Homélie pour le mariage d'Olivier et Anne
Le 15/06/07 à
Compiègne (les Azelis)
On croit qu’on va juste faire un petit stage BAFA, alors qu’on est étudiant désoeuvré à Centrale ou passionnée en
Droit, et on se retrouve devant la femme de sa vie / l’homme de sa vie !
Il faudra ériger un monument aux Scouts de France pour avoir déclenché votre rencontre, Olivier et Anne, il y a 6 ans, lors de ce fameux stage STIP !
Or c’était pendant la semaine Sainte, et vous ne vivez plus le Jeudi Saint comme avant depuis cette nuit-là il y a 6 ans...
Vous avez eu ensuite ces 6 années d’apprivoisement : fin d’études, vie parisienne, les Philippines (et les lettres qui vont avec !), le premier boulot de chacun, Jeanne,
la préparation au mariage…
À travers les textes que vous avez choisi pour votre mariage, comme à travers votre histoire, deux attitudes me
semblent caractéristiques de votre relation et de votre construction qui prend aujourd’hui un tournent radical : l’accueil / le don.
1. L’Accueil d’abord
On croit souvent que se marier, c’est s’engager. Ce n’est pas faux, mais je crois que ce n’est pas premier. Et vous risquez
vous-mêmes de tomber dans ce piège, à cause de votre tempérament très actif et de votre passé militant.
Or, écoutez le Christ : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis ». « Comme le Père m’a aimé, moi
aussi je vous ai aimés ». Autrement dit : commencez par accepter d’être aimés avant de vouloir aimer. Accueillez l’Amour de
l’Autre, et laissez-le façonner votre propre amour en réponse.
Nous sommes faits non pas pour être indépendants, mais au contraire pour nous recevoir d’un Autre. Comme Jeanne a reçu de vous la vie sans avoir rien demandé.
Comme toi Anne tu as reçu le Baptême et l’Initiation Chrétienne dans la vigile de Pâques il y a 2 ans.
Comme tout à l’heure chacun va recevoir - et non pas prendre - l’autre comme conjoint devant Dieu.
« Je te reçois comme épouse / époux… »
Voilà pourquoi les sacrements sont toujours au passif.
Personne ne se baptise lui-même : on s’est plongé dans la résurrection du Christ ;
Personne ne se communie lui-même : on reçoit la communion des mains d’un autre.
Personne ne se pardonne lui-même : on reçoit le pardon de la parole d’un autre.
De même pour le mariage : il ne s’agit pas de prendre mais de recevoir. Il ne s’agit pas d’être prêt pour se marier, mais d’accueillir la
force que Dieu nous donne pour devenir mariés, jour après jour.
C’est un passif, terriblement actif certes, mais c’est d’abord un passif : être aimé, se recevoir,
accueillir.
Quelle chance pour un homme et une femme de pouvoir par exemple s'appuyer sur le sacrement de réconciliation pour pratiquer eux-mêmes le pardon entre eux et autour d'eux ! Imaginez
la tête de Jeanne, dans quelques années, lorsqu'elle vous verra demander humblement pardon à Dieu, à elle-même, reconnaissant ainsi que le pardon est d'abord à accueillir pour pouvoir être
donné...
2. Accueil d'abord, don ensuite
· Inspirez - expirez ! C'est le mouvement de la
respiration, le mouvement de la vie. Le don reçu se traduit en don offert. Le Christ remplace le verbe aimer par l'expression "donner sa vie"; il nous aide ainsi à ne pas sacraliser le
sentiment amoureux. "Personne n'a de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis". Pour qui serions-nous
réellement prêts à donner notre vie ?...
L'amour va au-delà du sentiment souvent fort mais éphémère.
Eh oui : selon l'Évangile, aimer ce n'est pas avoir le cœur qui bat pour l'autre, c'est livrer sa vie pour lui, fut-il mon pire ennemi, fut-il le plus inhumain des bourreaux
modernes. Çà calme !... mais çà nous guérit aussi d'une conception trop fusionnelle. La tentation qui nous guette, à travers les médias ou l'oubli de Dieu, c'est d'idolâtrer l'amour humain. Or,
dans la foi chrétienne, ce n'est pas l'amour qui est Dieu, c'est Dieu qui est Amour, et çà change tout ! Dieu est plus grand que l'amour : le
Nouveau Testament l'appelle encore lumière, justice, Père...
· D’ailleurs, idolâtrer son conjoint,
c'est trop attendre de l'amour humain, et le condamner à la désillusion. L'autre n'est pas tout, et je ne peux ni ne dois l'utiliser pour combler mes
manques.
Il n'a pas besoin d'avoir les qualités que je n'ai pas;
il n'a pas à me sauver de toutes mes angoisses;
il n'est pas la pièce complémentaire d'un puzzle à deux (à trois ou à quatre, car la question redouble avec les enfants !).
Il n'a même pas à faire mon bonheur : Dieu seul est Dieu. À trop attendre de la relation homme-femme, ne la rend-on pas terriblement fragile ? Si fragile qu'elle devient
insupportable pour beaucoup. Mieux vaudrait voir dans son mari / sa femme une image de Dieu que Dieu lui-même...
· On comprend mieux la parole de Jésus,
qui fait de l'amour un commandement, et non pas un sentiment : "ce que je vous commande, c'est de vous aimer les uns les autres". Qui oserait conjuguer le verbe aimer à l'impératif aujourd'hui ? L'air du temps est plutôt au conditionnel, au facultatif : j'aime si je veux, si j'éprouve du sentiment, si
j'y trouve mon intérêt... (et donc j'arrête si çà s'arrête) "Aime", répond simplement le Christ, car c'est dans cette
gratuité du don de toi - même lorsqu'il n'y a pas de retour sur investissement - que tu deviendras vraiment toi-même.
Anne et Olivier, vous recevez le sacrement de mariage, non pas seulement parce que vous vous aimez, mais surtout pour vous aimer, vous aimer
davantage, vous aimer jusqu'au bout.
3. Accueil, don, communion
· La fécondité de ce don de soi, inconditionnel et gratuit, c'est de vivre une intense relation de
communion avec l'autre et tout ce qui nous entoure. Et ce n'est pas réservé aux gens mariés, ni aux adultes. En accueillant et en donnant, chacun fait une double découverte : Dieu en lui-même est
communion, et il s'invite à ma table.
On voit alors pourquoi la communion entre un homme et une femme va bien avec la communion eucharistique : c'est le même amour qui unit Dieu à son peuple qui unit également l'homme
et la femme. L'eucharistie nourrit l'amour humain, l'amour humain nourrit l'eucharistie.
Dieu-Trinité soutient la communion entre la femme et l'homme, et la relation entre deux époux devient un signe, un sacrement de la communion trinitaire, rien moins que
cela...
L’amour humain est eucharistique ; l’eucharistie est nuptiale...
Puissions-nous chacun, quelque soit notre état de vie à l'heure actuelle, puiser dans cette communion une force nouvelle pour, avec vous deux, devenir plus fidèles au don
accueilli chaque jour et témoigner du bonheur d’être aimé !
Amen !
P. Patrick BRAUD
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