NOËL : LE GRAND SIGNE DE DIEU AVEC NOUS
Le prophète Isaïe l’avait annoncé de loin comme une victoire de Dieu : « Un enfant nous est né, un fils nous est donné … On proclame son nom : Conseiller merveilleux, Dieu fort, Prince de la paix. »
Et l’évangéliste Luc raconte comment cette victoire de Dieu se réalise à travers une naissance : « Voici que Marie a mis au monde son fils premier-né, elle l’a emmailloté et couché dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune … » Et, au même moment, des messagers de Dieu, des anges, annoncent à des bergers cette étonnante nouvelle : « Aujourd’hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David … Et voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né couché dans une mangeoire. »
Et ces bergers vont devenir les premiers chrétiens, ceux qui accueillent le signe inimaginable de Dieu avec nous en cet enfant, qui est son Fils, Jésus, le Messie, le Seigneur.
Voilà la raison essentielle de notre rassemblement de ce soir. Je sais bien que l’événement et le mystère de Noël sont aujourd’hui masqués par tout un déploiement extérieur de lumières et de marchandises, dont nous percevons le caractère excessif et artificiel.
Mais ne nous plaignons pas trop ! Nous avons mieux à faire : laissons l’événement de Noël nous apprendre à devenir ou à redevenir chrétiens, en nous mettant devant ce qu’il y a d’extraordinairement nouveau dans cet événement, et du côté de Dieu quand il vient à nous, et de notre côté, si nous acceptons de reconnaître le signe qu’il nous donne.
Le signe, c’est l’enfant dans la mangeoire. Un enfant, pareil à tout enfant qui vient de naître : il est là, il vit, il ne parle pas, et pourtant il nous dit que, pour vivre, il a besoin d’être aimé et d’aimer. Dieu est donc totalement du côté de l’amour qui attend d’être accueilli, en cet enfant nommé Jésus.
Et ceci est un formidable démenti à tout ce que l’on nous serine parfois sur le caractère dangereux de la révélation chrétienne de Dieu. Jean Paul II avait bien raison de nous dire, comme Jésus à ses apôtres : « N’ayez pas peur ! » Et Benoît XVI nous le répète, à sa manière plus douce : « N’ayez pas peur de Dieu ! Il n’est pas une menace, puisqu’il s’expose à être refusé. » « Il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas accueilli. »
La
crèche est là pour nous reconduire à cette vérité essentielle de Dieu que les bergers ont comprise les premiers et que des enfants comprennent aussi à leur manière. Non ! Dieu n’est pas une menace, il ne vient pas pour punir, mais pour sauver, et sa venue n’a rien d’un triomphe, c’est une présence qui ne s’impose pas, c’est une lumière qui
n’éblouit pas, qui éclaire doucement et qui réjouit le cœur.Voilà le signe de Dieu avec nous et en nous-mêmes, si nous acceptons de vivre en enfants de Dieu et de nous reconnaître les uns les autres comme des enfants de Dieu.
Sans nous faire d’illusions. Car croire ainsi à l’humanité de Dieu, à sa présence désarmée dans notre monde violent, cela peut apparaître comme un scandale ou une folie. Et sans doute que les bergers de Bethléem ont dû scandaliser leurs compatriotes quand ils sont allés leur dire que le Messie attendu venait de naître dans une étable.
Et ce scandale-là ne s’arrête pas. Il est d’une actualité permanente, et il passe par le signe actuel du Christ dans notre monde, qui est son Corps vivant, son Église que nous formons à partir de notre baptême.
Dieu sait et nous aussi que nous souffrons quand nous nous sentons des témoins indignes de la révélation de Dieu que nous avons reçue, et que nous donnons à penser que notre Église serait inhumaine, pour toutes sortes de raisons qui tiennent à nos fautes, à nos maladresses, ou simplement à notre bêtise, et surtout à notre manque d’amour.
Nous ne pouvons pas célébrer Noël, surtout en cette messe de minuit qui nous rassemble largement, sans reconnaître que le signe actuel du Christ vivant doit être fidèle au signe primordial de l’enfant dans la mangeoire, c’est-à-dire fidèle à Dieu lui-même quand il choisit de tout prendre sur lui de notre humanité, tout, ce qui la rend belle et ce qui la rend fragile, et parfois violente.
Frères et sœurs, nous avons besoin aujourd’hui de repartir de la vérité du Christ, ou plus exactement de l’Amour invincible de Dieu manifesté en Jésus Christ ! Voilà le langage que nous avons à pratiquer. C’est le langage de la foi qui attend tout de Celui qui est venu parmi nous « chercher et sauver ce qui était perdu ». Et c’est, inséparable de ce langage de la foi, le langage de l’Amour dont le Père des cieux est la source. De l’amour, qui, en Dieu, n’est pas du sentiment, mais un engagement risqué, une alliance indéfectible.
Ce secret de l’Amour fort de Dieu, je suis sûr que des personnes qui le refusent n’y sont pas du tout indifférentes. Et c’est pourquoi ce soir, dans le silence de nos cœurs, nous prions pour ceux et celles qui ne sont pas avec nous, avec la certitude que rien n’empêche Dieu, dans sa bonté, d’être avec elles.
En cette nuit de Noël, Dieu nous fait signe et nous appelle à devenir
son signe. Cessons de voir en Dieu une menace puisqu’il s’engage à nous faire grâce ! N’ayons pas peur de ce qui nous fait mal ni du mal dont nous sommes
capables ! La grâce du Christ est plus forte que toutes nos duretés. Je l’ai vu encore cet après-midi à la maison d’arrêt d’Angoulême, chez ces femmes qui ont l’expérience de la violence, mais
qui étaient extraordinairement attentives au message de Noël. « La grâce de Dieu,
en Jésus Christ, s’est manifestée pour le salut de tous les hommes. »À nous de nous y convertir ! À nous d’être de ceux qui laissent Dieu leur faire grâce ! Noël n’est pas seulement une trêve dans les violences du monde. C’est une présence qui demeure, si nous apprenons à l’accueillir ! C’est toujours possible ! C’est toujours nouveau ! Seigneur, viens nous en donner le désir et l ‘assurance !
Claude DAGENS
Angoulême (Charente)
regroupant les
églises suivantes:

Regardez Marie :
* Les vœux qui conviennent en ce début d’année correspondent davantage à ceux du Livre des Nombres (1° lecture) : 


Si vous avez vu ce film sorti au cinéma en Novembre dernier, vous vous souvenez sans doute de cette scène de la fraternisation entre allemands, écossais et français,
la nuit d’un Noël de guerre, au milieu de la boucherie des tranchées.
On voit alors les hommes se rassembler pour
une messe de minuit assez surréaliste, en plein champ de bataille, où les adversaires prient ensemble, où les gradés chantent avec les gars de la troupe, où ceux qui fraternisent sont tout
surpris de voir la même humanité sous des uniformes opposés…
vulnérable et désarmé, sur la paille de la mangeoire, vient nous rendre nous-mêmes vulnérables et désarmés.





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