Cathédrale d’Angoulême 12/04/08
Lc 21,1-4
« L’obole de la veuve »
Jésus, ayant levé les yeux, vit les riches qui mettaient leur offrande dans le tronc. Il vit aussi une pauvre veuve, qui y mettait deux petites pièces. Et il dit : Je vous le dis en vérité, cette pauvre veuve a mis plus que tous les autres ; car c’est de leur superflu que tous ceux-là ont mis des offrandes dans le tronc, mais elle a mis de son nécessaire, tout ce qu’elle avait pour vivre.
Chère Sylvie, cher Jean-François,
On croit qu’on va juste festoyer à la pendaison de crémaillère d’un collège, et là – surprise ! - on tombe sur la femme de sa vie... Comme quoi Jean-François il faut toujours être ouvert aux évènements, à l’imprévu, qui a pris ce jour-là (il y a 3 ans) le visage de Sylvie, le visage de votre rencontre.
Et dès le début, votre relation va être placée sous le signe du don.
Avec humour d’abord : donner à l’autre les clés d’une origine culturelle et d’un tempérament fort différents.
Puis avec profondeur et sérieux, ce qui n’exclut jamais la gaieté ! :
- donner le goût de la Moravie ou de la Corrèze,
- donner le sens du beau (artiste) ou du solide (terrien) …
- donner le charme d’un savant désordre ou le côté pratique d’un caractère presque maniaque…
Plus encore, vous apprenez depuis le début à vous donner l’un à l’autre : livrer les clés de son passé personnel, familial à celui ou celle que l’on aime, c’est comme livrer les clés des remparts d’Angoulême à celui, celle qu’on accueille comme un libérateur…
Je suis témoin que vous avez fait ce travail là lors de la préparation au mariage et que vous le continuerez après.
Voilà pourquoi le choix de cet évangile de la pauvre veuve vous va comme un gant.
Quel rapport en effet entre deux petites pièces déposées dans le tronc du Temple de Jérusalem et votre amour ?
- D’abord il y a la qualité du regard.
Jésus lui ne se laisse pas impressionner par le ‘bling-bling’ des pièces d’argent versées ostensiblement et avec grand bruit par les riches. Lui sait discerner celle que personne ne remarque. Ainsi votre regard l’un sur l’autre, Sylvie et Jean-François : vous ne voulez pas courir après ce qui est clinquant, mais après ce qui est vrai. Vous ne voulez pas vous arrêter aux apparences, mais discerner la vraie beauté, la vraie générosité de l’autre.
Cultivez entre vous deux, et avec vos relations, cette qualité de regard du Christ qui sait voir la vérité des personnes, leur vraie attitude du cœur : « levant les yeux, Jésus vit… » : sachez lever les yeux pour voir l’autre en vérité…

- Ensuite il y a ces 2 piécettes.
C’est bien peu, surtout comparées aux autres offrandes. Et pourtant, c’est ce qui a le plus de valeur, car c’est tout ce que possède cette veuve.
Sylvie et Jean-François, ne croyez jamais que vous avez trop peu à donner. Personne n’est jamais si pauvre qu’il ne puisse rien donner… Et si un couple venait à désespérer de sa capacité de donner, le Christ serait là pour dire à chacun : ‘regarde bien, tu as sûrement au fond de ta poche 2 petites pièces que tu peux offrir à ton conjoint’.
Offrir de l’écoute et un sourire, du respect et du dialogue, du pardon reçu et du pardon donné…
- Et bien sûr, il y a la veuve.
Les Pères de l’Église ont vu dans cette pauvre veuve la figure de l’Église, notre Église, c’est-à-dire nous ! Son époux est apparemment mort, mais elle donne au monde, avec confiance, les 2 pièces de la foi et de la charité. « Une veuve à 2 sous » en quelque sorte, comme il y a des « romans à quatre sous »…
Même lorsque l’amour semble mort, continuer à donner de la confiance et de l’amour, continuer à se donner jusqu’au bout, cela vaut la peine, semble dire le Christ devant cette femme. En tout cas, cette veuve à 2 sous continue de nous émerveiller lorsque, sous les traits d’un couple qui s’aime, elle donne même ce qu’elle a pour vivre. Jusqu’à se donner soi-même, comme le Christ sur la croix.
