les bienheureux du purgatoire sur la façade de la cathédrale d'Angoulême (12° siècle)regroupant les églises suivantes:
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Visites ‘spirituelles’ de la Cathédrale d'Angoulême par P. Braud ou R. Houdusse : Mercredi-Jeudi-Vendredi à 18h en Juillet-Août
Mardi 1 juillet 2008

Edito

 

Paul ou Pierre, peut-on choisir ?

 

Lorsqu’on parcourt les évangiles et les actes des apôtres, on y lit tant de traits différents voire d’oppositions entre ces deux hommes que l’on est tenté de choisir ; et chacun de se livrer à ses préférences puis d’égrener les arguments en faveur de son élu ou contre l’autre.

 

Pourtant, à y regarder de plus près, il est des points qui les rapprochent, (outre le fait qu’ils ont été choisis par Dieu et pas par les hommes) notamment quand il s’agit de faiblesses et de refus : les reniements de Pierre, ses coups de gueule avec Jésus, sont le sceau que ce qui est rapporté est vrai. Car, comment ne pas se dire des auteurs que, pour convaincre leurs lecteurs, ils auraient présenté autrement ceux que Jésus à choisis ; non, il n’est rien caché des fragilités et des pauvretés, précisément pour dire autre chose : que Dieu peut faire du meilleur avec le pire.


C’est tellement mis en évidence pour Paul : le jeune Saul, persécuteur des disciples de Jésus, devient Paul, l’infatigable chantre de la grâce de Dieu tellement plus puissante que la Loi et déroutante aux sens propre et figuré.

 

Alors, on peut laisser de côté les préférences, les connivences qui nous poussent vers l’un plutôt que vers l’autre, et… nous attacher à ce qui est de Dieu à travers eux ; le choix de Dieu ne suppose pas la perfection au contraire : « ce qui est faible… » est mis en lumière pour dire les merveilles accomplies dans un cœur d’homme.


La fin de l’itinéraire terrestre de nos deux apôtres signe cette œuvre puisqu’ils l’achèvent tous les deux dans l’imitation du Maître, le sang versé, la vie donnée par amour et par fidélité.

 

Comme souvent, il n’y a pas à choisir en excluant, mais en regardant au-delà ; alors, peuvent être déployés les accents propres à chacun. Si l’Eglise les fête ensemble, c’est pour dire que la Bonne Nouvelle est à proclamer au-dedans, et au-dehors avec les talents et les impossibilités, avec les pleins et les creux, car rien n’est impossible à Dieu.

 

Serge Ricaud, curé de Bouliac (Gironde)

par Serge RICAUD publié dans : Pour réfléchir communauté : Communauté spirituelle
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Lundi 30 juin 2008

Ordination de Romain Houdusse :

les signes de la liturgie

Le dimanche 29 juin à 16h00, en la cathédrale Saint-Pierre d’Angoulême, notre évêque, Mgr. Dagens a ordonné prêtre Romain Houdusse. C’est l’occasion de présenter et de comprendre les temps forts ou gestes de toute ordination presbytérale.

 

L’ordination « va au-delà d’une simple élection, désignation, délégation ou institution par la communauté, car elle confère un don du Saint-Esprit permettant d’exercer un “pouvoir sacré” qui ne peut venir que du Christ lui-même, par son Église », rappelle le Catéchisme de l’Église catholique (n. 1538).

Comme aux premiers siècles chrétiens, le rite essentiel de l’ordination est limposition des mains par l’évêque sur la tête de l’ordinand, et la prière consécratoire qui demande à Dieu l’effusion de l’Esprit Saint et des dons appropriés au ministère pour lequel le candidat est ordonné. En 1947, Pie XII a remis en lumière l’aspect central de ce geste. À la différence du diaconat, tous les prêtres vont imposer les mains à la suite de l’évêque, chacun en silence, sur la tête du nouveau prêtre : c’est donc le presbyterium qui engendre au ministère et se renouvelle par là même. C’est pourquoi la plupart des prêtres du diocèse tiennent à être présents ; et l’ordonné voit défiler devant lui tous ces visages de prêtres, des plus vieux aux plus jeunes, figures de ce corps presbytéral dans lequel il va prendre sa place.

 

D’autres rites annexes sont importants.

