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Mardi 6 mai 2008

Homélie de l’Ascension 2008 /   Jeudi 1er Mai – Année A

Les pleins pouvoirs

Faut-il avoir peur du pouvoir ?

Quelquefois on a l’impression que les chrétiens sont mal à l’aise avec ce mot et ce qu’il représente. Pour rester gentil avec tout le monde, il vaudrait mieux – dit-on – renoncer au pouvoir, ne se consacrer qu’au service, et se méfier de toutes les sphères du pouvoir actuel. D’ailleurs, Dieu ne renverse-t-il pas les puissants de leur trône, comme le chante Marie dans son Magnificat ?

Alors, plutôt que d’avoir les mains sales, les chrétiens seraient invités à se replier sur l’humanitaire ou le social, laissant la politique, le médiatique et l’économique aux Machiavels de leur époque.

 

Pourtant, quand on relit les Evangiles, on s’aperçoit que ni Jésus ni ses disciples n’ont peur de ce mot : le pouvoir (en grec exousia). Notre fête de l’Ascension lui accorde une grande importance : « Tout pouvoir m’a été donné, au ciel et sur la terre ». (Mt 28, 19). On dirait bien qu’un des buts de l’Ascension, c’est que le Christ reçoive enfin les « pleins pouvoirs », au ciel et sur la terre !

La 2ème lecture insiste : Dieu a fait asseoir le Christ à sa droite pour qu’il soit au-dessus de ceux qui nous dominent, pour que tout lui soit soumis. « C'est la force même, le pouvoir, la vigueur, qu'il a mis en oeuvre dans le Christ quand il l'a ressuscité d'entre les morts et qu'il l'a fait asseoir à sa droite dans les cieux. Il l'a établi au-dessus de toutes les puissances et de tous les êtres qui nous dominent, quel que soit leur nom, aussi bien dans le monde

présent que dans le monde à venir. Il lui a tout soumis et, le plaçant plus haut que tout... » (Ep 1, 17-23).

 

On pense aux mosaïques des coupoles byzantines, qui étalent le visage du Christ ‘Pantocrator’ = Tout-Puissant, au dessus de la tête de la foule rassemblée dans l’église.

 

Pourquoi faudrait-il alors avoir peur du pouvoir ? Surtout si c’est celui du Christ ressuscité, assis à la droite de Dieu. Car c’est essentiellement un pouvoir sur le mal, sur la mort, un pouvoir pour la vie. C’est ce pouvoir et cette autorité (c’est le même mot en grec) que Jésus a manifesté tout au long de sa mission historique.

C’est le pouvoir de pardonner les péchés (cf le paralytique Mt 9,6), le pouvoir de discerner et de juger (Jn 5, 27), le pouvoir de guérir (tous les miracles), le pouvoir de donner sa vie par amour (et c’est sans doute là le pouvoir le plus évangélique cf. J n 10,18)...

Ce pouvoir s’oppose à celui qui veut détruire l’homme : la puissance de Satan, qui peut jeter dans la géhenne (Lc 12,5), faire régner les ténèbres (Lc 22,53) et finalement ôter la vie… Satan offre son pouvoir à Jésus lors des tentations au désert,  mais déjà Jésus se montre victorieux du mal en refusant cette puissance-là, et en choisissant l’autre, celle de son Père, la puissance de la Parole de Dieu. La victoire du Christ est aujourd’hui totale dans son Ascension auprès du Père : il est « Seigneur », « Pantocrator », « élevé au-dessus de tout » (Ph 2, 6-11), Seigneur de ma vie (Rm 10, 9-10), Seigneur de l’Eglise et finalement de l’univers entier.

 

Elevé au plus haut des cieux, le Christ ressuscité donne à son Eglise de participer à « ses » pleins pouvoirs. Il nous confie son pouvoir de pardonner, de libérer, de chasser les démons, de donner la vie, jusqu’au pouvoir de lier et de lier (confie à l’Eglise collectivement Mt 18, 18 et à Pierre personnellement Mt 16, 19).

 

Si l’Eglise était impuissante à lutter contre le mal, à quoi servirait-elle ? Etre sans pouvoir est le malheur des esclaves, être impuissant est le drame des stériles. Or notre Eglise est libre et elle est féconde, grâce au pouvoir reçu du Christ.

 

Voilà donc de quoi ne plus avoir peur du pouvoir humain. Voilà de quoi évangéliser l’exercice du pouvoir qui est le nôtre. Comment ?

Voici quelques pistes pour réfléchir à l’évangélisation du pouvoir en nous et autour de nous.

 

1/ D’abord reconnaître humblement la part de pouvoir qui est la mienne.