D’ailleurs, pour observer cette veuve, Jésus a du se placer exprès dans le parvis des femmes. Car au Temple de Jérusalem, les hommes et les femmes ne se mélangeaient pas. Jésus, franchit cet interdit, invitant hommes et femmes à donner ensemble et à recevoir l’un de l’autre. Ainsi, parce qu’il se place du côté des femmes ici, Jésus a pu s’émerveiller de la force du don de cette veuve… Faudrait-il que chacun dans le couple accepte ainsi d’être déplacé, d’aller chez l’autre, à partir de son point de vue, pour s’émerveiller également de la force du don qu’est en train d’accomplir le conjoint ?
Peut-être même Jésus puise-t-il chez cette femme le courage d’aller lui aussi jusqu’au bout du don de lui-même, jusqu’à la Croix ? Il reconnaît en elle une sœur, sa sœur, car elle donne tout ce qu’elle a pour vivre, et c’est ce que Jésus se prépare à accomplir sur la Croix…
Qualité du regard, 2 piécettes, une veuve...
Bonne Nouvelle finalement : la manière dont nous donnons est beaucoup plus importante que le don versé ! Jésus ne regarde pas les zéros alignés sur le chèque, ou le nombre de bouteilles de champagne ce soir au festin des noces ; mais il regarde le cœur de celui qui donne (ce qui n’empêche pas le champagne d’ailleurs, mais le remet à sa juste place, seconde…)
Dans le mariage encore plus, la manière dont chacun se donne à l’autre compte infiniment. Le même geste de tendresse sera reçu ou refusé selon qu’il est perçu sincère ou hypocrite. Le même cadeau (du bon petit plat tchèque au bijou corrézien, ou l’inverse…) comblera de joie ou sonnera faux selon l’élan qui l’anime…
Bref, la manière d’aimer compte plus que la somme d’amour. Tout un programme pour devenir mari et femme donnés l’un à l’autre !
Cette veuve à 2 sous nous parle donc bien de votre mariage, Sylvie et Jean-François. Elle nous redit que se marier, c’est donner de son nécessaire et pas seulement partager le superficiel, le superflu. Je suis sûr que vous saurez être fidèles à ce désir profond qui est entre vous : donner à l’autre sans faire de réserves, sans se garder des fausses sécurités pour soi tout seul ; se donner en se livrant vraiment, et pas en surface : en profondeur, comme un soc va déposer l’offrande de la graine au plus creux du sillon, comme l’artiste va chercher au plus intime l’inspiration pour composer sa musique, son texte, son œuvre d’art.
Que votre mariage encourage chacun de nous à croire en la fécondité de ce don-là, chacun à notre façon.
Que votre amour nous aide à avoir le regard du Christ pour discerner avec émerveillement, au-delà des apparences, la qualité du don de chacun.
Puissions-nous fêter ensemble vos 10 ans, vos 50 ans de mariage et plus !
Alors les troncs du Temple déborderont, car vos 2 piécettes seront devenues un vrai trésor…
Père Patrick BRAUD
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Angoulême (Charente) 
Parmi nos
amis présents en Chine, certains nous invitent à relire l’histoire : « Les Français ne savent pas que leurs ancêtres ont envahi la Chine, pillé et détruit le palais impérial il y a un
siècle, sans jamais présenter des excuses ni rendre les objets volés. Ils ne connaissent pas l’histoire ni la psychologie chinoise. Plus le monde occidental interfère dans les affaires de la
Chine, plus la Chine se ferme et se durcit. »

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