Homélie pour le jour des fidèles défunts / 2 Novembre 2007
Ton absence...
Je me souviens de parents du catéchisme qui ont débattu longtemps entre eux pour
savoir quelle attitude adopter : fallait-il ou non laisser leur enfant voir son grand-père qui venait de mourir ? fallait-il ou non l’emmener avec eux pour la célébration des obsèques à
l’église ? au cimetière ?
Ne répondons pas trop vite... Eux avaient finalement opté pour dire la vérité et la vivre avec leur enfant de 8 ans, en l’emmenant avec
eux, en lui parlant, en lui permettant de pleurer, mais aussi de porter une fleur, une bougie, un dernier baiser... Et ils n’ont pas regretté d’avoir eu ce courage : le deuil a été plus
humain, plus vrai, mieux traversé grâce à cela.
Quand nous prions pour ceux qui nous ont précédé, parents, oncles et tantes, grands-parents, nous leur rendons grâce pour ce qu’ils nous
ont transmis.
Reconnaître ce que nous leur devons, c’est si important !
Nous ne nous sommes pas faits tout seuls, à partir de rien.
Le monde n’a pas commencé avec nous.
Un certain sens de l’histoire, familiale, communale, nous aide à ne pas oublier d’où nous venons. Nos cimetières disent d’ailleurs
l’histoire de nos familles, de nos communes, avec gravité, parfois avec humour...
Quand nous évoquons ceux qui ne sont plus là, nous éprouvons à nouveau qu’ils nous
manquent.
Ils font partie de nous. Ils ont laissé leur trace et leur empreinte au plus intime de notre coeur, de notre mémoire, de notre identité.
Nous mesurons encore davantage qu’avec les vivants que nous sommes faits pour vivre en lien, en relation, en communion les uns avec les autres. Non pas repliés sur nous-mêmes, mais reliés aux
autres, parce qu’ils sont une partie de nous-mêmes. Dans la foi, ce manque, cette absence des êtres aimés n’est pas désespérante ou déprimante : redécouvrir dans la prière que tel visage me
manque, c’est un double appel à aimer et à espérer.
Appel à aimer :
car il s’agit d’être fidèle à ce que la personne aimée à ouvert en moi de capacité à me donner, à me
livrer. Il s’agit de ne pas rater mes relations avec mes proches en me laissant enfermer dans une nostalgie qui ne fera pas revivre l’être disparu, mais qui par contre me coupera de mes
proches.
C’est tout l’importance de ce que l’on appelle le « travail de deuil ». J’ai connu les parents d’un très bon ami de
collège tué sur sa mobylette à 14 ans, fils unique ; des années après, ils avaient laissé intacte sa chambre, ressassaient toujours le même chagrin, et leur maison tout entière était sous la
domination de la douleur, les empêchant de vivre... Mon ami Jean-Yves, de l’ailleurs où il se tient désormais, pourrait-il être heureux de la longue descente de ses parents au fond du
désespoir ?
Appel à aimer donc, car c’est ainsi que l’on devient fidèle à ses disparus.
Appel à espérer aussi :
car dans la foi chrétienne nous croyons que les liens d’amour qui
nous ont unis sont, en Jésus-Christ, plus forts que la mort !
Alors, fêter les défunts, c’est nous rappeler à nous-mêmes le terme, le but de notre route. « Si nous
avons mis notre espérance dans cette vie-ci seulement, nous sommes les plus malheureux de tous les hommes » (1 Co ). Mais non, le Christ est ressuscité, et le but de notre vie
n’est pas ici-bas uniquement.
Alors la mort peut changer de signe, quelque soient les circonstances qui l’ont
accompagné... Elle peut devenir l’attente, comme le grondement sourd de la rencontre qui approche...
Mourir, c’est rencontrer.
Notre espérance est placée en Dieu, lui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts, et non en notre souvenir. Car jamais le souvenir n’a
fait revivre quelqu’un. Alors que Dieu est capable de donner la vie là où pour nous c’est impossible, même à ceux que les hommes ont oublié et délaissé...
Que ce double appel, à aimer et à espérer, nous aide à faire mémoire de nos défunts dans la paix et la
sérénité.
Amen.
Père Patrick BRAUD
PS : la chanson de Barbara sur la mort de son père à Nantes est un chef-d'oeuvre de tristesse, mais d'amour aussi, quand on sait ce que Barbara a subi de son père, et comment
elle a pu retrouver celui-ci à la fin...
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