Homélie du 12 Février 2006 / Journée des
malades
C'est
aujourd'hui la Journée de prière pour les Malades tout près de la fête de Notre Dame de Lourdes le 11 février, que tant de malades viennent implorer en pèlerinage : 5 à 6 millions de pèlerins
chaque année à Lourdes !
Et voici que le lépreux de l'Évangile vient nous rejoindre dans la prière.
S'il y avait une maladie terrible et terrifiante à l'époque (comme hélas en Afrique encore), c'était bien la lèpre. Elle met le corps en lambeaux, au sens le plus physique du terme. Avec la
lèpre, la vie fout le camp par petits bouts : plus de phalanges, plus d'yeux, plus d’orteils, plus de dignité, un corps qui ressemble à un oignon qu'on pèle, en bien plus laid.
Pensez aux phases terminales d'un cancer, aux stades ultimes d'un sida, et vous aurez une idée de la déchéance physique que produit la lèpre.
Quelles sont les lèpres d’aujourd’hui ?
Parmi les maladies qui font souffrir tant de gens autour de nous, le Pape Benoît XVI attire particulièrement notre attention cette année sur les maladies
psychiques et mentales.
« En cette circonstance, l'Église désire se pencher avec
une sollicitude particulière sur les personnes qui souffrent, en rappelant l'attention de l'opinion publique sur les problèmes liés aux maladies mentales, qui frappe désormais un cinquième de
l'humanité et qui constitue une véritable urgence médico-sociale. En rappelant l'attention que mon vénéré prédécesseur Jean-Paul II réservait à cette célébration annuelle, moi aussi, chers
frères et soeurs, je voudrais me rendre spirituellement présent à la Journée mondiale du
X Evangile de Jésus Christ selon saint Marc 1, 40-45
Un lépreux vient trouver Jésus ; il tombe à ses genoux et le supplie : « Si tu le veux, tu peux me purifier. » Pris de pitié
devant cet homme, Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : « Je le veux, sois purifié. » A l’instant même, sa lèpre le quitta et il fut purifié. Aussitôt Jésus le renvoya avec
cet avertissement sévère ! « Attention, ne dis rien à personne, mais va te montrer au prêtre. Et donne pour ta purification ce que Moïse prescrit dans la Loi : ta guérison sera
pour les gens un témoignage. » Une fois parti, cet homme se mit à proclamer et à répandre la nouvelle, de sorte qu’il n’était plus possible à Jésus d’entrer ouvertement dans une ville. Il
était obligé d’éviter les lieux habités, mais de partout on venait à lui.
Malade, pour m'arrêter et réfléchir, en communion avec les participants, sur la situation des malades mentaux dans le monde et pour solliciter l'engagement des
communautés ecclésiales en vue de témoigner à ces derniers de la tendre miséricorde du Seigneur.
Cette Journée mondiale du Malade représente une occasion opportune d'exprimer
la solidarité aux familles qui doivent s'occuper des personnes atteintes de maladies mentales.
Je souhaite que se développe et se diffuse [à l’égard des malades mentaux] la culture de l'accueil et du
partage, grâce également à des lois adaptées et à des politiques de santé qui prévoient des ressources suffisantes pour leur application concrète. Combien sont importantes la
formation et la mise à jour du personnel qui oeuvre dans un secteur si délicat de la société. Chaque chrétien, selon ses propres devoirs et sa propre responsabilité, est appelé à apporter sa
contribution afin que soit reconnue, respectée et promue la dignité de nos frères et soeurs. »
C’est
devenu une véritable question de société chez nous.
Dans quelle famille n’y a-t-il pas eu une dépression, en hospitalisation, en CHS ?
Le ‘mal de vivre’ que chantait Barbara, ce mal de vivre qui
repeint tout en noir et qui passe parfois jusqu’à la tentative de suicide. Chaque année en France,
160 000 personnes tentent de mettre fin à leur jour. 12 000 y parviennent, hélas. Le suicide est plus meurtrier que les accidents de la route. Premières victimes :
les femmes, les personnes séparées, les chômeurs…
Mais le ‘mal de vivre’ est plus général encore : les adolescents y sont particulièrement
vulnérables, et chacun de nous peut connaître une période de sa vie où il a l’impression que son existence part en lambeaux, comme le lépreux de l’Évangile. Et comme les lépreux d’autrefois,
c’est très difficile d’en parler à d’autres, de se confier, de trouver un soutien. C’est presque honteux, et du coup cela isole ceux que la souffrance psychologique pousse déjà à l’isolement ou
au repli sur soi. Je connais une femme, dépressive, qui me confiait : ‘Quand je sens que ça ne va pas, je ferme mes volets,
et je reste là, toute seule, dans l’obscurité, sans oser sortir, ni téléphoner à personne’.
