Homélie du 31° Dimanche ordinaire Année C / 11 Novembre2007
Zachée-culbuto
Descend vite au fond de
toi...
Connaissez-vous le bonhomme-culbuto (cf. photo) ? Vous avez beau chercher à le
faire tomber, il revient imperturbablement à sa position debout. Toutes les perturbations extérieures ne le détournent pas de sa stabilité, car il a son centre au plus bas de lui-même.
"Zachée, descend vite : aujourd'hui, il faut que j'aille demeurer chez toi."
Et si Dieu était en bas, au fond de nous-mêmes, au lieu de l'imaginer tout en-haut seulement ?
La conversion de Zachée, et la nôtre, serait alors de revenir à notre propre centre de gravité spirituelle, qui est la demeure du Christ
en nous.
Quand les enfants ferment les yeux au caté pour éprouver dans le silence la présence de Dieu, ils sentent d'instinct que le retour à Dieu coïncide avec le retour à soi-même.
Zachée nous dit la réciproque : descendre au plus profond de soi, c'est trouver Dieu.
La vie intérieure, c'est d'abord l'attention à soi.
St Augustin parlait de la pesanteur de l'amour, qui nous amène à descendre au plus profond de nous-même.
Quand la Bible parle de la gloire de Dieu, elle emploie
le mot hébreu kabôd qui désigne justement la pesanteur, la masse, la gravité. Comme si rendre gloire à Dieu, c'était se laisser tomber entre
ses bras, en nous laissant attirer par son poids d'amour.
Tomber au fond de soi, c'est tomber dans les bras de Dieu.
"Zachée, descend vite…"
À la manière d'un caillou qui revient à son lieu propre, par la pesanteur, quand rien ne l'empêche de tomber.
À la manière d'un fleuve qui revient dans son lit après une inondation.
À la manière du culbuto qui fascine les tout-petits : au milieu de l'agitation de nos vies, revenir à son centre intérieur, se laisser stabiliser par son propre poids, en bas.
"Qui s'élève sera abaissé, qui s'abaisse sera élevé" nous avertissait Jésus dimanche dernier avec le pharisien et le publicain.
Mais qu'est-ce donc que descendre ? descendre de son figuier ? de son sycomore ? descendre au fond de soi ?
Un homme me confiait un jour : "J'ai la quarantaine. Jusqu'ici, j'ai vécu sans me poser de questions. J'ai foncé : pour créer ma boîte, pour bâtir mon couple et ma famille. J'étais dans
l'action. Maintenant, cela ne me suffit plus. J'ai besoin de dire " je ". J'ai envie d'explorer des désirs en moi que je passais sous silence sans le savoir, faute de temps pour explorer mon
identité. J'en arrive même à remettre mon couple en question. Mais je ne peux plus vivre à la surface de moi-même."
Les témoignages abondent dans ce sens : quel dommage de se contenter de relations superficielles, alors que la profondeur d'un vrai dialogue est
bouleversante! C'est comme si on soignait un mourant en ne lui parlant que de la pluie et du beau temps...
"Zachée, descend vite" : ne te contente pas du journal télévisé et du journal local ; va puiser en toi une
intensité de vivre. Tu verras, je t'attends là, en bas du culbuto. Si tu descends en toi, j'irai chez toi faire ma demeure.
Il s'agit de ne pas être étranger à soi-même.
Prenez l’exemple de la violence : violence sociale, politique, profesionnelle, familiale...
Certains fuient la violence comme la peste et évitent les conflits.
D'autres répondent à l'agressivité par l'agressivité, et sont surpris d'éprouver la violence en eux.
Pour tous l'enjeu est de vivre la violence de manière évangélique : non pas superficiellement, en agissant sans réfléchir (que ce soit dans un sens ou dans un autre), mais en descendant en son
fond le plus intime : que faire de cette violence ? comment ne pas se laisser manipuler par son passé ? comment la convertir en violence à la manière du Christ ? Celui qui descend au fond de sa
violence pour laisser Dieu la transformer, celuui-là engendre Dieu en lui : au sens le plus fort, le Fils de Dieu naît en lui, il engendre le Verbe, il devient la Mère de Dieu!
De même celui ou celle qui descend au fond de son angoisse, de son émerveillement, de son amour ou de sa solitude…
Etty Hillesum, jeune juive dans le ghetto d'Amsterdam, et bientôt déportée volontaire dans
le camp de Westerbok, témoigne dans son journal de cette descente "au fond" de l'âme, qui produit une sérénité incroyable, même au milieu de l'horreur.
