Cathédrale Angoulême

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Fêtes de N.D. de Fatima les 17-18 Mai à St André / repas paroissial à l’école de l’Enfant Jésus Dimanche 18 mai à 12h
Vendredi 9 mai 2008

Cathédrale d’Angoulême  12/04/08

Lc 21,1-4

« L’obole de la veuve »

 

Jésus, ayant levé les yeux, vit les riches qui mettaient leur offrande dans le tronc. Il vit aussi une pauvre veuve, qui y mettait deux petites pièces. Et il dit : Je vous le dis en vérité, cette pauvre veuve a mis plus que tous les autres ; car c’est de leur superflu que tous ceux-là ont mis des offrandes dans le tronc, mais elle a mis de son nécessaire, tout ce qu’elle avait pour vivre.

  

Chère Sylvie, cher Jean-François,

 

         On croit qu’on va juste festoyer à la pendaison de crémaillère d’un collège, et là – surprise ! - on tombe sur la femme de sa vie... Comme quoi Jean-François il faut toujours être ouvert aux évènements, à l’imprévu, qui a pris ce jour-là (il y a 3 ans) le visage de Sylvie, le visage de votre rencontre.

 

         Et dès le début, votre relation va être placée sous le signe du don.

Avec humour d’abord : donner à l’autre les clés d’une origine culturelle et d’un tempérament fort différents.

Puis avec profondeur et sérieux, ce qui n’exclut jamais la gaieté ! :

- donner le goût de la Moravie ou de la Corrèze,

- donner le sens du beau (artiste) ou du solide (terrien) …

- donner le charme d’un savant désordre ou le côté pratique d’un caractère presque maniaque…

Plus encore, vous apprenez depuis le début à vous donner l’un à l’autre : livrer les clés de son passé personnel, familial à celui ou celle que l’on aime, c’est comme livrer les clés des remparts d’Angoulême à celui, celle qu’on accueille comme un libérateur…

Je suis témoin que vous avez fait ce travail là lors de la préparation au mariage et que vous le continuerez après.

 

         Voilà pourquoi le choix de cet évangile de la pauvre veuve vous va comme un gant.

Quel rapport en effet entre deux petites pièces déposées dans le tronc du Temple de Jérusalem et votre amour ?

 

- D’abord il y a la qualité du regard.

Jésus lui ne se laisse pas impressionner par le ‘bling-bling’ des pièces d’argent versées ostensiblement et avec grand bruit par les riches. Lui sait discerner celle que personne ne remarque. Ainsi votre regard l’un sur l’autre, Sylvie et Jean-François : vous ne voulez pas courir après ce qui est clinquant, mais après ce qui est vrai. Vous ne voulez pas vous arrêter aux apparences, mais discerner la vraie beauté, la vraie générosité de l’autre.

Cultivez entre vous deux, et avec vos relations, cette qualité de regard du Christ qui sait voir la vérité des personnes, leur vraie attitude du cœur : « levant les yeux, Jésus vit… » : sachez lever les yeux pour voir l’autre en vérité…

les vais regards d'amour sont ceux qui nous espèrent...

- Ensuite il y a ces 2 piécettes.

C’est bien peu, surtout comparées aux autres offrandes. Et pourtant, c’est ce qui a le plus de valeur, car c’est tout ce que possède cette veuve.

Sylvie et Jean-François, ne croyez jamais que vous avez trop peu à donner. Personne n’est jamais si pauvre qu’il ne puisse rien donner… Et si un couple venait à désespérer de sa capacité de donner, le Christ serait là pour dire à chacun : ‘regarde bien, tu as sûrement au fond de ta poche 2 petites pièces que tu peux offrir à ton conjoint’.

Offrir de l’écoute et un sourire, du respect et du dialogue, du pardon reçu et du pardon donné… 

 

- Et bien sûr, il y a la veuve.

Les Pères de l’Église ont vu dans cette pauvre veuve la figure de l’Église, notre Église, c’est-à-dire  nous ! Son époux est apparemment mort, mais elle donne au monde, avec confiance, les 2 pièces de la foi et de la charité. « Une veuve à 2 sous » en quelque sorte, comme il y a des « romans à quatre sous »…

Même lorsque l’amour semble mort, continuer à donner de la confiance et de l’amour, continuer à se donner jusqu’au bout, cela vaut la peine, semble dire le Christ devant cette femme. En tout cas, cette veuve à 2 sous continue de nous émerveiller lorsque, sous les traits d’un couple qui s’aime, elle donne même ce qu’elle a pour vivre. Jusqu’à se donner soi-même, comme le Christ sur la croix.

