Retrouvez « Première Séance », la chronique cinéma de Frédéric Sabourin tous les mercredis sur RCF Accords (Angoulême 96.8) à 7h55 et 18h25
Les âmes grises

Yves Angelo. France 2005. 1h45. Avec : Jean-Pierre Marielle ; Jacques Villeret ; Denis Podalydès ; Marina Hands…
Adapté d’un roman de Philippe Claudel, Les âmes grises vaut mieux que son titre, en tout cas mieux que la critique, pas très tendre avec ce film d’Yves Angelo.
Automne hiver 1917, dans un petit village de Lorraine. Alors que les colonnes de jeunes hommes partent se faire tuer dans l’horreur des tranchées, une jeune institutrice arrive dans le village, pour remplacer l’ancien, devenu fou. Elle loge chez le procureur, Destinat, un Jean-Pierre Marielle taciturne et secret qui ouvre son courrier pour le lire avant de lui donner. Jusqu’au jour où elle apprend que l’auteur de ces lettres, l’homme de sa vie, ne reviendra pas du front. Folle de douleur, elle se pend. Du moins c’est ce que dit le procureur, seul à l’avoir décrochée. Puis, quelques temps après, une petite fille est retrouvée morte près du canal. Le juge Mierk, Jacques Villeret dans son ultime rôle, enquête. Il déteste le procureur, qui, décidément, se montre de plus en plus secret et bien peu bavard.
Tout est gris dans Les âmes grises, le ciel, les manteaux, les visages, même la neige est grise. Le bleu vient des capotes des soldats qui marchent en colonnes, insultant de leur humour noir les « planqués ».
On retrouve l’ambiance qu’Yves Angelo avait su créer dans Le Colonel Chabert en 94. Lenteur, silences, regards froids. Dialogues, décors, costumes, tout baigne dans le gris, mais ce n’est pas pour autant un mauvais film, bien au contraire.
Le duel silencieux mais féroce entre Marielle et Villeret est superbe, les rôles sont taillés sur mesure.
Tous les personnages sont le reflet de cette époque troublée, où chacun a l’air échappé de l’enfer qui gronde pas loin, et dont le canon se fait entendre en permanence. Apprenant la mort du juge, le procureur (JP Marielle) aura cette sentence superbe : « si l’enfer existe, il faut bien qu’il serve ».
Gabrielle
Patrice Chéreau. France 1h30. D’après la nouvelle de Joseph Conrad, Le retour. Avec : Isabelle Huppert ; Pascal Greggory…
Le nouveau film de Patrice Chéreau traite d’un sujet aux apparences badines, mais pourtant saisissant : la rupture du couple. Adapté d’une nouvelle de Joseph Conrad « le retour », Gabrielle ne déçoit pas, loin de là.
C’est l’histoire de l’effondrement, étape par étape, d’un homme qui apprend par lettre que sa femme le quitte pour un autre. Mais contre toute attente, elle rentre à la maison le soir, et ce n’est que le début…
Au chapitre des acteurs qui rencontrent un grand rôle, Pascal Geggory et Isabelle Hupert tiennent la rampe avec élégance, ce qui n’était pas facile vu la profondeur du désespoir intérieur. Ils dynamitent à eux deux le modèle social du couple bourgeois, aidés en cela par la mise en scène volontairement théâtrale, et la situation historique : le début du Xxè siècle, qui n’a pas toujours l’air de la « belle époque ».
On frissonne à la vision de ce cours magistral de Patrice Chéreau, d’ordinaire plus habitué à des sujets où le corps est en expression.
Il prouve que la retenue et le combat intérieur sont aussi une forme de lutte qu’on peut adapter au cinéma…
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