Personne n’est si pauvre qu’il n’ait aucun pouvoir. Contempler le Christ assis à la droite du Père peut nous aider à ne pas avoir peur du pouvoir que l’on exerce. Il s’agit de prendre conscience des pouvoirs qui sont les miens : famille, travail, vie associative, ecclésiale… et d’y faire jouer des degrés de liberté, des marges de manœuvre, des alternatives possibles. L’Evangile demande de ne pas enfouir ses talents, mais au contraire de les exploiter au service des autres.

 

2/ Ensuite, il s’agit de ne pas idolâtrer le pouvoir.

Le pouvoir est bon s’il n’est pas une fin en soi, un petit dieu à la place du seul vrai Dieu. Résister à la tentation de l’idolâtrie du pouvoir, comme Jésus au désert (Lc 4, 5-9) est la condition de notre liberté. Cela ne veut pas dire renoncer au pouvoir, mais l’orienter vers autre chose.

 

3/ D’où la 3ème piste : orienter le pouvoir vers le service le plus désintéressé possible de nos frères et particulièrement des plus petits.

L’exercice païen du pouvoir conduit à dominer en maître ; l’exercice évangélique de ce même pouvoir conduit servir la croissance de nos frères, à l’image du Christ lavant les pieds de ses amis (Mt 20, 27-28).

 

4/ Du coup, on s’apercevra très vite qu’il y a un prix à payer pour convertir l’exercice du pouvoir dans l’Esprit du Christ. Le prix à payer, c’est d’abord (paradoxalement !) la gratuité, le désintéressement et donc une carrière personnelle souvent inattendue. Plus encore, le prix du pouvoir évangélique, c’est la mort à soi-même.

À la mère des fils de Zébédée qui demande des postes de ministres pour ses enfants, Jésus répond qu’un tel poste a un prix : la coupe de la Passion, le baptême de la mort – résurrection (Mt 20, 20-29). Au prix de ce détachement intérieur, qui va jusqu’à livrer sa vie, le pouvoir évangélique cherche donc à allier la compétence la plus grande possible au service le plus désintéressé.

 

Prendre conscience du pouvoir qui est nôtre, ne pas l’idolâtrer, l’orienter vers le service, le passer au filtre de la mort à soi-même : l’Ascension du Christ ordonne notre légitime quête de pouvoir vers son pouvoir à lui : donner le mal, vaincre la mort, faire triompher l’amour de Dieu.

 

Qu’à cela l’Esprit du Christ nous aide en cette eucharistie… Amen.

 

Père Patrick BRAUD

Évangile Luc 24,46-53

Jésus ressuscité, apparaissant à ses disciples, leur disait: "Il fallait que s'accomplisse ce qui était annoncé par l'Écriture: les souffrances du Messie, sa résurrection d'entre les morts le troisième jour, et la conversion proclamée en son nom pour le pardon des péchés, à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. C'est vous qui en êtes les témoins. Et moi, je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis. Quant à vous, demeurez dans la ville jusqu'à ce que vous soyez revêtus d'une force venue d'en haut."

Puis il les emmena jusque vers Béthanie et, levant les mains, il les bénit. Tandis qu'il les bénissait, il se sépara d'eux et fut emporté au ciel. Ils se prosternèrent devant lui, puis ils retournèrent à Jérusalem, remplis de joie. Et ils étaient sans cesse dans le Temple à bénir Dieu.

par Patrick BRAUD publié dans : Homélies communauté : Communauté spirituelle
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Mardi 29 avril 2008

la belle abbaye romane de Marcillac Lanville (Charente)Homélie du Dimanche 27 Avril 2008 –Année A

6ème Dimanche de Pâques

Pèlerinage des scouts et guides d’Europe d’Angoulême à Marcillac Lanville

Le caillou et la barque

 

         Un jour, Akela interrogeait un louveteau qui préparait sa promesse :

-          Si je prends un caillou gros comme ça et que je le pose à la surface d’un fleuve, va-t-il couler au fond ou surnager ? 

-          Il coulera bien sûr !

-          Et si je prends 100 grosses pierres, que je les place dans une barque et que je pousse la barque au milieu du fleuve, ces pierres vont-elles couler au fond ou surnager ?

-          Elles surnageront, et traverseront le fleuve grâce à la barque.

-          Alors 100 pierres et une barque sont plus légères qu’un seul caillou ?...

Le louveteau tout confus ne savait plus quoi répondre.

Akela continua :

- Imagine que le gros caillou c’est la promesse. Si tu comptes la porter tout seul, tu risques de couler en cours de route. Imagine que les 100 grosses pierres sont les commandements de la loi scoute et les principes, les maximes qui vont avec, et que la barque est ton amitié avec Jésus. Alors tu vois que, porté par l’amitié du Christ, tu vas pouvoir traverser le fleuve sur la barque, c'est-à-dire observer les commandements scouts et y être fidèles.