À nouveau, comme au diaconat, le nouveau prêtre promet obéissance en mettant ses mains dans celles de son évêque : signe fort d’une mission reçue d’un autre, de Dieu lui-même. « Les prêtres ne peuvent exercer leur ministère qu’en dépendance de l’évêque et en communion avec lui, rappelle le Catéchisme de l’Église catholique (n. 1567). La promesse d’obéissance qu’ils font à l’évêque au moment de l’ordination et le baiser de paix de l’évêque à la fin de la liturgie de l’ordination signifient que l’évêque les considère comme ses collaborateurs, ses fils, ses frères et ses amis, et qu’en retour ils lui doivent amour et obéissance. »

 

- La grande prostration de la litanie des saints redit la communion de toute l’Église, à travers le temps et l’espace, qui accompagne cette ordination.

 

- Autres gestes très parlants : la « vêture » (remise de l’étole et de la chasuble), lonction des mains avec le Saint Chrême (huile parfumée, utilisée aussi à la confirmation, qui consacre les mains et toute la personne du prêtre pour la sanctification du peuple chrétien à travers, notamment, la célébration des sacrements), la remise de la patène et du calice à celui qui est désormais ordonné pour présider la messe. L'Évêque prononce la prière consécratoire, puis il oint les mains du consacré pour que celui-ci sanctifie le peuple et offre à Dieu le sacrifice eucharistique. Il lui remet les symboles de sa mission : le calice rempli de vin et la patène avec le pain. "Recevez l'offrande du peuple saint pour la présenter à Dieu. Prenez conscience de ce que vous ferez, vivez ce que vous accomplirez".

 

- Le calice symbolise l'offrande totale de sa vie : verser son sang; le pain la nourriture quotidienne et essentielle : le Corps du Christ. Le prêtre symbolise donc, d'une manière différente que le couple dans le sacrement du mariage, l'union en une seule chair entre le Christ et l'Église par la célébration des sacrements : offrande totale et échange merveilleux des natures humaines et divines pour ne faire, par le Christ et dans l'Esprit plus qu'une seule chair dans le Corps du Christ.

 

- Quant à la date du 29 Juin, fête de Saint Pierre et Saint Paul, elle est souvent choisie pour enraciner la mission des prêtres dans le ministère apostolique des « deux colonnes de l’Église » : garder comme Pierre la plénitude de la foi catholique, servir comme Paul l’annonce de l’Évangile au monde entier...  

par Patrick BRAUD publié dans : Pour réfléchir communauté : Communauté spirituelle
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Mardi 24 juin 2008

L’académicien et l’évêque

par Guy COQ, philosophe et écrivain   

 

Le hasard probablement (sinon l’Esprit Saint ?) ménage parfois des simultanéités révélatrices entre des événements que rien ne justifiait a priori de rapprocher. Ainsi annonçait-on récemment l’élection à l’Académie Française d’un évêque, Claude DAGENS, au fauteuil de René RÉMOND. Du coup les médias donnèrent la parole à cet évêque provincial connu pour avoir été l’artisan il y a plus de dix ans d’une « Lettre aux catholiques de France », mais ignoré du grand public. Or il se trouve que Claude DAGENS avait écrit en 2007 une « Méditation sur lÉglise catholique en France : libre et présente » que les aléas et les délais de l’édition allaient exposer dans les librairies au moment de l’élection académique.

 

De manière inattendue, la profonde Méditation de l’apôtre bénéficiera-t-elle de l’aura de l’académicien ? C’est l’espoir que l’on voudrait exprimer.

 

Pourquoi ? En ces temps de déprime spirituelle de certains devant l’affaiblissement quantitatif de l’Église en France, en cette période où, du coup, certains prônent un repli sur soi de l’Église, Claude DAGENS défend au contraire l’idée d’une Église de grand large, attentive aux signes des temps qui prouvent que l’Évangile est attendu, pourvu qu’il y ait des témoins pour le porter. D’une certaine manière, cette Méditation prolonge, dans le nouveau siècle, la Lettre aux catholiques de France. Certes on est sur un autre registre, celui d’une parole vive, celui d’un évêque qui témoigne à la première personne de sa manière de vivre l’Église, de la concrétiser, de souffrir pour l’Église, d’espérer pour l’Église. C’est un évêque qui aime évoquer les signes de vitalité de la foi qu’il perçoit chez des chrétiens de base, ou plus largement chez les gens, tout simplement.

