Mercredi 26 septembre 2007
Divorcés / remariés: le pardon est-il possible?
Le "groupe 124" (du numéro d'un article de notre synode diocésain qui appelait à une pastorale des divorcés / remariés) s'est réuni ce
Mercredi 19/09/07.
Nous avons échangé autour du thème du pardon: dans le couple, dans l'Eglise (et à l'Eglise!), avec les enfants,
le premier conjoint etc...
Un témoignage de la revue "Chemins d'Espérance" peut éclairer cette réflexion:
Le pardon parait impossible quand la blessure est trop profonde, quand la plaie est encore à vif. Peut-on faire comme si
rien ne s'était passé ?
Il m'a fallu du temps, après mon divorce, temps de repli sur moi, d'amertume, de culpabilité, de rancoeur, pour croire, à
travers le regard des autres, que je n'étais abandonnée ni ,de mes frères, ni de Dieu.
J'ai appris alors a devenir patiente avec moi-même, à me libérer de ma culpabilité, passer 'par-dessus' mon
amertume, m'accepter dans ma condition de personne divorcée pas toujours bien regardée, ni comprise, et petit à petit, à retrouver confiance en moi.
Le groupe de divorcés auquel j'appartenais alors, et qui represents dans ma paroisse, m'a beaucoup aidée a faire ce
chemin.
Cette confiance retrouvée, le temps écoulé, cette assurance que j'étais aimée de Dieu, m'ont permis de regarder ces années
passées avec plus de lucidité.
C'est en redécouvrant l'amour, la bonté de Jésus de Nazareth pour les pauvres, les petits, les exclus, sa main tendue à
Zachée, à la Samaritaine, à la femme adultère, Bartimée et à tant d'autres, ce don de lui-même jusqu'au bois de la croix, que j'ai ressenti le besoin d'être pardonnée et de pardonner. Lui, le
juste parmi les justes, n'a-t-il pas crié : "Père, pardonne-leur, ils ne
savent pas ce qu'ils font".
Ce pardon me devenait nécessaire pour vivre. Pardon que le Seigneur devait m'accorder pour avoir douté de son amour, pardon pour mes fautes et pour ma part de responsabilité au cours de ces
années de vie commune. Je découvrais que si j’avais souffert, lui aussi avait dû souffrir.
Ce pardon, je lui devais aussi.
Cette démarche faite m'a donne un sentiment de liberté. Enfin, tout était en règle. J’étais persuadée que ce pardon était
donne une fois pour toutes. Je me sentais libre, ouverte vers un autre avenir.
Hélas, j 'ai su très vite que le pardon n'est pas l'oubli. Il a suffi de peu de chose pour que le passé remonte à la surface et que cette amertume me submerge a nouveau. J'ai
su alors que je ne pouvais en rester là. Je me suis retournée, j'ai regardé vers le Seigneur, et j'ai recommencé, lui demandant de m'apprendre a pardonner comme il me pardonne. Après de
longues années, il m'arrive encore de refaire ce même chemin, mais je sais que c'est ainsi et je suis en paix avec moi-même. Le Seigneur n'a-t-il pas dit a Pierre qui lui demandait s'il devait
pardonner jusqu'a sept fois : "Je ne te dis pas jusqu'a sept fois,
mais jusqu'a soixante dix fois sept fois" (Mt 18,
21-22)
Un article de Mgr Albert Rouet, évêque de Poitiers, écrit pour "Chrétiens Divorcés" en janvier 1997, m'a beaucoup aidée
comprendre. Je vous en communique un extrait :
...Qu'il soit bien clair que le pardon ne vise pas d'abord le passé mais l'avenir. Il est acte
d'espérance. Le passe ne s'efface pas. Souvent on veut le fuir ou le transformer, mais cela ne change rien.
Le fait de ‘par-donner’ reconnaît au contraire l'existence de ce passé avec tous ces mélanges de
culpabilité. Le vrai problème est de savoir si le passé emprisonne définitivement l'avenir en nous faisant toujours revivre la même histoire. Cette question est souvent posée trop
tard.
On s'enferme alors dans la répétition! Par-donner, c'est donner par-dessus, c 'est introduire un autre
élément dans une histoire connue. Le pardon vient d'ailleurs, car il vient de la conviction qu'un a-venir peut modifier les choses. Le pardon en fait en appelle à 'un autre' qui justement voit la situation avec un oeil différent, un oeil de résurrection. II délivre alors de l'enfermement de la
culpabilité.
C'est un Autre qui lit en moi autre chose que ce que j'y lis.
...Le passé si lourd devient lieu de naissance. Il reste le passé, mon histoire, mais
une histoire inachevée où `un Autre' relance la liberté du départ. La fatalité disparaît. Le pardon, ainsi, libéré
car, en fait, on ne reconnaît ses propres négligences que quand il y a pardon. Dieu n'a de chacun qu'une vue d'espérance.
J'espère, conclut-il, que ces lignes permettront a chacun, dans les méandres de son histoire, et
spécialement de son divorce, de trouver le chemin du pardon."
Jeanine Martin
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