Angoulême (Charente)
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Homélie du 29° Dimanche Année A 16 Octobre 2005
Jésus
et l’impôt
C’est la période des taxes foncières, couplées cette année à la redevance
télévision…
Ah
les impôts ! C’est un sport national que de ronchonner sur nos impôts, ou d’essayer d’y échapper !
Chose étonnante : Jésus lui-même devant payer ses impôts !
Dans son évangile, Matthieu y fait deux fois allusion.
La 1° fois, c’est pour savoir si Jésus va payer l’impôt pour le Temple de Jérusalem (c’est son Denier de
l’Église en quelque sorte !) Mt 17, 24-27. Jésus sait bien que c’est lui le véritable Temple, et qu’il devrait normalement pas être soumis à cet impôt. Mais pour ne pas scandaliser, il
demande à Pierre d’aller pêcher le premier poisson qui mordra.
« Ouvre-lui la bouche et tu y trouveras une pièce d’argent. Prends-la et paye
l’impôt avec, pour toi et pour moi. »
Si vous arrivez à payer
vos impôts avec le produit de votre pêche, vous ferez aussi fort que Jésus ! Cette histoire de poisson péché pour payer l’impôt du Temple annonce peut-être la future communauté chrétienne,
où les « poissons » que sont les baptisés (poisson=ICTUS en latin = Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur, dans les initiales en grec), paieront le prix fort du martyre pour construire le
nouveau Temple de Dieu : l’Église.
Dans cette première polémique sur l’impôt, le Christ manifeste sa liberté :
pour le bien de ceux-là même qui lui tendent un piège, pour ne pas les scandaliser, il accepte de s’acquitter d’une
solidarité financière dont il aurait pu se dispenser.
Et nous : quelle est notre propre liberté, à la manière du Christ, pour que notre argent ne scandalise pas, mais édifie ? Pouvons-nous aller au-delà de la seule logique du droit (j’y ai
droit ou je n’y suis pas obligé) ? Pouvons-nous vivre la solidarité avec le souci de l’autre d’abord ?
« Les
fils sont libres » dit Jésus : sa liberté, c’est de payer plutôt que de scandaliser…
À méditer …
La deuxième fois où il est question d’impôt, c’est avec l’évangile d’aujourd’hui, et c’est
notre feuille d’impôts, avec en plus un parfum de susception vis-à-vis des politiques romains, car César
était l’occupant. Payer des impôts sous l’Occupation, cela doit hélas rappeler de mauvais souvenirs à quelques uns d’entre vous…
Le piège vient ici de l’utilisation d’une logique affreuse : la logique du permis-défendu, du tout blanc à tout noir.
« Est-il permis oui ou non de payer l’impôt à l’empereur ? »
C’est une logique très pharisienne,
que Jésus qualifie d’hypocrite. Car au-delà du oui ou du non à l’application de la loi, il y a le discernement moral, il y a le sens, la signification des actes posés.
À quoi sert de faire semblant de respecter la loi lorsque, comme les pharisiens, on se promène avec l’image de César dans ses poches et finalement dans son cœur ? Jésus, lui, n’a pas un sou
en poche : c’est pourquoi il demande la pièce aux pharisiens ! L’hypocrisie, c’est de croire qu’on est en règle parce qu’on applique le permis/défendu, sans aller fouiller dans ses
poches pour en faire sortir ces idoles, ces divinités portatives qui nous manipulent.
Car la pièce d’argent montrée à Jésus portait l’effigie de l’empereur Tibère (14-37 de notre ère) et l’inscription suivante : « Tibère Auguste
César, fils du divin Auguste ».
Ceux qui sont le plus sourcilleux sur l’application extérieure de la loi sont souvent ceux qui sont de vrais problèmes avec leurs idoles
intérieures : ils compensent l’un par l’autre, ils utilisent la loi extérieure pour ne pas convertir leur vie intérieure.
Rendre à César ce qui est à César, c’est alors devenir libres par rapport aux contraintes sociales, en
donnant aux règles communes de la vie politique, économique, toute leur place, rien que leur place.
Distinguer César de Dieu, sans séparation ni confusion.
On a pu voir dans cette phrase célèbre les
prémices de la séparation des pouvoirs chère à Montesquieu ; ou même les fondements d’une saine laïcité,
d’une laïcité ouverte, où le politique et le religieux ne sont pas mélangés mais respectueux l’un de
l’autre.
Rendre à Dieu ce
qui est à Dieu, c’est manifester la liberté des enfants de Dieu, qui n’idolâtrent pas la politique, ni l’économique, tout en leur reconnaissant leur juste place.
Le plus
important est finalement
de
soigner l’effigie
de
Dieu en
nous.
Car il a marqué
notre âme du
sceau de son image. Il
a
gravé en nos cœurs
la présence de son
Esprit (Ep 3,1).
« Si César a fait graver son
effigie sur une
pièce
de monnaie - note Saint Augustin - c’est en ton âme à toi que Dieu a imprimé sa propre image. Que la perte d’une
pièce
de
monnaie
ne te contrite donc pas parce tu as alors perdu l’effigie de César ! Éprouve plutôt une
plus
grande
peine
s’il t’arrive de faire injure à l’image de
Dieu
en toi ! »
Voilà
le vrai trésor ! Voilà la vraie loi ! Voilà l’impôt
véritable !
Tu
nous as créés, Seigneur, à ton image et à ta
ressemblance.
Une
image qui est à
parfaire,
et une
ressemblance
qui est à
retrouver.
Si, sur la face de monnaie de mon âme, ton image reste toujours gravée, que sur son revers je puisse aussi imprimer ta ressemblance à tout jamais !Amen.
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