Retrouvez « Première Séance », la chronique cinéma de Frédéric Sabourin tous les mercredis sur RCF Accords (Angoulême 96.8) à 7h55 et 18h25
St Jacques – La Mecque

de Coline Serreau. France 2005. 1h40. 300 copies. Avec : Muriel Robin ; Artus de Penguen ; Jean-Pierre Daroussin ; Pascal Legitimus…
Tout commence chez le notaire. Avant de mourir, une femme avait précisé dans son testament que ses trois enfants devraient, pour toucher le somptueux héritage, effectuer à pied et intégralement le pèlerinage jusqu’à St-Jacques de Compostelle. Le hic, c’est que les deux frères et la sœur sont brouillés depuis belle lurette, et pas franchement chaud pour 1300 bornes sac au dos. L’un est chômeur de longue durée imbibé par l’alcool, l’autre est un chef d’entreprise business-man, stressé et hypocondriaque. La sœur (Muriel Robin, égale à elle même) est prof légèrement déprimée dans un bahut de banlieue, croulant sous les factures à payer. Moralité, puisqu’ils ont besoin de cet argent, contre mauvaise fortune bon cœur, ils se retrouvent à la gare du Puy en Velay pour le départ de la marche, avec leur guide (Pascal Legitimus) et d’autres « pèlerins », pour lesquels les motivations sont très variées…
Coline Serreau fait du Coline Serreau : pas de grandes nouveautés dans ce St-Jacques – La Mecque, une impression de déjà vu, notamment dans la Belle Verte en 96 ou dans La Crise en 95 : la société est malade, les gens crèvent de ne pas se parler, le rythme effréné de la sur-activité apporte-il le bonheur ? Et si on posait ses valises un peu pour regarder qui marche à côté de moi ? Et si je lâchais un peu mon téléphone portable pour parler à celui à qui je fais la gueule depuis 15 ans, etc etc.
Coline Serreau prêche, Coline Serreau nous fait la leçon, en prenant bien soin de mettre en mouvement des caricatures vivantes (le cadre stressé, le chômeur paumé, les deux maghrébins dont le plus jeune pense qu’il va à La Mecque, la femme seule en chimiothérapie, la prof excédée mais bonne poire, les deux adolescentes en mal d’amour etc).
Le tout agrémenté, et ce n’est pas le moindre, par des paysages splendides filmés comme un tableau sur fond de musique planante qui finissent par nous émouvoir, c’est sûr (la route du Puy à St Jacques : faites « tout » Compostelle en 1h45…).
Cela dit, il faut croire qu’elle a un peu raison, Coline Serreau, parce qu’une fois encore, le ressort fonctionne, et ce St-Jacques – La Mecque finit par nous capter et réussit même à faire faire au spectateur ce qui se déroule sur l’écran : un pèlerinage intérieur. De ceux dont on se dit en sortant : tiens si je regardais un peu autour de moi pour voir…
Figurez-vous que samedi dernier à Cognac se tenait le 10è salon du Polar dont le thème était : « de l’écrit à l’image, l’adaptation du roman noir à l’écran ». Et à cette occasion, Jean-Pierre Mocky est venu présenter son dernier film : Grabuge. Ce film, qui va sortir à 22 copies dont 9 à Paris et banlieue, ne sera pas diffusé en Poitou-Charentes. C’est la raison pour laquelle Mocky assure lui même la promotion de ce film, dont on peut dire sans peine qu’il ne casse pas des briques. Pourtant, le sujet mérité le détour, surtout à l’heure de la « sarkoziation » de la France : un trafic de vraie carte de séjour doit être démantelé par un vieux commissaire de police aux méthodes étranges (Michel Serreau) et un employé de préfecture un brin looser passionné de musique espagnol transformé en flic malgré lui (Charles Berling).

Comme souvent avec Mocky, c’est ficelé à grand peine, un brin sulfureux, brouillon et sans grande direction d’acteurs. Ils ont d’ailleurs travaillé gratos pour lui, c’est dire.
A RCF Accords, on l’a interviewé et la seule chose qu’on peut finalement retenir, c’est que ce cinéaste populaire est aussi le vilain petit canard du cinéma français, mais ça, on le savait déjà… Pas de « grabuge » avec Grabuge, mais je dois bien reconnaître qu’on a passé un bon moment en compagnie de Jean-Pierre Mocky, ce qui, à son âge, n’est pas la moindre des choses…
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