Homélie de mariage:
le respect et le don
Stéphanie et Richard
16/06/2007
Notre Dame de la Route
On croit qu’on va juste apprendre quelques savantes combinaisons de danses folkloriques,
et puis voilà qu’on se retrouve devant le ou la partenaire de sa vie entière ! Vous ne vous en n’êtes pas rendu compte tout de suite : il a fallu l’amitié, les petits mots dans la boîte
aux lettres, les longs moments passés au téléphone (France Télécom devrait sponsoriser les amoureux !), et tant et tant de parole échangée, dans la confiance mutuelle amicale, c’est-à-dire
dans la foi en l’autre.
C’est souvent après coup qu’on peut raconter ce qui s’est passé, revivre sa vie pour y
discerner les lignes de force qui s’y dessinent mystérieusement…
Mais comment tenir bon année après année là où tant d’autres, ni meilleurs ni pires, n’ont pu tenir ? Comment
réussir, à l’échelle de toute une vie, sans réduire cette réussite à la seule ascension professionnelle et sociale ?
Tout au long des rencontres de préparation à votre mariage, dans les dialogues empreints d’amitié profonde et de vérité qui ont jalonné
cette route, deux mots, deux maître mots me sont apparus comme étant au cœur de votre amour et de votre projet : le respect et le don
. Deux nourritures pour creuser votre soif de durée et de vraie réussite. Prenons le temps d’approfondir ces deux attitudes, à la lumière de votre histoire et des textes de votre
célébration.
Le respect d’abord.
Un vieux mot apparemment : saluer quelqu’un avec respect, témoigner du respect pour un symbole national ou religieux, le respect
amical qui vous rapproché au début…
Et si l’amour commençait et recommençait sans cesse par le respect ? Le respect mutuel où chacun, avec une infinie tendresse, s’engage à ne
pas forcer l’autre, à ne pas l’utiliser ou le contraindre, mais souhaite avec ardeur que l’autre aille jusqu’au bout de lui-même. Vouloir comme la plus haute preuve d’amour que l’autre soit
d’abord fidèle à lui-même. Et pour cela accueillir l’autre sans le posséder ni l’accaparer…
Cette attitude d’accueil et de respect, vous la pratiquez depuis que vous vous connaissez: vos deux traditions familiales sont
différentes, vos convictions religieuses sont différentes.
Toi, Richard, tu auras la possibilité - la chance, je crois ; le
devoir, peut-être - de pouvoir fonder ton amour en Dieu, et de l’ancrer dans une espérance qui va au-delà de la mort. D’où une certaine solitude spirituelle sans doute, qui te demandera patience
et ténacité.
Toi, Stéphanie, tu pourras enrichir ce trésor qu’est votre couple, avec
profondeur et exigence humaine, sans référence à Dieu, dans la droiture qui te caractérise. Et tu t’engages à respecter cette dimension spirituelle habitant Richard, à ouvrir cette
possibilité à vos enfants plus tard.
Cette différence vous provoque, et vous provoquera sans cesse à mieux vous respecter, à mieux accepter vos spécificités, sans obliger
l’autre à suivre le même chemin spirituel, sans vous renier vous-même sous prétexte de protéger votre amour de ces différences.
Sans le respect mutuel, toutes ces différences risquent de devenir des divergences. En pratiquant le respect, vous en ferez un moteur,
une exigence de profondeur et de vérité entre vous, qui peut vous emmener très loin…
Voilà ce qui va mettre du goût, du sel dans votre amour, selon la parole du Christ : gardez entre vous
cette distance empreinte de respect et de tendresse, cette distance intime qu’on appelle communion. Votre amour aura du goût comme le sel et sera rayonnant comme la lumière si vous
témoignez à la face du monde qu’il est possible de s’unir différents et de se respecter en devenant chaque jour plus proche.
Finalement, ce vieux mot de respect est peut-être plus moderne qu’il y paraît ! Grâce à lui, bien des couples bâtissent leur
confiance en l’avenir ; grâce à lui, bien des hommes et des femmes éprouvent la joie de vieillir ensemble, en se soutenant mutuellement avec un infini respect…
La deuxième attitude qui vous tient à cœur, je crois, c’est celle du don.
Donner de son temps, de ses compétences, de son amitié, de son argent… En évoquant vos enfants à venir, vous alliez même jusqu’à dire que
leur transmettre les valeurs auxquelles vous croyez, sans en attendre aucun retour, est une des plus belles choses que des parents puissent accomplir…
Aumônerie, animation musicale, danse folklorique, engagements associatifs, intense vie amicale... : vous n’aurez que l’embarras du
choix pour éduquer vos enfants au don d’eux-mêmes !
Pour les chrétiens, Dieu est la source du don vraiment humain. Prier, c’est alors, non pas se donner – ce qui serait encore trop volontariste – mais recevoir de se donner. Recevoir de
Dieu, échange perpétuel d’amour entre le Père et le Fils dans le « baiser commun » qu’est l’Esprit, la capacité de vivre moi aussi le mouvement de réception, de don, d’échange, qui
caractérise la vie trinitaire.
Celui qui prie ainsi fait alors l’expérience de ses résistances intérieures. Tout homme qui cherche honnêtement à se donner découvre
qu’il a en lui des blocages, des peurs, des replis antérieurs, qui de temps à autre incurvent sur lui-même le mouvement qu’il voudrait diriger vers l’autre.
C’est pourquoi la joie du don est aussi la joie du pardon : croire qu’il est possible de
continuer de recevoir et de donner au-delà des blessures inévitables que l’on s’inflige lorsqu’on est proche.
Faites confiance à votre désir mutuel exprimé aujourd’hui de transformer toute épreuve en un passage vers plus de vérité et de respect.
Ne réduisez jamais l’autre à l’acte blessant qu’il aura pu poser : « je crois en toi ; tu es plus grand que ce que tu as commis ».
Vous avez déjà eu, comme tous les couples, toutes les amitiés et toutes les collaborations de travail, plein de petites occasions de vous
pardonner. Vous continuerez à avoir de telles occasions, et peut-être même des grandes. Ne les manquez pas ! Vous serez ainsi plus forts de l’épreuve traversée ensemble. Comme le dit si
justement le Christ : « celui à qui l’on pardonne peu montre peu d’amour… ». Car seul le pardon révèle la gratuité du don, le désintéressement du lien qui vous
unit…
Se
respecter pour se donner, se donner en se respectant : puissiez-vous grandir sans cesse ensemble dans ce pèlerinage de l’amour qu’est le mariage. À vos côtés, dans l’affection familiale,
dans l’amitié, nous avons besoin de vous pour retrouver le goût de l’existence, et le rayonnement que produit la foi, la confiance en l’autre.
Richard, tu disais avec humour que ton union avec Stéphanie était inscrit dès 1977 sur ton faire-part de naissance... 30 ans après, c’est
bien d’une nouvelle naissance qu’il s’agit pour vous deux : naître l’un à l’autre, naître l’un par l’autre, jusqu’au grand âge, jusqu’à ce que Dieu lui-même naisse en vous, pour
toujours.
Soyez pour nous sel de la terre et lumière du monde.
Amen !
P. Patrick Braud
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