Homélie du 32ème Dimanche – Année C
Dimanche 11 Novembre 2007
Aimer Dieu comme on aime une vache ?
Si la Résurrection d’entre les morts n’existait pas, est-ce que cela changerait quelque chose dans votre
vie ?
P
renez le temps d’y réfléchir…
Les résultats ne seront sans doute pas les mêmes pour tous.
- Certains découvriront que finalement ils croient suffisamment en l’homme pour se passer d’un au-delà.
- D’autres s’apercevront qu’ils ne se sont jamais posé en vérité la question de « l’après », laissant volontairement dans le
flou cette question embarrassante : « on verra bien quand on y sera… »
- D’autres encore reliront leur histoire, et découvriront que l’espérance en l’amour plus fort que la mort est l’une des clés les plus
importantes de leur existence.
Que de choix, que de pardons, que de bifurcations de vies, que de décisions qui en fin de compte reposent sur cette folle
certitude : « les morts doivent ressusciter », comme l’exprime Jésus dans notre évangile !
En tout cas les Sadducéens eux, avaient résolu le problème, du temps de Jésus. Pour eux, « pas de
résurrection ». Et pourtant ce sont des Juifs, croyants, pratiquants. Pourquoi sont-ils ainsi ?
- Peut-être parce qu’ils imaginent l’autre monde à la manière de celui-ci. Un monde où l’on boit, on mange, on se marie. Un paradis comme
un copier-coller des meilleurs moments de la vie humaine. Et du coup cela leur paraît peu probable.
Jésus les renvoie au caractère inimaginable, indicible, de la nouvelle création. Le monde à venir est autre, on ne peut l’imaginer à
partir de celui-ci. Même le mariage, sacrement de l’amour divin, sera complètement transformé, transfiguré, à travers le passage de la mort, la Pâque de la Résurrection. « Dans le monde à venir on ne se marie pas », dit Jésus. Il n’y aura plus ni l’homme ni la femme, dira St Paul, qui prendra aussi les comparaisons de la graine
et de la plante, du fœtus et du nouveau-né, pour évoquer la radicale différence entre ce monde-ci et le monde à venir.
Il nous faut donc renoncer à projeter sur l’au-delà nos représentations d’ici-bas.
Sans renoncer à dire l’essentiel : les morts ressusciteront, ils seront fils de Dieu, ils
participeront à la nature même de Dieu. C’est sans doute pour cela d’ailleurs qu’on ne se marie pas dans le monde à venir ; car se marier, c’est privilégier une relation et
une seule (normalement !) au point que cette communion entre un homme et une femme est unique. Alors qu’en Dieu qui est amour, toutes les relations sont privilégiées sans qu’une seule doive
exclure les autres… Une des significations du célibat des prêtres latins s’enracine là : annoncer dès maintenant ce monde à venir où nous n’aurons plus besoin d’exclure ou de privilégier
pour aimer…
Allons plus loin.
- Si les Sadducéens ne croient pas en la Résurrection, à quoi leur sert alors leur foi ? Que leur apporte-t-elle puisque d’après eux
tout s’arrête à la mort ?
La réponse est à chercher du côté de la doctrine juive de la
rétribution.
Selon cette doctrine, chacun est très vite rétribué en fonction de ses actes : le croyant est béni par Dieu qui le fait réussir, les
injustes et les méchants sont punis et échouent. Pendant des siècles, le peuple hébreu a cru que sa foi en Dieu lui apporterait bénédictions et richesses sur cette terre, puisqu’il n’y aurait
rien après. Il n’y avait rien à attendre dans l’au-delà, mais tout à gagner dès ici-bas : le salaire de la foi, c’était la réussite, la prospérité, la santé, la richesse, une grande et
puissante famille.
Bon nombre d’églises protestantes ont d’ailleurs repris ce credo : si Dieu me bénit, alors je serai épargné par le malheur, la
maladie et la pauvreté. Si je réusssis dans mon business, c’est que je suis béni de Dieu.