D’ailleurs, pour observer cette veuve, Jésus a du se placer exprès dans le parvis des femmes. Car au Temple de Jérusalem, les hommes et les femmes ne se mélangeaient pas. Jésus, franchit cet interdit, invitant hommes et femmes à donner ensemble et à recevoir l’un de l’autre. Ainsi, parce qu’il se place du côté des femmes ici, Jésus a pu s’émerveiller de la force du don de cette veuve… Faudrait-il que chacun dans le couple accepte ainsi d’être déplacé, d’aller chez l’autre, à partir de son point de vue, pour s’émerveiller également de la force du don qu’est en train d’accomplir le conjoint ?

Peut-être même Jésus puise-t-il chez cette femme le courage d’aller lui aussi jusqu’au bout du don de lui-même, jusqu’à la Croix ? Il reconnaît en elle une sœur, sa sœur, car elle donne tout ce qu’elle a pour vivre, et c’est ce que Jésus se prépare à accomplir sur la Croix…

 La pauvre euve du Temple (lithographie de Gustave Doré)


Qualité du regard, 2 piécettes, une veuve...

 

Bonne Nouvelle finalement : la manière dont nous donnons est beaucoup plus importante que le don versé ! Jésus ne regarde pas les zéros alignés sur le chèque, ou le nombre de bouteilles de champagne ce soir au festin des noces ; mais il regarde le cœur de celui qui donne (ce qui n’empêche pas le champagne d’ailleurs, mais le remet à sa juste place, seconde…)

Dans le mariage encore plus, la manière dont chacun se donne à l’autre compte infiniment. Le même geste de tendresse sera reçu ou refusé selon qu’il est perçu sincère ou hypocrite. Le même cadeau (du bon petit plat tchèque au bijou corrézien, ou l’inverse…) comblera de joie ou sonnera faux selon l’élan qui l’anime…

 

         Bref, la manière d’aimer compte plus que la somme d’amour. Tout un programme pour devenir mari et femme donnés l’un à l’autre !

 

Cette veuve à 2 sous nous parle donc bien de votre mariage, Sylvie et Jean-François. Elle nous redit que se marier, c’est donner de son nécessaire et pas seulement partager le superficiel, le superflu. Je suis sûr que vous saurez être fidèles à ce désir profond qui est entre vous : donner à l’autre sans faire de réserves, sans se garder des fausses sécurités pour soi tout seul ; se donner en se livrant vraiment, et pas en surface : en profondeur, comme un soc va déposer l’offrande de la graine au plus creux du sillon, comme l’artiste va chercher au plus intime l’inspiration pour composer sa musique, son texte, son œuvre d’art.

 

Que votre mariage encourage chacun de nous à croire en la fécondité de ce don-là, chacun à notre façon.

Que votre amour nous aide à avoir le regard du Christ pour discerner avec émerveillement, au-delà des apparences, la qualité du don de chacun.

Puissions-nous fêter ensemble vos 10 ans, vos 50 ans de mariage et plus !

Alors les troncs du Temple déborderont, car vos 2 piécettes seront devenues un vrai trésor…

Père Patrick BRAUD

par Patrick BRAUD publié dans : Homélies communauté : Communauté spirituelle
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Jeudi 8 mai 2008

JO de Pékin :
Un autre regard

 

Depuis plus de 25 ans, des membres de la Mission de France sont en Chine. Vivant parmi les étudiants et la population chinoise, ils ont eu un autre regard que celui des Français d’ici sur les manifestations contre le passage de la flamme olympique à Paris. Les Chinois ont vu à la télévision une jeune sportive handicapée agressée pendant qu’elle portait la flamme. Ces manifestations ont blessé le cœur du peuple chinois, alors qu’elles voulaient influer sur le gouvernement.

