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Visites ‘spirituelles’ de la Cathédrale d'Angoulême par P. Braud ou R. Houdusse : Mercredi-Jeudi-Vendredi à 18h en Juillet-Août
Lundi 23 juin 2008

Edito

 

Le véritable prophétisme

 

Depuis les apôtres, s’est toujours manifestée la promesse de Jésus dans  la présence de l’Esprit à son Eglise : les dons qu’Il anime se répartissent chez les croyants parfois de façon surprenante. Le prophétisme en est un, et l’Église entière n’a pas d’autre raison d’être que de parler pour Dieu, en Son nom et de dire tout ce qu’Il accomplit. Mais, en raison du péché des hommes et de son propre péché, il y a pas mal de distorsions dans l’annonce. Ainsi celle-ci : proclamer l’exigence de manière moraliste ou au contraire tout bénir. Or, la Bonne Nouvelle humanise vraiment parce qu’elle a sa source dans l’amour infini que Dieu ne cesse de nous offrir.

 

Ainsi, proclamer cet amour, d’abord par la vie, puis par la parole, est la mission par excellence ; et l’amour authentique dévoile ce qui lui est opposé ou contraire et met au jour ce qui veut demeurer caché. Un psaume chante : « amour et vérité se rencontrent »… peut-être y a-t-il là un appel particulier pour notre monde qui oscille si souvent entre la violence et l’angélisme ?

 

Tous ceux et celles qui ont pris le risque de vivre de cet amour et de le dire ont connu tribulations et refus ; cela peut faire peur, Jésus le sait bien qui met l’insistance sur ce point en déplaçant le point d’appui. Lui qui a connu dans sa chair la violence des hommes peut parler avec autorité : ceux qui tuent le corps ne peuvent pas tuer ce qui est au-dedans.

 

Lorsqu’il était enfermé au goulag soviétique, Alexandre Soljenitsyne avait eu ces paroles évangéliques à l’adresse de ses geôliers et persécuteurs : « vous pouvez briser mon corps, et même mon psychisme et mon moral, mais vous ne pourrez pas détruire en moi ce qui est le plus profond, l’âme, (le cœur au sens biblique)… » La force de ces paroles lui venait d’ailleurs et il priait ainsi : « Seigneur, quand l’incompréhensible semble tout recouvrir, quand les plus intelligents ne voient pas au-delà du soir qui tombe, Tu nous envoies la claire certitude que Tu es et que toutes les portes du Bien ne sont pas fermées… »

 

Le père Christian de Chergé dont le testament accompagne notre pèlerinage à Lourdes, était habité de ce prophétisme là, celui qui a pour prix la vie. À nous d’inscrire nos pas, chacun à notre manière, dans ce sillon pour que l’évangile soit entendu largement par ceux qui ne le connaissent pas.

Serge Ricaud, curé de Bouliac (Gironde)  

par Serge RICAUD publié dans : Pour réfléchir communauté : Communauté spirituelle
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Mercredi 18 juin 2008

Comment chrétiens et musulmans

parlent-ils de Dieu ?

 

D’emblée, un aspect s’impose : christianisme et islam (auquel il faudrait ajouter le judaïsme) sont des religions monothéistes. Le credo chrétien commence par ces mots : « Je crois en un seul Dieu » et les musulmans déclarent : « Pas d’autre dieu que Dieu » (Allah). Le décret du concile Vatican II sur les religions non chrétiennes déclare « l’Église regarde avec estime les musulmans qui adorent le Dieu un, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, et qui a parlé aux hommes » (Nostra aetate n° 3).

 

1. Il convient d’emblée de préciser de quel point de vue nous parlons de Dieu. S’il s’agit de Dieu avec lequel la créature humaine est en relation par l’acte de foi, la prière, le désir d’accomplir sa volonté, de lui plaire et même de l’aimer (ce qui est vrai dans le courant mystique de l’islam), en tant qu’entité éternelle, créatrice, bienveillante … christianisme et islam peuvent se reconnaître sans trop de difficulté. De même, une approche métaphysique révèle de nombreuses similitudes. Mais une convergence aussi apparente, soulignée par le choix des qualificatifs que retient le Concile, ne peut pas laisser dans l’ombre des différences et même des oppositions radicales. La façon dont chrétiens et musulmans parlent de Dieu est très différente.

 

- L’islam insiste très fortement sur l’unicité de Dieu et ne peut pas accepter la révélation du christianisme portant sur le fait que Dieu est Père, Fils et Esprit. La notion de Trinité n’est pas comprise. Elle est refusée au nom du rejet du polythéisme. Le texte du Coran est généralement compris par la tradition musulmane pour estimer que les chrétiens ont altéré, voire falsifié les Écritures bibliques pour leur faire affirmer la Trinité (Coran 4,171 ; 5,116).

