Retrouvez « Première Séance », la chronique cinéma de Frédéric Sabourin tous les mercredis sur RCF Accords (Angoulême 96.8) à 7h55 et 18h25
Combien tu m’aimes ?

de Bertrand Blier. France 2005. 1h35. 400 copies. Avec : Monica Belluci ; Bernard Campan ; Jean-Pierre Daroussin ; Gérard Depardieu…
Trop belle pour lui, mais pas trop chère, puisque François, sorte de Français moyen au physique moyen, vient d’empocher « nets d’impôts » comme il dit, 4 millions 500 000 euros… Il se rend dans un bar d’ambiance à Pigalle, où il se paie Daniela, splendide prostituée de luxe, magnifiquement belle. Mais ce qu’elle ne sait pas encore et apprend très vite, c’est que François veut payer pour vivre avec elle, jusqu’à épuisement du gain. La routine dorée. Des galipettes jusqu’à la retraite.
Peut-on aimer une femme-objet au delà des questions d’argent et de beauté surréaliste ? C’est ce que Bertrand Blier déroule dans Combien tu m’aimes ?, très proche dans sa facture et dans les propos de Mon homme avec Anouk Grinberg et Gérard Lanvin en 95.
Avec un casting de rêve (ceux qui aiment Monica Belluci seront largement servi !), Blier donne aussi à Bernard Campan un beau rôle d’homme au corps et au coeur en vrac et prêt à tout pour trouver, ou plutôt acheter, l’amour de sa vie. Si en plus elle est une bombe sexuelle…
Jean-Pierre Daroussin, dans une scène de monologue sublime est sans doute un des meilleurs moments de ce film, en tout cas bien meilleur que Depardieu, en petite forme. Monica Belluci, comme à son habitude, fait la belle, mais pas seulement.
Bertrand Blier a –t-il du neuf à nous dire ? peut-être pas, mais ce Combien tu m’aimes ? renoue avec ce qu’il a fait de mieux avant les bides récents des Acteurs ou des Côtelettes.
Omniprésence de la musique d’opéra, symbolisant la montée du désir et son assouvissement, dialogues en aparté des acteurs trahissant les solitudes profondes.
On craint au départ un surplus de vulgarité, mais Blier signe une œuvre proche de la rédemption, à l’image de ce François qui entre, dans la première scène, dans le monde de la nuit, « trop dur pour toi » lui dira plus tard Daniela. Combien tu m’aimes ? pour en sortir… ?
L’Enfant

de Jean-Pierre et Luc Dardenne. Belgique 2005. 200 copies. 95 mn. Avec : Jérémie Rénier (Bruno) ; Déborah François (Sonia) ; Olivier Gourmet…
Le cinéma des frères Dardenne est âpre, brut, dépouillé. Depuis La Promesse il y a dix ans, et Le Fils en 2002, en passant par Rosetta (palme d’or à Cannes en 99), ils n’ont pas changé leur méthode. Ici ils nous montrent, dans la lumière crue d’une caméra très rapprochée des visages, l’histoire de Sonia et Bruno, jeunes chiots fous et irresponsables, paumés et sans repères, malgré tout sur la voie de la rédemption. Sonia vient d’accoucher d’un petit Jimmy, mais Bruno continue ses larcins et trafics, vivant « à la petite semaine ». Profitant d’un moment où Sonia a le dos tourné, il vend même l’enfant. Elle ne le supporte pas. Du coup, Bruno cherche à se racheter, en même temps qu’il rachète l’enfant. S’en suit une sorte de course poursuite, pour implorer son pardon, échapper à des mafieux sans scrupules, et à toutes sortes d’évènements que leur vie au jour le jour leur réserve.
Et ce fut la palme d’or à Cannes cette année, pour la deuxième fois après Rosetta.
Il y a deux choses à dire : d’abord, si vous aimez le cinéma réaliste sur les sujets de société, alors L’Enfant est pour vous. Le style dépouillé des frères Dardenne trouve un certain public, tant mieux.
Mais on peut aussi se poser la question des dernières palmes d’or à Cannes, et constater qu’après Elephant, The Pianist ou Fahrenheit 911 , il pourrait être intéressant, de changer le disque d’un cinéma ultra-réaliste, qui finirait pour nous plomber durablement le moral, en tout cas accentuer la fracture entre les publics dit « intellos » et « rigolos ».
L’Enfant est certes un beau film, mais un film dur. Peut-être pas le meilleur pour le moral d’un dimanche soir…
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