Mercredi 30 novembre 2005
Homélie du 1er Dimanche de l’Avent B
27 Novembre 2005
Le mascaret de
l’Avent
Connaissez-vous le mascaret ?
Avez-vous déjà guetté cette vague extraordinaire, par exemple près de Podensac sur la Gironde ou à Saint-Pardon sur la Dordogne, près de Libourne ?
Le Mascaret : un mot qui fleure bon le Sud-Ouest, et qui attire des centaines de surfeurs en Aquitaine lors des grandes marées
d’Août, Septembre…
Le Mascaret, c’est cette vague extraordinaire qui remonte l’estuaire et le
fleuve à contre-courant lorsque, à l’inversion des marées, la marée montante l’emporte sur le courant de la rivière.
On voit alors une barre liquide, constituée de 4 à 5 grosses vagues haute de 50 cm à 2,50 m environ, remonter l’estuaire et chahuter les
rives à la vitesse de 15 à 30 km/h …
On voit en même temps la foule avec ses appareils photo, et les surfeurs guetter avidement les premiers signes de la vague exceptionnelle, pour pouvoir l’enfourcher sur des dizaines de
kilomètres…
Pourquoi évoquer le mascaret en ce début d’Avent ?
Vous avez déjà fait vous-mêmes le rapprochement : l’Avent, l’attente de la venue du Christ, c’est
cette vague énorme qui nous vient du large et remonte jusqu’à nous pour nous rappeler vers quel océan coule notre désir…
L’Avent, c’est ce reflux de notre avenir - « souviens-toi de ton futur ! » - jusqu’en notre présent, pour qu’à l’image des surfeurs du mascaret, nous
puissions nous laisser porter par cet élan extraordinaire qui nous met en marche vers le Christ.
Comme un ‘mascaret christique’, où la vague nous emmènerait vers
lui au lieu de nous en éloigner.
Car l’Avent n’est pas seulement la période des décorations de Noël dans les rues de la ville ; la période nostalgique de l’enfance perdue ; ou la période horrible qui rappelle aux
isolés leur solitude, au milieu des caddies remplis de cadeaux d’obligation et de bonne chère « pour les fêtes » (comme on dit).
Les Gastronomades d’Angoulême autour de nous ce week-end devraient nous mettre l’eau à la bouche pour un Noël différent !
L’Avent est d’abord cette mise en marche à la rencontre de celui qui vient vers nous, comme nous l’a fait expérimenter notre procession d’entrée.
Car Noël a déjà eu lieu, une fois pour toutes.
Il ne s’agit donc pas de mimer une 2° Incarnation ou une 2005° nativité.
On ne va donc pas faire ‘comme si’ le petit Jésus allait naître le 24/12/2005 : on va s’appuyer sur la mémoire du Noël de Bethléem pour aller ‘en Avent’, au-devant de la 2° venue
du Christ.
Car il y a bien 2 avènements, pas un seul.
Les Pères de l’Eglise sont
unanimes :
« Nous annonçons l'avènement du Christ: non pas un avènement seulement, mais aussi un
second, qui est beaucoup plus beau que le premier.
Celui-ci, en effet, comportait une signification de souffrance, et celui-là porte le diadème de la royauté divine. (…)
Dans le premier avènement, il est enveloppé de langes dans la crèche; dans le second, il est revêtu de lumière comme d'un manteau.
Dans le premier, il a subi la croix, ayant méprisé la honte; dans le second, il viendra escorté par l'armée des anges, en triomphateur.
Nous ne nous arrêtons pas au premier avènement: nous attendons aussi le second.
Comme nous avons dit, lors du premier: Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, nous le répéterons encore pour le second; en accourant avec les anges à la rencontre du Seigneur, nous lui
dirons en l'adorant: Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. »
(Cyrille de Jérusalem, IV° siècle, catéchèse prébaptismale)
Ils vont même plus loin ; ainsi St Bernard (12° siècle) :
« Nous savons
qu’il y a une triple venue du Seigneur. La 3° venue se situe entre les deux autres. Dans sa 1° venue, il a paru sur la terre, et il a vécu avec les hommes, qui l’ont pris en haine. Mais lors de
sa dernière venue, toute chair verra le salut de notre Dieu et ils regarderont vers celui qu’ils ont transpercé.
La venue intermédiaire, elle, est cachée : les élus seuls la voient au fond d’eux-mêmes, et leur âme est sauvée. Ainsi il est venu d’abord dans la chair et la faiblesse (l’unique Noël de
Bethléem) ; puis dans l’entre-deux, il vient en esprit et puissance (le mascaret qui nous soulève !), et enfin, il viendra dans la gloire et la majesté (à la fin des temps).
Cette venue intermédiaire est comme la voie par laquelle on passe de la première à la dernière : dans la première le Christ est notre rédemption, dans la dernière il apparaîtra comme notre
vie, et entre temps, il est notre repos et notre consolation. »
(St Bernard, Sermon pour l’Avent).
Autrement dit, tendus entre les 2 avènements du Christ, l’Avent nous rappelle que nous vivons déjà de ce 3° avènement : la naissance du Christ en nous.
Le plus important, ce n’est pas de déposer le petit baigneur dans la paille d’une crèche à 50 euros, le plus important, c’est de laisser le Christ naître en moi – en
moi ! - et de me mettre en marche vers cet accouchement spirituel.
« Souviens-toi de ton
futur ! »
« L’Église nous demande de comprendre encore ceci : de même qu’il
est venu au monde une seule fois en s’incarnant ; de même, si nous enlevons tout obstacle de notre part, il est prêt à venir à nous de nouveau, à toute heure et à tout instant, pour habiter
spirituellement nos cœurs avec l’abondance de ses grâces » (St Charles Borromée, lettre pastorale, 16° siècle).
En faisant mémoire du 1° et du seul Noël où Dieu naît à l’homme, nous nous tournons vers l’autre
Noël plus important encore, celui où l’homme naît à Dieu, dès maintenant, et un jour en plénitude, lorsque l’histoire humaine sera accomplie.
Le mascaret christique de l’Avent vient jusqu’à nous.
Allons-nous rester sur la rive à prendre des photos ?
Ou allons-nous courageusement nous jeter à l’eau pour surfer sur cette vague qui nous porte vers lui, au large ?
À chacun de s’examiner pour voir comment il va vivre l’Avent autrement.
À chaque famille de discuter, petits et grands ensemble, pour voir comment fêter Noël différemment cette année.
Mettons-nous en marche vers Celui qui vient, qui vient sans cesse au devant de nous…
Amen !
P. Patrick Braud
X
Évangile
de Jésus Christ selon saint Marc Mc 13, 33-37
Jésus parlait à ses disciples de sa venue : « Prenez garde, veillez : car vous ne savez pas quand viendra le moment. Il en est comme d’un homme parti en voyage : en quittant
sa maison, il a donné tout pouvoir à ses serviteurs, fixé à chacun son travail, et recommandé au portier de veiller. Veillez donc, car vous ne savez pas quand le maître de la maison
reviendra, le soir ou à minuit, au chant du coq ou le matin. Il peut arriver à l’improviste et vous trouver endormis. Ce que je vous dis là, je le dis
à tous :Veillez ! »
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