 

Cette Méditation qu’il dédie à ses frères évêques prend souvent le ton d’un appel. L’Église est dans une situation nouvelle, dans une société laïque : va-t-elle enfin commencer à le comprendre ? Dans cette époque dominée par l’individualisme, devenir chrétien ce n’est plus seulement adhérer à une tradition, c’est aussi faire le saut de la foi, découvrir, en devenant chrétien, la capacité de s’affirmer en première personne. Il faut réapprendre avec les commençants et les jeunes à « situer la foi chrétienne et la proposition de la foi sur le terrain de l’existence humaine en quête de ses raisons». L’époque appelle à rompre avec des représentations anciennes où la tradition catholique et la société d’aujourd’hui seraient vouées à un combat sans fin. Pour Claude DAGENS, l’Église ne devrait plus être dans une logique de séparation, mais de présence, d’engagement, de relation avec les gens d’aujourd’hui. Elle n’est plus dans un rapport de domination avec la société, elle n’a pas à se laisser instrumentaliser comme un groupe de pression, ni « à obéir d’abord aux logiques de ce monde ». (politiques, économiques, médiatiques etc.) Dans des pages inspirées où transparaît l’influence de l’importante Méditation sur lÉglise de Henri de LUBAC, Claude DAGENS demande à l’Église d’être signe du Christ, de se concentrer sur l’effort d’inscrire le mystère du Christ dans la vie du monde et des sociétés. Pour cela, il lui faut réduire la fracture entre la pratique liturgique et celle de la charité, de l’engagement aux côtés des pauvres.

L’Église est essentielle à ce moment pourvu qu’elle se décentre d’elle-même. L’évangélisation à laquelle convie Claude DAGENS n’est pas une « stratégie », elle est un « combat qui s’accomplit en même temps à l’intérieur de nous-mêmes, par les choix que nous faisons, et à l’intérieur de notre société, parce que nous désirons que le signe du Christ y soit inscrit et reconnu.» Cette évangélisation vise « à mettre la Révélation de Dieu, de l’Évangile du Christ en relation avec l’âme et le corps de notre humanité, avec tout être humain en quête de vérité et de vie ».

L’auteur souhaite donc aller à la rencontre « des chercheurs et des demandeurs de Vérité et de Vie ». Du coup, l’Église n’a pas à s’enfermer dans le souci de ses frontières. Elle doit apprendre à voir « ce qui est déjà là ». Il faut, dans la ligne des deux cités de Saint Augustin, refuser les « tris prématurés », car « le Royaume de Dieu luit dans le secret » (Henri de LUBAC).

 

L’évêque d’Angoulême demande à l’Église, à lui-même d’abord,  de se tourner non pas vers les reculs quantitatifs au point d’en être paralysée, mais vers ce qui commence, ce qui chemine, vers ces « commencements inespérés ». Il y a des « formes nouvelles de surgissement de la foi ». Au contact des nouveaux croyants, les communautés chrétiennes devraient se mettre en état de « commencement » pour « réapprendre ensemble à devenir chrétiens ». L’Église devrait être toujours en acte de naissance et se souvenir que la foi est un cheminement, non une immobilité, et que les premiers chrétiens étaient désignés comme les « adeptes de la Voie ». Les catholiques sont ainsi invités à se familiariser avec cette « pédagogie du cheminement ». Explorant avec lucidité les immenses ressources que le christianisme offre à la vie spirituelle, Claude DAGENS invite l’Église à une conversion collective, à cesser de laisser croire que la vie spirituelle intense, en christianisme, serait le monopole de quelques uns. Cela donne lieu à de nombreuses pages d’une grande profondeur, qui débouchent sur les lignes sublimes de PÉGUY où le poète demande à l’Église de « mouiller à la grâce », c’est-à-dire de ne pas vivre la foi comme du « tout fait ».

 

Il est heureux que cette méditation de grande force, d’inspiration profondément évangélique, et venant d’un apôtre de l’Église, jaillisse maintenant, quand la visibilité de l’académicien tout juste élu devrait attirer l’attention sur le style de vie chrétienne qu’il propose.

par Guy Coq publié dans : Pour réfléchir communauté : Communauté spirituelle
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