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Lundi 17 octobre 2005

Homélie du 29° Dimanche  Année A  16 Octobre 2005

Jésus et l’impôt
Le casse-tête des impôtsC’est la période des taxes foncières, couplées cette année à la redevance télévision…
Ah les impôts ! C’est un sport national que de ronchonner sur nos impôts, ou d’essayer d’y échapper !

Chose étonnante : Jésus lui-même devant payer ses impôts !
Dans son évangile, Matthieu y fait deux fois allusion.

La 1° fois, c’est pour savoir si Jésus va payer l’impôt pour le Temple de Jérusalem (c’est son Denier de l’Église en quelque sorte !) Mt 17, 24-27. Jésus sait bien que c’est lui le véritable Temple, et qu’il devrait normalement pas être soumis à cet impôt. Mais pour ne pas scandaliser, il demande à Pierre d’aller pêcher le premier poisson qui mordra.
« Ouvre-lui la bouche et tu y trouveras une pièce d’argent. Prends-la et paye l’impôt avec, pour toi et pour moi. »
            Si vous arrivez à payer vos impôts avec le produit de votre pêche, vous ferez aussi fort que Jésus ! Cette histoire de poisson péché pour payer l’impôt du Temple annonce peut-être la future communauté chrétienne, où les « poissons » que sont les baptisés (poisson=ICTUS en latin = Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur, dans les initiales en grec), paieront le prix fort du martyre pour construire le nouveau Temple de Dieu : l’Église.
            Dans cette première polémique sur l’impôt, le Christ manifeste sa liberté : pour le bien de ceux-là même qui lui tendent un piège, pour ne pas les scandaliser, il accepte de s’acquitter d’une solidarité financière dont il aurait pu se dispenser.
        Et nous : quelle est notre propre liberté, à la manière du Christ, pour que notre argent ne scandalise pas, mais édifie ? Pouvons-nous aller au-delà de la seule logique du droit (j’y ai droit ou je n’y suis pas obligé) ? Pouvons-nous vivre la solidarité avec le souci de l’autre d’abord ? 
« Les fils sont libres » dit Jésus : sa liberté, c’est de payer plutôt que de scandaliser…
À méditer …
            La deuxième fois où il est question d’impôt, c’est avec l’évangile d’aujourd’hui, et c’est notre feuille d’impôts, avec en plus un parfum de susception vis-à-vis des politiques romains, car César était l’occupant. Payer des impôts sous l’Occupation, cela doit hélas rappeler de mauvais souvenirs à quelques uns d’entre vous…
Jésus "demande la pièce" aux pharisiens            Le piège vient ici de l’utilisation d’une logique affreuse : la logique du permis-défendu, du tout blanc à tout noir.
« Est-il permis oui ou non de payer l’impôt à l’empereur ? »
C’est une logique très pharisienne, que Jésus qualifie d’hypocrite. Car au-delà du oui ou du non à l’application de la loi, il y a le discernement moral, il y a le sens, la signification des actes posés.

À quoi sert de faire semblant de respecter la loi lorsque, comme les pharisiens, on se promène avec l’image de César dans ses poches et finalement dans son cœur ? Jésus, lui, n’a pas un sou en poche : c’est pourquoi il demande la pièce aux pharisiens ! L’hypocrisie, c’est de croire qu’on est en règle parce qu’on applique le permis/défendu, sans aller fouiller dans ses poches pour en faire sortir ces idoles, ces divinités portatives qui nous manipulent.
Car la pièce d’argent montrée à Jésus portait l’effigie de l’empereur Tibère (14-37 de notre ère) et l’inscription suivante : « Tibère Auguste César, fils du divin Auguste ».
Ceux qui sont le plus sourcilleux sur l’application extérieure de la loi sont souvent ceux qui sont de vrais problèmes avec leurs idoles intérieures : ils compensent l’un par l’autre, ils utilisent la loi extérieure pour ne pas convertir leur vie intérieure.
            Rendre à César ce qui est à César, c’est alors devenir libres par rapport aux contraintes sociales, en donnant aux règles communes de la vie politique, économique, toute leur place, rien que leur place.

Distinguer César de Dieu, sans séparation ni confusion.
On a pu voir dans cette phrase célèbre les prémices de la séparation des pouvoirs chère à Montesquieu ; ou même les fondements d’une saine laïcité, d’une laïcité ouverte, où le politique et le religieux ne sont pas mélangés mais respectueux l’un de l’autre.
            Rendre à Dieu ce qui est à Dieu, c’est manifester la liberté des enfants de Dieu, qui n’idolâtrent pas la politique, ni l’économique, tout en leur reconnaissant leur juste place.  

Le plus important est finalement de soigner l’effigie de Dieu en nous.
Car il a marqué notre âme du sceau de son image. Il a gravé en nos cœurs la présence de son Esprit (Ep 3,1).
L'image du "Dieu-César" ne peut remplacer l'image de Dieu en nous« Si César a fait graver son effigie sur une pièce de monnaie -  note Saint Augustin - c’est en ton âme à toi que Dieu a imprimé sa propre image. Que la perte d’une pièce de monnaie ne te contrite donc pas parce tu as alors perdu l’effigie de César ! Éprouve plutôt une plus grande peine s’il t’arrive de faire injure à l’image de Dieu en toi ! »

Voilà le vrai trésor ! Voilà la vraie loi ! Voilà l’impôt véritable !

Tu nous as créés, Seigneur, à ton image et à ta ressemblance.
Une image qui est à parfaire, et une ressemblance qui est à retrouver.
Si, sur la face de monnaie de mon âme, ton image reste toujours gravée, que sur son revers je puisse aussi imprimer ta ressemblance à tout jamais !
Amen.

par Patrick BRAUD publié dans : Homélies
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