 

- Non seulement, il ne peut pas y avoir plusieurs personnes en Dieu, mais encore il ne peut pas y avoir d’incarnation. Celle-ci, pour l’islam, est une atteinte à la transcendance de Dieu. En effet, l’islam estime que Dieu est très proche de l’être humain, mais également d’une nature totalement différente de lui. Les musulmans refusent «d’associer» toute créature à Dieu. Il n’est donc ni possible ni sérieux d’affirmer qu’un être puisse être vrai Dieu et vrai homme (Coran 3,59 ; 5,72 ; 43,59). Il faut bien dire que l’impression qui émane d’une lecture du Coran par les chrétiens est que son information concernant le christianisme est très pauvre et bien souvent inexacte.

 

- Le Coran refuse la mort de Jésus sur la croix. En réalité, dit-il, la crucifixion de Jésus fut pour les témoins de la scène une apparence ou une illusion. (certains commentateurs parleront plus tard d’un sosie qui aurait été crucifié à la place de Jésus, que Dieu a élevé auprès de lui). De ce fait, il n’y a plus de salut qui vienne par le Christ Jésus (Coran 4,157-159). Celui-ci est seulement un grand prophète, né de la Vierge Marie, qui est venu apporter aux hommes l’Évangile, un message provenant réellement de Dieu, mais qui a été déformé par les chrétiens. Jésus est donc un simple homme. Pour l’islam, Jésus étant prophète, subit normalement des épreuves, mais puisqu’il est vraiment un envoyé de Dieu, il ne peut connaître d’échec final. - L’islam ignore toute médiation et rejette ce qui lui semble être un obstacle entre Dieu et les hommes alors que pour le christianisme le salut est donné par le Christ, le seul médiateur entre Dieu et les hommes.

 

- Pour l’islam comme pour le christianisme, Dieu parle aux hommes et il existe des Écritures saintes. Mais les conceptions de la révélation sont très différentes : le Coran est le fruit d’une dictée de Dieu à Mohammed, il est la parole de Dieu telle que Dieu lui-même l’exprime et la prononce. On ira jusqu’à dire que le Coran est éternel et incréé. Mais cette position majoritaire est, aujourd’hui, l’objet de débats parmi les savants et croyants musulmans. Certains, parmi eux, n’hésitent pas à parler d’interprétation du Coran. Pour les chrétiens, c’est Dieu qui a inspiré les auteurs bibliques qui ont rédigé les livres de la Bible en se servant des mots et des formes littéraires de leur temps.

 

- Pour les musulmans, les affirmations du Coran ont l’autorité de la Parole de Dieu. De ce fait, le dialogue dogmatique est rendu bien difficile sur ces questions essentielles. Sans ignorer ces différences fondamentales, il faut noter que le dialogue est possible sur d’autres domaines de la foi, comme la prière, la vie morale, la création, le sens de l’homme …

 

2. Il convient d’approfondir cette question en relevant avec soin des points d’appui pour un vrai dialogue. Vatican II a cette phrase : « Le dessein de salut enveloppe également ceux qui reconnaissent le Créateur, en tout premier lieu les musulmans qui professent avoir la foi d’Abraham, adorent avec nous le Dieu unique, miséricordieux, futur juge des hommes au dernier jour » (Lumen gentium n° 16). Cette phrase du Concile utilise l’expression « adorent avec nous », ce qui montre une relation réelle entre les croyants tournés ensemble vers le Dieu Créateur. Les points communs sont soulignés également dans cette citation lorsqu’elle indique un certain nombre de caractéristiques dans lesquelles chrétiens et musulmans peuvent se retrouver. Notre perception du mystère de Dieu n’est pas la même. Pour les chrétiens, l’incarnation du Fils de Dieu a transformé les choses : « Dieu, personne ne l’a jamais vu, le Fils Unique qui est tourne´ vers le sein du Père, nous l’a fait connaître » (Jean 1,18). Le dialogue théologique portant sur Dieu se construit dans un climat dans lequel on se livre personnellement dans son intimité. Il demande de la sympathie entre les interlocuteurs. Mais il exige en même temps une réelle clarté de l’identité de la foi chrétienne. Ce que le Christ nous a fait connaître de Dieu est d’une exceptionnelle richesse : contempler la Trinité et en parler, c’est montrer comment elle est la source de notre vie spirituelle et de notre manière de nous comporter. Il est bon de renvoyer à l’allocution du Pape Jean-Paul II à Casablanca pour de jeunes musulmans, le 19 août 1985 (voir DC 1985, pp. 942-946).

