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Jeudi 3 novembre 2005

Homélie pour le jour des Défunts       02/11/05

traduire notre manque de l'autre en fleurs...Si nous sommes là aujourd’hui, c’est parce que quelqu’un nous manque.
C’est bien cela le deuil, éprouver le manque, le vide, l’absence.
Cette douleur nous dit pourtant quelque chose de fondamental : nous sommes faits pour la relation à l’autre, notre vrai bonheur est dans la communion avec quelqu’un.
L’être aimé – qu’il soit un conjoint, un enfant, un ami … – fait partie de nous-mêmes.
Nous sommes faits pour l’autre (comme le Christ pour son Père).
À tel point que la Béatitude que Jésus lançait hier pour la Toussaint est vraiment la nôtre : « Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés ». On demandait à un enfant au catéchisme à propos de cette béatitude :  « est-ce que tu vois tes parents pleurer ? » « Mon papa jamais. Ah si, une fois, lorsque sa maman est morte, il a pleuré devant nous. » Et il ajoutait, ingénu, : « c’est vrai, si on ne pleure jamais quand quelqu’un meurt, c’est qu’on s’en fiche » Voilà pourquoi Jésus nous dit : « Bienheureux vous qui pleurez », c’est à dire vous qui acceptez d’être vulnérables, qui vous laissez blesser d’amour ; heureux êtes-vous lorsque vous vous donnez dans des relations de communion avec d’autres sans que la mort arrête votre désir de relation.

tracer son chemin au milieu de l'absence...Dans les mois – quelquefois les années – qui suivent la perte de la relation, s’effectue en nous un travail de deuil : qu’allons-nous faire de ce vide, de ce manque, de cette absence ? Chacun de nous pourrait raconter toutes les étapes que la douleur lui a fait traverser, et le temps qu’il a fallu pour, peu à peu, émerger de la tristesse.

Il y a le temps de la révolte, le temps du refus obstiné, le temps du désespoir, puis le temps de la reconstruction, de l’acceptation et d’un nouvel élan.
Il y a le piège du repli sur soi :  comme la cagouille qui se recroqueville dans sa coquille lorsqu’elle prend un coup sur la tête, la souffrance nous fait croire au début qu’il vaudrait mieux ne plus avoir de relation avec personne plutôt que de risquer de les perdre à nouveau, ou bien que le temps se serait arrêté définitivement à la mort de celui ou celle que l’on aimait.

se souvenir suffit-il à faire vivre l'autre ?Un autre piège serait de croire que le souvenir suffit : je me souviens de lui ou d’elle, donc il/elle vit dans mon cœur. Et on se focalise alors sur le souvenir du passé, comme seul moyen de continuer à faire vivre la relation perdue. Or réfléchissons ensemble : si c’est le souvenir qui fait vivre, nos défunts vont connaître une 2° mort lorsque tout le monde les aura oublié.

Qui se souvient encore dans ma famille de mes arrière-grands-parents ?
Que restera-t-il d’eux dans la mémoire familiale d’ici un siècle ou deux ?
Le souvenir, c’est à nous qu’il fait du bien, mais le souvenir est incapable de faire vivre à nouveau ceux qui ne sont plus devant nos yeux. Voilà pourquoi nous célébrons la messe pour nos défunts : parce que nous croyons que Dieu seul, en Jésus Christ, peut faire vivre ceux dont nous chérissons le souvenir. Nous, nous n’avons pas le pouvoir de ressusciter les morts, nous ne sommes pas Dieu. Mais dans chaque eucharistie où nous prions pour les défunts, nous prions Dieu pour que la puissance de la Résurrection du Christ transforme et transfigure totalement ceux et celles que nous lui présentons dans la prière.

Nous retrouvons alors une intuition que déjà nous pouvons vivre entre nous : bien souvent, nous faisons l’expérience que des liens d’affection entre nous peuvent être plus forts que le temps ou l’espace.
Plus forts que le temps : lorsque par exemple des personnes d’âge éloigné éprouvent pourtant de véritables émotions communes.
Plus forts que l’espace : lorsque par exemple, des amis ou des membres d’une famille ressentent au même instant  une même communion de pensée et de sentiments alors qu’une longue distance les sépare.
Eh bien, c’est un peu la même chose que nous disons pour nos défunts, dans la lumière de la Toussaint. Parce que Jésus est ressuscité et qu’il nous entraîne à sa suite, la communion de tous les saints est plus forte que le temps et l’espace, plus forte que la mort.

Plus besoin de faire tourner des tables ou de s’adresser à de soi-disant sorciers : la vraie communication avec nos défunts, c’est grâce au Christ Ressuscité !
En lui, la communion d’amour est si forte qu’en passant par lui, nous sommes sûrs de ne pas perdre le fil de la relation avec ceux que la mort a semblé effacer. En ce sens, faire célébrer une messe pour un défunt est sans doute un des plus beaux actes d’amour que nous pouvons manifester envers lui.
Là, il est possible de pardonner et d’être pardonné ;
là il est possible de recevoir la paix du Christ, la paix profonde qui guérit la blessure et ouvre un avenir ; 
là, l’espérance de nous retrouver un jour en Jésus Christ nous redonne le courage d’entreprendre d’autres relations, d’autres communions, pour arriver plus riches d’humanité dans l’au-delà de notre propre mort.

Nous allons maintenant, comme une litanie des saints, égrener les noms et les prénoms de ceux et celles que nous confions à l’amour du Christ depuis qu’ils ne sont plus physiquement devant nos yeux. En apportant une bougie au pied de la Croix, puissions-nous offrir la petite flamme de l’espérance qui brûle en nous, pour nos défunts, pour tous les défunts pour ne pas laisser le chagrin nous plonger dans la nuit ; pour que grandisse notre courage de vivre et de rencontrer, dans l’attente de la rencontre ultime.
Amen.
P. Patrick BRAUD

par Patrick BRAUD publié dans : Homélies
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