"La semaine prochaine, il est probable que tous les juifs hollandais subiront l'examen médical.
De minute en minute, de plus en plus de souhaits, de désirs, de liens affectifs se détachent de moi ;
je suis prête à tout accepter, tout lieu de la terre où il plaira à Dieu de m'envoyer, prête aussi à témoigner à travers toutes les situations et jusqu'à la
mort, de la beauté et du sens de cette vie: si elle est devenue ce qu'elle est, ce n'est pas le fait de Dieu mais, le nôtre. Nous
avons reçu en partage toutes les possibilités d'épanouissement, mais n'avons pas encore appris à exploiter ces possibilités. On dirait qu'à chaque instant des fardeaux de plus en plus nombreux
tombent de mes épaules, que toutes les frontières séparant aujourd'hui hommes et peuples s'effacent devant moi, on dirait parfois que la vie m'est devenue transparente, et le coeur humain aussi;
je vois, je vois et je comprends sans cesse plus de choses, je sens une paix intérieure grandissante et j'ai une confiance en Dieu dont l'approfondissement rapide, au début, m'effrayait presque,
mais qui fait de plus en plus partie de moi même.
'Hineinhorchen' : 'écouter au-dedans' ; je voudrais disposer d'un verbe bien hollandais pour dire la même chose. De
fait, ma vie n'est qu'une perpétuelle écoute 'au dedans' de moi même, des autres, de Dieu. Et quand je dis que j'écoute 'au-dedans', en réalité c'est plutôt Dieu en moi qui est à l'écoute.
Ce qu'il y a de plus essentiel et de plus profond en moi écoute l'essence et la profondeur de l'autre.
(en moi) Dieu écoute Dieu."
Si vous faites ainsi passer votre centre de gravité "en-bas", comme le culbuto, alors rien ne pourra vous troubler, comme le culbuto qui revient à son centre après les oscillations
extérieures. Cela demande de ne pas s'attacher à ses œuvres, de rester libre pour Dieu et pour soi-même. Mais cette plongée intérieure est un voyage en Dieu. Comme le Christ est en bas de l'arbre
de Zachée, c'est dans le fond de l'âme que Dieu réside, nous enseigne, nous attend et nous unit à lui.
"On s'engouffre dans cet abîme. Et dans cet abîme est l'habitation propre de Dieu […]. Dieu ne quitte jamais ce fond. Il n'y a là ni passé ni futur. Rien ne
peut combler ce fond. Rien de créé ne peut le sonder" (Tauler XIV° )
"Zachée, descend vite".
Quitte ce qui en toi n'est que superficiel et léger.
Explore tes désirs les plus profonds.
Prends le temps du silence, de l'adoration, de la méditation et tu découvriras Dieu attablé dans le fond de ton âme mieux que Jésus attablé dans la demeure de Zachée.
"Zachée, descend vite".
Laurent, Elisabeth, Gwendoline, Alexandre, descend vite! : "aujourd'hui, il faut que j'aille demeurer chez toi".
Que nous advienne cet aujourd'hui d'éternité ! Amen.
Patrick Braud

Lc 19, 1-10
Jésus traversait la ville de Jéricho. Or, il y avait un homme du nom de Zachée ; il était le chef des collecteurs d'impôts, et c'était quelqu'un de riche. Il cherchait à voir qui était Jésus,
mais il n'y arrivait pas à cause de la foule, car il était de petite taille. Il courut donc en avant et grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui devait passer par là.
Arrivé à cet endroit, Jésus leva les yeux et l'interpella : « Zachée, descends vite : aujourd'hui il faut que j'aille demeurer dans ta maison. » Vite, il descendit, et reçut Jésus avec joie.
Voyant cela, tous récriminaient : « Il est allé loger chez un pécheur. » Mais Zachée, s'avançant, dit au Seigneur : « Voilà, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si
j'ai fait du tort à quelqu'un, je vais lui rendre quatre fois plus. »
Alors Jésus dit à son sujet : « Aujourd'hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d'Abraham. En effet, le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était
perdu. »
BONUS:
Cliquez
ici pour une vidéo racontant l'évangile de Zachée aux enfants !
Retour à la page d'accueil
Vos commentaires