Le sein d’Abraham, accueil et universalité. Parchemin gardé dans l’abbaye de Souvigny (Allier), datant de la fin du 12 ème siècle. Les Juifs, Chrétiens et Musulmans enfin rassemblés dans les bras du patriarche, père des croyants et ami de Dieu. Parchemin gardé dans l’abbaye de Souvigny (Allier), datant de la fin du 12 ème siècle.En voici quelques extraits :

« Je crois que nous, chrétiens et musulmans, nous devons reconnaître avec joie les valeurs religieuses que nous avons en commun et en rendre grâce à Dieu. Les uns et les autres, nous croyons en un Dieu, le Dieu unique, qui est toute justice et miséricorde ; nous croyons à l’importance de la prière, du jeûne et de l’aumône, de la pénitence et du pardon ; nous croyons que Dieu nous sera un juge miséricordieux à la fin des temps et nous espérons qu’après la résurrection, il sera satisfait de nous et nous savons que nous serons satisfaits de lui. La loyauté exige aussi que nous reconnaissions et respections nos différences. La plus fondamentale est évidemment le regard que nous portons sur la personne et l’oeuvre de Jésus de Nazareth. Vous savez que, pour les chrétiens, ce Jésus les fait entrer dans une connaissance intime du mystère de Dieu et dans une communion filiale à ses dons, si bien qu’ils le reconnaissent et le proclament Seigneur et Sauveur. Ce sont là des différences importantes, que nous pouvons accepter avec humilité et respect, dans la tolérance mutuelle ; il y a là un mystère sur lequel Dieu nous éclairera un jour, j’en suis certain » (p. 945).

Enfin, dans son récent voyage apostolique en Turquie, le Pape Benoît XVI a déclaré aux responsables des affaires religieuses du pays : « Le Pape Grégoire VII parlait de la charité spéciale que se doivent réciproquement les chrétiens et les musulmans puisque « nous croyons et nous confessons un seul Dieu, même si nous le faisons de manières diverses, chaque jour le louant et le vénérant comme créateur des siècles et souverain de ce monde »

(Patr. Latine, 148, 451 – cf. D.C. 2007 p. 12).

 

† Pierre-Marie CARRÉ Président de la Commission doctrinale des évêques de France
Mai 2008

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Lundi 16 juin 2008

Edito

 

L’amour fou de Dieu pour tous manifesté par Jésus

 

Jésus est saisi aux entrailles, au plus profond de Lui-même en voyant les foules sans berger , nous dit Matthieu ; comment l’entendons-nous ? Il est pourtant bien là, Lui qu’on appellera en saint Jean le vrai, l’unique berger.

On touche ici à l’une des qualités essentielles de l’amour de Dieu, et, par suite de tout amour : il ne s’impose pas, il ne contraint pas. C’est comme si Jésus, par ce qu’il éprouve, laissait voir comment amour et vulnérabilité vont de pair. La blessure d’amour de Dieu est telle qu’Il ne peut la cacher et qu’Il dit par là combien Il compte sur les hommes eux-mêmes pour révéler à tous avec Lui cet amour.

D’où l’envoi, d’où la mission qui est d’abord et essentiellement de cet ordre ; c’est pourquoi le Royaume de Dieu que les Douze ont charge  d’annoncer se vit en même temps qu’il se dit : avoir reçu gratuitement (ce qui veut dire de la part de Dieu qui seul ne compte pas), est la marque de la mission de l’Eglise.

Bien sûr, il y en aura toujours qui se donnent leur mission ou qui se la taillent comme ils le souhaitent ; on n’est plus alors dans la gratuité et l’on perd ainsi l’essentiel.

Comment reprendre à nouveau pour nous-mêmes, pour l’Eglise, ce chemin où tout est donné par Dieu à ceux qui se confient en Lui ? Comment le montrer en allant jusqu’à guérir (comme c’était manifesté avec force au congrès de Cergy il y a quelques semaines), pardonner, donner sans mesure à la manière même dont Jésus le vivait.

Lorsque nous nous tenons devant Lui, pauvrement et dans l’attente, alors nous pouvons faire mémoire de l’amour de Dieu et réaliser qu’Il nous appelle à aimer comme Lui, c’est à dire sans acception de personnes et sans se dire que l’on sait.

 

Serge Ricaud, curé de Bouliac (Gironde)  

par Serge RICAUD publié dans : Pour réfléchir communauté : Communauté spirituelle
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