‘Impur, impur’ criaient les lépreux du temps de Moïse… Ceux qui sont dans nos hôpitaux psychiatriques semblent hélas crier la même souffrance
d’exclusion…
Et nous continuons de mettre à l’écart ceux qui nous troublent ainsi par leur comportement « anormal ». Si vous êtes allée rendre visite à des amis hospitalisés au CHS de Breuty,
Camille Claudel, vous avez sûrement été marqué par la détresse de cet univers, comme par la grande soif d’être reconnu dans leur humanité que manifestent ces personnes.
L’aumônier du CHS nous lançant un appel lors de notre dernier Conseil Paroissial, et « Église d’Angoulême » a publié cet appel :
« Nos communautés chrétiennes n'auraient-elles rien à attendre des personnes atteintes de fragilité psychique (ou d'autres) ?
N’ont-elles rien à apprendre de ce dépressif effaré devant le bilan d’une vie qu’il pensait réussie – chacun la disait brillante ! - et qu’à l’âge de la retraite il découvre
inconsistante : « ce serait à refaire, je ferais dans l’humanitaire… » ?
De ces patients chroniques qui portent dans la prière quotidienne toutes les misères du monde comme une affaire personnelle… ?
De cet homme qui vient consoler un compagnon en pleurs… ?
Il est vital pour tous que chacun se fasse proche des personnes en souffrance psychique :
1 – par la prière dans le cadre d’une chaîne, passerelle entre deux mondes qui se méconnaissent.
2 – en relayant dans la préparation liturgique la quête insatiable et la richesse des personnes fragiles, authentiques reflets du visage du Christ.
Pour y aider, rejoignez les amis de l’aumônerie Camille Claudel autour d’un triple engagement :
- se tenir informé de ce qui se vit en psychiatrie : l’équipe d’aumônerie
s'engage à nourrir la réflexion par une lettre d'information annuelle.
- porter dans sa prière quotidienne le souci des personnes soignées en
psychiatrie.
- verser une contribution financière (facultatif !) pour le fonctionnement, l’organisation des pèlerinages et la formation des accompagnants. Les personnes suivies et
parfois très démunies (environ 50 personnes) sont invitées à apporter 1 euro à chaque réunion mensuelle. Une participation volontaire à même hauteur des amis de l’aumônerie apporterait un
souffle de créativité : soit 12 euros par an ! » (Gilles
VIGOUR)
Saurons-nous entendre cet
appel ?
Avec la vingtaine de personnes qui recevront le sacrement des malades ce Dimanche à 11h
à la Cathédrale, acceptons que la force du Christ puisse se déployer dans notre faiblesse.
Père Patrick Braud
Écoutons le témoignage de l’une d’entre elles :
Pourquoi, je viens recevoir le sacrement des malades
J’en ai à vrai dire une certaine expérience. Déjà en
1991, je me suis trouvée en face de grandes difficultés : découverte d’un cancer, perspective d’une intervention chirurgicale, d’un traitement long et sans certitude de guérison.
A la maison, une mamie de 91 ans se noyait dans la maladie d’Alzheimer.
Devant cela, je me suis sentie sans force et sans espoir.
Dans ma Foi, tournée vers le Seigneur, j’ai pensé au sacrement des malades. Mamie et moi
l’avons reçu et retrouvé Paix et force.
Aujourd’hui d’autres difficultés se présentent à moi la vieillesse, la solitude, l’inaction, les douleurs physiques avec l’inévitable retour sur soi même ; il y a des conséquences de mes
actes, les souvenirs, les regrets de la peine faite aux autres, qui créent un dur passage qu’une grande lassitude n’aide pas à combattre.
C’est pour cela que je suis là, pour demander à Dieu de m’aider à retrouver la Paix, la
force de chasser les tristesses enfin de croire en sa miséricorde et à son amour, enfin de pouvoir prier confiante et reconnaissante de tant de grâces reçues et si souvent oubliées. Faire enfin
dans l’humilité sa sainte volonté.
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