Avent
Dimanche 9 décembre 2007 – Année A
Le diacre, ministre du
baptême dans ses 5 sens
L’une des missions confiée à un diacre est de baptiser. Dans notre série de l’Avent, où
chaque Dimanche met en lumière un aspect du diaconat, notre évangile d’aujourd’hui nous met facilement sur cette piste du baptême, puisque c’est devenu le surnom de Jean, le cousin de Jésus,
appelé le Baptiste (justement !).
Faites attention à ce texte. Il vous donne une très belle théologie du baptême, très
actuelle. On peut y distinguer 5 dimensions fondamentales du baptême :
1) – Signe de
conversion
Ce mot revient par 3 fois dans la bouche de Jean-Baptiste : « Convertissez-vous ». « Produisez un fruit de conversion ». « Je vous
baptise pour vous amener à la conversion ».
Ce terme de conversion (metanoïa en grec) indique un changement radical d’orientation de sa vie. Comme une conversion sur les skis : remettre les skis à 180° pour repartir dans une
autre direction…
Le diacre, ministre du baptême, aura donc à cœur de rappeler, comme Jean-Baptiste, qu’on ne peut pas faire semblant d’être baptisé sans
rien changer dans sa vie.
C’est la dimension éthique du baptême : ne plus vivre comme avant. Ne plus laisser
l’argent, l’égoïsme ou d’autres faux dieux dominer sur nous… « Les baptisés sont pardonnés, purifiés et sanctifiés par le Christ ; ils reçoivent une
nouvelle orientation éthique, sous la conduite du Saint Esprit, qui fait partie de leur expérience baptismale » *
Cette conversion qui s’opère dans et par le baptême est fortement exprimé lors de
l’étape des « scrutins » pour les catéchumènes : on impose la main sur eux, pour que Dieu « scrute » « leurs reins et leurs cœurs » et les
libère ainsi du mal qui peut s’y cacher.
2) – Signe du
Royaume
Jean-Baptiste, « car le Royaume des cieux est tout proche ».
« Le baptême ouvre sur la réalité de la vie nouvelle donnée en ce monde. Il fait participer à la communauté du Saint Esprit. Il est un signe du royaume de
Dieu et de la vie du monde à venir. Grâce au don de la foi, de l’espérance et de l’amour, le baptême possède une dynamique qui atteint toute la vie, s’étend à toutes les nations, et anticipe le
jour où toute langue confessera que Jésus-Christ est le Seigneur : la gloire de Dieu le Père » * (BEM)
Le diacre ministre du baptême, remet le cierge allumé au nouveau baptisé ou à son parrain pour l’inviter à veiller jusqu’à la rencontre ultime avec le Christ.
Chacun peut donc anticiper cette vie nouvelle où le Royaume de Dieu sera tout en tous.
Chacun peut devenir un signe de la vie du monde à venir…
3) – Signe de
l’Église
L’évangéliste Matthieu prend soin de mentionner : « Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain venaient à Jean et se faisaient baptiser par lui ». C’est donc qu’un nouveau peuple de Dieu va
naître des eaux du baptême chrétien.
« Notre baptême commun, qui nous unit au Christ dans la foi, est ainsi un lien fondamental d’unité. Nous sommes un seul peuple et nous sommes appelés à
confesser et à servir un seul Seigneur, en chaque lien et dans le monde entier » * (BEM)
Le diacre, ministre du baptême, trace sur le front du baptisé le signe de la Croix du Christ. C’est comme la carte d’identité de ce
nouveau peuple de Dieu qu’est l’Église. Impossible de demander le baptême sans participer à la vie de l’Église. Impossible d’être uni au Christ, qui est la Tête, sans être uni à son corps, qui
est l’Église. Prêtres et diacres, et nous tous, nous rappelons sans nous lasser qu’il ne faut pas séparer le baptême de la vie en Église. Sinon, le peuple de Dieu est réduit à des individus
juxtaposés. Sinon le Corps du Christ est comme écartelé, démembré. Peut-être devrions-nous être plus clairs et plus exigeants – comme Jean-Baptiste ! – sur ce lien entre baptême et
Église… ?
4) – Signe de l’Esprit
Saint
« Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint » dit Jean, et pas seulement dans
l’eau.
« Par le Christ, Dieu répand sur chaque baptisé l’onction du Saint Esprit promis » *. (BEM)
Lorsque le diacre, ministre du baptême, par l’onction d’huile, « masse » le corps du baptisé avec l’huile sainte, il annonce
que toute son existence devient imprégnée de l’Esprit comme la chair est imprégnée de l’huile. Être baptisé, c’est alors se laisser conduire par l’Esprit de Dieu, qui a conduit le Christ au
désert et jusqu’à la Résurrection en le faisant passer par le Golgotha…
Où en sommes-nous de cette profondeur spirituelle de notre vie de baptisé ?...
5) – Signe de
Résurrection
« Lui vous baptisera dans le feu » ajoute encore Jean
dans notre texte.
Qu’est-ce donc que ce feu, sinon l’évocation de la Pâque du Christ ? Souvenez-vous de cette parole de Jésus : « Je suis venu apporter le feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! Je dois recevoir un baptême, et quelle angoisse pour moi jusqu’à ce qu’il soit
accompli ! » (Lc 12, 49-50).
La mort de Jésus n’est-elle pas son baptême dans l’Esprit et le feu ?
« Le baptême signifie donc une participation à la
vie, à la mort et à la résurrection de Jésus Christ » * (BEM).
Lorsque le diacre, ministre de baptême, plonge le catéchumène dans l’eau, c’est pour noyer en lui la mort et l’esclavage ; lorsqu’il
le fait émerger hors de l’eau, c’est pour qu’il ressuscite avec le Christ.
Vous voyez : notre évangile de ce jour est très riche ! Nous
devrions réapprendre à jouer avec les 5 sens de notre baptême comme avec les 5 sens de notre corps.
Choisissez au moins, l’une de ces 5 dimensions du
baptême :
Conversion / Anticipation du Royaume / Vie en Église / Vie spirituelle / Mort et résurrection
/
et laissez le Christ brûler en vous ce qui n’est que paille…
Père Patrick BRAUD
* Document intitulé "Baptême, Eucharistie, Ministère" (BEM) de l'assemblée oecuménique "Foi et Constitution" de
1982
Mt 3, 1-12
En ces jours-là, paraît Jean le Baptiste, qui proclame dans le désert de Judée : « Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche. » Jean est celui que désignait la parole transmise
par le prophète Isaïe : A travers le désert, une voix crie : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route.
Jean portait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins ; il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du
Jourdain venaient à lui, et ils se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain en reconnaissant leurs péchés.
Voyant des pharisiens et des sadducéens venir en grand nombre à ce baptême, il leur dit : « Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? Produisez donc un fruit qui
exprime votre conversion,
et n'allez pas dire en vous-mêmes : 'Nous avons Abraham pour père' ; car, je vous le dis : avec les pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham. Déjà la cognée se trouve à la
racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu.
« Moi, je vous baptise dans l'eau, pour vous amener à la conversion. Mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous
baptisera dans l'Esprit Saint et dans le feu ; il tient la pelle à vanner dans sa main, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier. Quant à la paille, il la
brûlera dans un feu qui ne s'éteint pas. »
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