Le Christ est plus la barque que le nageur modèle...            
Le Christ est-il pour nous un exemple ou un passeur ? En latin, on dirait : le Christ est-il pour vous exemplum (exemple moral) ou sacramentum (sacrement qui nous fait passer en Dieu) ?

            L’exemple (exemplum), c’est celui qu’il faut suivre en faisant plein d’efforts pour être comme lui.

            Mais le risque est grand de faire comme le gros caillou qui voulait flotter tout seul et qui a coulé au fond.

            Le passeur (sacramentum), c’est la barque qui prend sur elle les 100 pierres. Cette barque les maintient à flot, et les fait traverser le fleuve sur l’autre rive.

            « Si vous m’aimez, vous resterez fidèles à mes commandements », nous assure le Christ dans l’évangile d’aujourd’hui. En liant ainsi amour et fidélité, Jésus se révèle plus passeur qu’exemple.

            C’est dans l’amour pour lui que nous trouverons le courage de la fidélité, et non l’inverse. Il ne s’agit pas tant de faire des efforts pour être fidèles que d’approfondir notre amour pour lui, et alors la fidélité viendra.

            C’est un peu semblable dans l’amitié ou le couple : c’est souvent la tiédeur qui engendre l’infidélité, la routine qui provoque l’éloignement, le manque d’intensité qui suscite la trahison…

            « Si vous m’aimez, nous resterez fidèles à mes commandements ».

Où en suis-je de mon amour du Christ Jésus ?

Quels moyens puis-je me donner pour approfondir l’intensité de ma relation avec lui ?

Sinon, ne vous étonnez pas de devenir infidèle…  

 

         Le louveteau pense… (d’abord aux autres)

         Le louveteau ouvre… (les yeux et les oreilles)

         Le louveteau est toujours … (propre)

         Le louveteau dit toujours… (vrai)

         Le louveteau est toujours… (gai)

1° Pélerinage de groupe des Scouts et Guides d'Europe d'Angoulême 2008         Nos maximes scoutes ressemblent aux commandements dont parle Jésus dans l’évangile : « Si vous m’aimez, vous resterez fidèles à mes commandements ». C’est un peu comme s’il nous disait : « si vous aimez le scoutisme, vous verrez, ce sera facile pour vous de pratiquer la loi et les maximes scoutes ». Remarquez l’ordre dans lequel il le dit : d’abord l’amour : « si vous m’aimez », ensuite la fidélité aux commandements. C’est donc que le climat d’amitié scoute et d’amour du Christ dans lequel nous vivons notre pèlerinage, nos camps, nos sorties, nos jeux etc… le climat d’amitié conditionne tout le reste : notre fidélité, notre identité scoute, notre vie chrétienne.

 

         « Si vous m’aimez, vous resterez fidèle à mes commandements ».

         Ce n’est pas l’inverse : ‘si vous restez fidèles à mes commandements, alors vous m’aimerez.’ Autrement dit : c’est l’amour qui permet de devenir fidèle et d’obéir. Ce n’est pas en obéissant que j’aime, c’est en aimant que j’obéis.

 

         Reprenons les maximes sur lesquelles vous avez médité pendant la route :

-c’est parce qu’il aime la loi scoute que le louveteau pense d’abord aux autres.

- c’est parce qu’elle aime sa sizaine et sa meute qu’une louvette va ouvrir les yeux et les oreilles etc...

         Plus fondamentalement, la pratique de la loi scoute sans l’amour de Dieu et de Jésus Christ n’est qu’une morale purement humaine et philosophique.

 

          D’où une première question à garder en nous et nous : mettons-nous vraiment l’amitié, l’amour des autres et du Christ au cœur de nos projets ? de nos rituels ? de notre pédagogie ?

         Souvenez-nous de l’hymne à la charité de Saint Paul : s’il me manque l’amour, j’aurai beau avoir le plus bel uniforme, plein de badges et de flots sur ma chemise, je ne suis qu’une cymbale qui résonne dans le vide…

 

         Inversement, en osant conjuguer l’amour et la fidélité à ses commandements, le Christ nous met sur la voie d’un amour très concret, qui se traduit par des actes.

À quoi ça sert de faire des grands sourires à Akela si tu te débines à chaque fois  qu’il a besoin de toi ?

À quoi ça sert de faire plein de prières si tu ne pardonnes pas à ceux qui t’ont fait du mal ?

À quoi ça sert d’avoir le plus bel uniforme si c’est pour humilier les autres et se moquer ?

À quoi ça sert de faire le salut scout impeccable si à l’école tu réponds à la violence par la violence, si tu n’acceptes pas ceux qui ne sont pas comme toi ?