Parmi nos amis présents en Chine, certains nous invitent à relire l’histoire : « Les Français ne savent pas que leurs ancêtres ont envahi la Chine, pillé et détruit le palais impérial il y a un siècle, sans jamais présenter des excuses ni rendre les objets volés. Ils ne connaissent pas l’histoire ni la psychologie chinoise. Plus le monde occidental interfère dans les affaires de la Chine, plus la Chine se ferme et se durcit. »

Ils nous invitent à regarder les JO aussi du point de vue du peuple chinois. Il en attend beaucoup car accueillir le monde entier est un événement inédit dans l’histoire de la Chine : « Faut-il taire la joie de voir des gens de tous pays découvrir la Chine, y goûter sa beauté et être surpris par ses talents ? En ce temps de compétition économique féroce, ne faut-il pas des antidotes pour vaincre notre peur de l’autre ? »

L’un d’eux vient d’écrire à tous ses amis chinois : « J’ai vécu avec vous ces trente dernières années d’ouverture. Avec vous j’ai appris qu’il était possible de tisser patiemment un tissu de compréhension et d’amitié. Je ressens la blessure de votre blessure. J’espère que les véritables artisans de paix ne perdront pas cœur et garderont vivante la flamme du dialogue, de l’accueil, de l’hospitalité. »

À la Mission de France, notre démarche est de décentrer notre vision, de comprendre le point de vue de l’autre, pour ensuite, dans un dialogue patient, exprimer librement le nôtre. Nous voudrions en être témoins aujourd’hui devant l’opinion publique française, en disant : « Si nous voulons que progressent ici et là-bas les libertés politiques, la protection des minorités et aussi le droit des pauvres à accéder à un niveau de vie meilleur, entrons en relation avec les Chinois dans leur diversité, à l’occasion des JO, en commençant par ceux qui vivent dans notre pays. »

Dominique Fontaine
vicaire général de la Mission de France

 

A lire dans la LETTRE D'INFORMATION n° 306 de mai 2008

et à retrouver sur notre site : www.mission-de-france.com

par Mission de France publié dans : Actualités communauté : Communauté spirituelle
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Mercredi 7 mai 2008

Homélie du 7ème Dimanche de Pâques – Année A / Dimanche 4 Mai 2008

 

Qu’est-ce que la vie « dans l’Esprit ? »

 


Entre Ascension et Pentecôte, nous méditons avec Saint Jean la relation qui unit Jésus à celui qu’il appelle Père. Et cela tombe bien, car justement, cette relation vivante, cette communion vibrante, cette unité palpable entre eux deux, c’est cela que nous appelons l’Esprit, ou plutôt c’est lui qui est en personne le trait d’union entre Jésus et son Père.

 

Regardons quelques caractéristiques de cette relation vivante.

 

§      1ère caractéristique de l’Esprit en nous : pratiquer une lecture pascale de notre histoire.

« À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père… »

Le grand passage de sa vie, Jésus ne l’assume pas seul, héroïquement ou désespérément. Il s’appuie sur un autre, il va vers un autre que lui-même, avec qui pourtant il ne fait qu’un. Il déchiffre sa mort prochaine comme ce passage d’un monde à l’autre.

 

L’Esprit est donc celui qui en nous également produit ce travail de déchiffrement.

Interpréter les grands bouleversements de nos existences comme autant de passages, de Pâques, c’est un travail spirituel, c’est le fruit de l’Esprit en nous. Que ce soit un déménagement, un changement ou pire une perte de travail, une maladie ou une naissance, il y a tant d’évènements de notre histoire que nous pourrions interpréter comme un passage d’un monde à l’autre !

L’Esprit est avant tout pascal : il fait passer, traverser, il est la passerelle jetée entre 2 mondes.

Soigner sa vie spirituelle, c’est alors discerner les Pâques, les passages, que Dieu m’appelle à vivre pour le rejoindre au plus près.

« Nous devons apprendre à pratiquer davantage cette lecture pascale de tous les évènements de notre existence et de notre histoire. Si nous ouvrons les Ecritures comme Jésus le fait avec les disciples d’Emmaüs (Lc 24,27) c’est pour comprendre comment dans les souffrances du temps présent on prépare la gloire qui doit se révéler un jour » (Lettre aux Catholiques de France, 1996, p.62).

 

§      2° caractéristique de l’Esprit en nous : nous faire lever les yeux vers le ciel.