Le marxisme s'est inspiré de ce même effet de sécularisation de l'espérance: puisqu'il n'y a rien après, construisons dès ici-bas le paradis terrestre, la société sans classes, l'homme nouveau
enfin préoccupé de la seule chose qui vaille: cette vie, et elle seule.
Vous voyez la dérive : supprimez l’espérance en la résurrection, et vous risquez très vite d’instrumentaliser la foi en Dieu, c'est-à-dire de l’utiliser pour ce monde-ci seulement, et de se servir de Dieu pour mes affaires au lieu de le servir Lui.
Beaucoup de
gens utilisent Dieu non pas pour aller vers lui, mais pour résoudre leurs problèmes. Ils aiment Dieu comme on aime une vache : pour son lait,
sa viande, son cuir. Peu de gens aiment une vache pour elle-même... Ils utilisent Dieu comme thérapie personnelle, comme technique de bien-être, comme motivation dans leurs affaires… Ils croient
que la foi résout les problèmes, éloigne le malheur, permet de traverser la vie dans de meilleures conditions. C’est presque la doctrine de la rétribution qui revient, sécularisée : peu
importe ce qu’il y a après la mort, ce qui compte, c’est que ça me fasse du bien maintenant.
Mais c’est oublier que dans la Bible il y a Job. Job, ou le malheur innocent. Job, le juste qui perd tout, à cause justement de sa foi
inébranlable.
C’est oublier encore les martyrs d’Israël et de l’Eglise.
Ces martyrs dont le 1ère lecture nous racontait le sacrifice : parce qu’ils espéraient en la Résurrection, ils n’ont pas eu peur de tout perdre, refusant d’utiliser Dieu pour
s’assurer une vie douillette… Rien à voir avec les kamikazes japonais qui s’écrasaient sur les portes avions américains pour tuer. Rien à voir non plus avec les terroristes musulmans ou autres
fanatiques religieux qui se font exploser en pleine ville pour tuer. Non : les martyrs ne tuent pas, ils veulent sauver la vie de leur bourreau, ils aiment leurs ennemis, ils espèrent même
les retrouver, frères enfin réconciliés, dans le monde à venir.

Peut-être certains soldats – nous pouvons l’évoquer, puisque c’est le 11 Novembre – ont-ils pu offrir le sacrifice de leur vie pour défendre leur pays dans un esprit semblable ? En espérant
un monde réconcilié où cette « foutue guerre » enfin serait définitivement derrière nous !
« Si nous avons mis notre espérance dans ce monde-ci seulement, nous sommes les plus à plaindre de tous les
hommes » (1 Co 13,9).
Que la foi de Jésus, qui est aussi la foi du peuple juif actuel, devienne la nôtre : « Il n’est
pas le Dieu des morts, mais des vivants ».
Amen.
Père Patrick BRAUD

Lc 20, 27-38
Des sadducéens – ceux qui prétendent qu’il n’y a pas de résurrection – vinrent trouver Jésus, et ils l’interrogèrent : « Maître, Moïse nous a donné cette loi : si un homme a un frère marié mais
qui meurt sans enfant, qu’il épouse la veuve pour donner une descendance à son frère.
« Or, il y avait sept frères : le premier se maria et mourut sans enfant ; le deuxième, puis le troisième épousèrent la veuve, et ainsi tous les sept : ils moururent sans laisser d’enfants.
Finalement la femme mourut aussi. Eh bien, à la résurrection, cette femme, de qui sera-t-elle l’épouse, puisque les sept l’ont eue pour femme ? » Jésus répond : « Les enfants de ce monde se
marient. Mais ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection d’entre les morts ne se marient pas, car ils ne peuvent plus mourir : ils sont semblables aux anges,
ils sont fils de Dieu, en étant héritiers de la résurrection.
« Quant à dire que les morts doivent ressusciter, Moïse lui-même le fait comprendre dans le récit du buisson ardent, quand il appelle le Seigneur : ‘le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de
Jacob’. Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants ; tous vivent en effet pour lui. »
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