« À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il leva les yeux au ciel… » : orienter son regard vers un objectif plus haut que la seule survie, c’est sans doute cela la profondeur spirituelle : lever les yeux au ciel… pour ne pas perdre de vue le terme, le but, le sens de notre pèlerinage sur terre…

 

§      3ème caractéristique de l’Esprit en nous : nous faire prier.

« Jésus leva les yeux au ciel et pria ainsi... »

Bien sûr, c’est l’Esprit qui vient prier ainsi en Jésus comme il le fait en nous. C’est lui qui nous « inspire » cette confiance envers le Père que nous appelons prière. Nous ne savons pas prier le plus souvent, mais il suffit de laisser l’Esprit du Christ murmurer en nous : Père…

  L'Esprit est comme le baiser commun du Père et du Fils, osaient dire les Pères de l'Eglise !

§      4ème caractéristique de l’Esprit en nous :  nous faire entrer dans un monde d’échange généralisé.

En réalité, il y a dans le texte un échange incessant entre Jésus et son Père, « une libre circulation des biens et des marchandises » pourrait-on dire en parodiant le Marché commun européen !

Le Père donne au Fils gloire, autorité, une œuvre à accomplir, des paroles à transmettre, un Nom à faire connaître, des hommes à sauver. Le Fils reçoit tout cela et en retour transmet aux hommes tout ce qu’il reçoit. Si bien que tout est commun entre le Fils et le Père : « tout ce qui est à toi est à moi, et tout ce qui est à moi est à toi », véritable « communisme divin » où nul ne possède ni ne se possède en propre !

Cette capacité de recevoir, en Christ, est caractéristique de la vie dans l’Esprit.

Avoir une vie spirituelle, ce n’est pas enter en transe ou léviter au-dessus de son lit, c’est devenir capable de recevoir, bien plus de se recevoir...

 

Alors cette réception devient don à son tour, et l’échange généralisé préside à la communion spirituelle des disciples du Christ. Jusqu’à trouver sa raison d’être heureux dans la vie des autres. « Je trouve ma gloire en eux » dit le Christ en parlant de nous !

Voilà donc quelques caractéristiques finalement très concrètes de l’action de l’Esprit Saint en nous : pratiquer une lecture pascale des évènements de notre histoire, lever les yeux vers plus haut que nous-mêmes, laisser la prière monter en nous, accepter de recevoir - se recevoir de la vie, des autres, de Dieu et donner, se donner en retour…

 

Entrons maintenant par l’eucharistie dans cette relation vivante, spirituelle, qui unit le Christ à son Père. Comme nous mle chanterons au sommet de la prière eucharistique : « par lui, avec lui et en lui, à toi Dieu le Père tout-puissant, dans l’unité du Saint Esprit, tout honneur et toute gloire, pour les siècles des siècles… ». Amen !

Père Patrick BRAUD


Jn 17, 1-11
A l'heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il leva les yeux au ciel et pria ainsi : « Père, l'heure est venue. Glorifie ton Fils, afin que le Fils te glorifie. Ainsi, comme tu lui as donné autorité sur tout être vivant, il donnera la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés. Or, la vie éternelle, c'est de te connaître, toi, le seul Dieu, le vrai Dieu, et de connaître celui que tu as envoyé, Jésus Christ.
« Moi, je t'ai glorifié sur la terre en accomplissant l'oeuvre que tu m'avais confiée. Toi, Père, glorifie-moi maintenant auprès de toi : donne-moi la gloire que j'avais auprès de toi avant le commencement du monde. J'ai fait connaître ton nom aux hommes que tu as pris dans le monde pour me les donner. Ils étaient à toi, tu me les as donnés, et ils ont gardé fidèlement ta parole. Maintenant, ils ont reconnu que tout ce que tu m'as donné vient de toi, car je leur ai donné les paroles que tu m'avais données : ils les ont reçues, ils ont vraiment reconnu que je suis venu d'auprès de toi, et ils ont cru que c'était toi qui m'avais envoyé.
« Je prie pour eux ; ce n'est pas pour le monde que je prie, mais pour ceux que tu m'as donnés : ils sont à toi, et tout ce qui est à moi est à toi, comme tout ce qui est à toi est à moi, et je trouve ma gloire en eux. Désormais, je ne suis plus dans le monde ; eux, ils sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. Père saint, garde mes disciples dans la fidélité à ton nom que tu m'as donné en partage, pour qu'ils soient un, comme nous-mêmes. »
par Patrick BRAUD publié dans : Homélies communauté : Communauté spirituelle
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Mardi 6 mai 2008

Homélie de l’Ascension 2008 /   Jeudi 1er Mai – Année A

Les pleins pouvoirs

Faut-il avoir peur du pouvoir ?

Quelquefois on a l’impression que les chrétiens sont mal à l’aise avec ce mot et ce qu’il représente. Pour rester gentil avec tout le monde, il vaudrait mieux – dit-on – renoncer au pouvoir, ne se consacrer qu’au service, et se méfier de toutes les sphères du pouvoir actuel. D’ailleurs, Dieu ne renverse-t-il pas les puissants de leur trône, comme le chante Marie dans son Magnificat ?

Alors, plutôt que d’avoir les mains sales, les chrétiens seraient invités à se replier sur l’humanitaire ou le social, laissant la politique, le médiatique et l’économique aux Machiavels de leur époque.

 

Pourtant, quand on relit les Evangiles, on s’aperçoit que ni Jésus ni ses disciples n’ont peur de ce mot : le pouvoir (en grec exousia). Notre fête de l’Ascension lui accorde une grande importance : « Tout pouvoir m’a été donné, au ciel et sur la terre ». (Mt 28, 19). On dirait bien qu’un des buts de l’Ascension, c’est que le Christ reçoive enfin les « pleins pouvoirs », au ciel et sur la terre !

La 2ème lecture insiste : Dieu a fait asseoir le Christ à sa droite pour qu’il soit au-dessus de ceux qui nous dominent, pour que tout lui soit soumis. « C'est la force même, le pouvoir, la vigueur, qu'il a mis en oeuvre dans le Christ quand il l'a ressuscité d'entre les morts et qu'il l'a fait asseoir à sa droite dans les cieux. Il l'a établi au-dessus de toutes les puissances et de tous les êtres qui nous dominent, quel que soit leur nom, aussi bien dans le monde

présent que dans le monde à venir. Il lui a tout soumis et, le plaçant plus haut que tout... » (Ep 1, 17-23).

 

On pense aux mosaïques des coupoles byzantines, qui étalent le visage du Christ ‘Pantocrator’ = Tout-Puissant, au dessus de la tête de la foule rassemblée dans l’église.

 

Pourquoi faudrait-il alors avoir peur du pouvoir ? Surtout si c’est celui du Christ ressuscité, assis à la droite de Dieu. Car c’est essentiellement un pouvoir sur le mal, sur la mort, un pouvoir pour la vie. C’est ce pouvoir et cette autorité (c’est le même mot en grec) que Jésus a manifesté tout au long de sa mission historique.

C’est le pouvoir de pardonner les péchés (cf le paralytique Mt 9,6), le pouvoir de discerner et de juger (Jn 5, 27), le pouvoir de guérir (tous les miracles), le pouvoir de donner sa vie par amour (et c’est sans doute là le pouvoir le plus évangélique cf. J n 10,18)...

Ce pouvoir s’oppose à celui qui veut détruire l’homme : la puissance de Satan, qui peut jeter dans la géhenne (Lc 12,5), faire régner les ténèbres (Lc 22,53) et finalement ôter la vie… Satan offre son pouvoir à Jésus lors des tentations au désert,  mais déjà Jésus se montre victorieux du mal en refusant cette puissance-là, et en choisissant l’autre, celle de son Père, la puissance de la Parole de Dieu. La victoire du Christ est aujourd’hui totale dans son Ascension auprès du Père : il est « Seigneur », « Pantocrator », « élevé au-dessus de tout » (Ph 2, 6-11), Seigneur de ma vie (Rm 10, 9-10), Seigneur de l’Eglise et finalement de l’univers entier.

 

Elevé au plus haut des cieux, le Christ ressuscité donne à son Eglise de participer à « ses » pleins pouvoirs. Il nous confie son pouvoir de pardonner, de libérer, de chasser les démons, de donner la vie, jusqu’au pouvoir de lier et de lier (confie à l’Eglise collectivement Mt 18, 18 et à Pierre personnellement Mt 16, 19).

 

Si l’Eglise était impuissante à lutter contre le mal, à quoi servirait-elle ? Etre sans pouvoir est le malheur des esclaves, être impuissant est le drame des stériles. Or notre Eglise est libre et elle est féconde, grâce au pouvoir reçu du Christ.

 

Voilà donc de quoi ne plus avoir peur du pouvoir humain. Voilà de quoi évangéliser l’exercice du pouvoir qui est le nôtre. Comment ?

Voici quelques pistes pour réfléchir à l’évangélisation du pouvoir en nous et autour de nous.

 

1/ D’abord reconnaître humblement la part de pouvoir qui est la mienne.

Personne n’est si pauvre qu’il n’ait aucun pouvoir. Contempler le Christ assis à la droite du Père peut nous aider à ne pas avoir peur du pouvoir que l’on exerce. Il s’agit de prendre conscience des pouvoirs qui sont les miens : famille, travail, vie associative, ecclésiale… et d’y faire jouer des degrés de liberté, des marges de manœuvre, des alternatives possibles. L’Evangile demande de ne pas enfouir ses talents, mais au contraire de les exploiter au service des autres.

 

2/ Ensuite, il s’agit de ne pas idolâtrer le pouvoir.

Le pouvoir est bon s’il n’est pas une fin en soi, un petit dieu à la place du seul vrai Dieu. Résister à la tentation de l’idolâtrie du pouvoir, comme Jésus au désert (Lc 4, 5-9) est la condition de notre liberté. Cela ne veut pas dire renoncer au pouvoir, mais l’orienter vers autre chose.

 

3/ D’où la 3ème piste : orienter le pouvoir vers le service le plus désintéressé possible de nos frères et particulièrement des plus petits.

L’exercice païen du pouvoir conduit à dominer en maître ; l’exercice évangélique de ce même pouvoir conduit servir la croissance de nos frères, à l’image du Christ lavant les pieds de ses amis (Mt 20, 27-28).

 

4/ Du coup, on s’apercevra très vite qu’il y a un prix à payer pour convertir l’exercice du pouvoir dans l’Esprit du Christ. Le prix à payer, c’est d’abord (paradoxalement !) la gratuité, le désintéressement et donc une carrière personnelle souvent inattendue. Plus encore, le prix du pouvoir évangélique, c’est la mort à soi-même.

À la mère des fils de Zébédée qui demande des postes de ministres pour ses enfants, Jésus répond qu’un tel poste a un prix : la coupe de la Passion, le baptême de la mort – résurrection (Mt 20, 20-29). Au prix de ce détachement intérieur, qui va jusqu’à livrer sa vie, le pouvoir évangélique cherche donc à allier la compétence la plus grande possible au service le plus désintéressé.

 

Prendre conscience du pouvoir qui est nôtre, ne pas l’idolâtrer, l’orienter vers le service, le passer au filtre de la mort à soi-même : l’Ascension du Christ ordonne notre légitime quête de pouvoir vers son pouvoir à lui : donner le mal, vaincre la mort, faire triompher l’amour de Dieu.

 

Qu’à cela l’Esprit du Christ nous aide en cette eucharistie… Amen.

 

Père Patrick BRAUD

Évangile Luc 24,46-53

Jésus ressuscité, apparaissant à ses disciples, leur disait: "Il fallait que s'accomplisse ce qui était annoncé par l'Écriture: les souffrances du Messie, sa résurrection d'entre les morts le troisième jour, et la conversion proclamée en son nom pour le pardon des péchés, à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. C'est vous qui en êtes les témoins. Et moi, je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis. Quant à vous, demeurez dans la ville jusqu'à ce que vous soyez revêtus d'une force venue d'en haut."

Puis il les emmena jusque vers Béthanie et, levant les mains, il les bénit. Tandis qu'il les bénissait, il se sépara d'eux et fut emporté au ciel. Ils se prosternèrent devant lui, puis ils retournèrent à Jérusalem, remplis de joie. Et ils étaient sans cesse dans le Temple à bénir Dieu.

par Patrick BRAUD publié dans : Homélies communauté : Communauté spirituelle
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