 

         En liant amour et commandement, le Christ nous libère ainsi des fausses conceptions de l’amour, trop sentimentales. On croit qu’aimer, c’est avoir le cœur qui bat pour l’autre. Jésus répond : « Ne soyez pas bouleversés » (Jn 14). St Jean Chrysostome commente : « Il les voyait troublés ; et il leur dit que se troubler, ce n’est pas là de l’amour. Aimer, c’est faire ce qui a été commandé ». (Homélie 75 sur St Jean). St Grégoire le Grand enfonce le clou : « La preuve de l’amour, c’est le témoignage des œuvres. Jamais l’amour de Dieu ne demeure oisif : quand il existe, il opère de grandes choses ; et quand il se refuse à agir, ce n’est plus de l’amour ». (Homélie 30)

         Voilà une grande libération : je ne suis plus esclave de mes sentiments ; j’aime parce que je veux aimer, pas parce que mon cœur bat pour l’autre. Sinon comment aimer ses ennemis ? La vraie liberté, ce n’est pas de suivre ses sentiments : ‘si tu m’est sympathique, alors tu seras mon ami. Mais si je n’éprouve plus rien pour toi, alors j’arrête tout’. La vraie liberté, c’est de vouloir aimer, même lorsque l’autre apparemment est moins aimable, ou franchement détestable !

« Si vous m’aimez, vous resterez fidèles à mes commandements ».

         La vraie liberté, c’est d’obéir au Christ, parce qu’il nous libère des illusions de liberté trop superficielles et trop égoïstes.

 

         Que l’Esprit du Christ vienne opérer en nous cette libération essentielle : apprendre à obéir au Christ par amour. Devenir fidèle, par amour. Alors, la barque aux 100 grosses pierres traversera le fleuve sur l’autre rive mieux que le caillou ne pourrait nager tout seul…

 

Père Patrick BRAUD (conseiller religieux des Guides d’Europe d’Angoulême)

Jn 14, 15-21
A l'heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « Si vous m'aimez, vous resterez fidèles à mes commandements. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : c'est l'Esprit de vérité. Le monde est incapable de le recevoir, parce qu'il ne le voit pas et ne le connaît pas ; mais vous, vous le connaissez, parce qu'il demeure auprès de vous, et qu'il est en vous. Je ne vous laisserai pas orphelins, je reviens vers vous. D'ici peu de temps, le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi. En ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et moi en vous. Celui qui a reçu mes commandements et y reste fidèle, c'est celui-là qui m'aime ; et celui qui m'aime sera aimé de mon Père ; moi aussi je l'aimerai, et je me manifesterai à lui. »

par Patrick BRAUD publié dans : Homélies communauté : Communauté spirituelle
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Dimanche 20 avril 2008

Homélie du 5° Dimanche de Pâques / Année A

20/04/08

 

La galerie aux 500 artistes...

 

C'était le titre d'un article de la Charente libre en 1996 : on y racontait l'histoire d'une galerie d'art qui a marqué la vie culturelle de notre ville d'Angoulême et au-delà pendant 50 ans : la galerie Lubin. Nous avons célébré les obsèques de M. Claude Lubin Mardi dernier à Saint Martial, presque en voisin puisque sa galerie d'art était rue de Périgueux. Il s'était arrêté là en 1950 pour se mettre à l'abri d'un orage dans un local inoccupé ; il a racheté ce local, et il y est resté 50 ans ! jusqu'à l'an 2000, accueillant dans sa galerie des artistes alors inconnus du grand public : Louis Toffoli, Bernard Buffet et bien d'autres noms...  Ses vernissages étaient de véritables événements. Il savait repérer les talents, les valoriser et donner à chacun la place qui le mettait en valeur : maîtres verriers, peintres sculpteurs... En valorisant ainsi chaque artiste selon son génie propre il aidait les angoumoisins à découvrir de nouveaux horizons, à s'ouvrir sur d'autres expressions culturelles, à croire en la beauté du monde...

  une galerie d'art sur les Champs Elysées

La galerie aux 500 artistes...

Et si la « maison du Père » dont parle Jésus dans cet évangile était à l'image de cette galerie Lubin rue de Périgueux à Angoulême ? Car « beaucoup peuvent y trouver leur demeure » dans cette « maison du Père » et les oeuvres qui accompagnent les habitants de cette maison sont comme des oeuvres d'art, plus grandes encore que celle de leurs maîtres.

Dieu se révèle ainsi galeriste, chercheur de talents, passionné de mettre en valeur le génie de chacun,  accueillant les expressions les plus variés de la recherche de la vérité avec un goût aussi éclectique et sûr que M. Lublin cherchant des artistes pour sa galerie de la rue de Périgueux.

 

« Il y a beaucoup de demeures dans la maison de mon Père ».

Il y a beaucoup de recherches humaines qui pourront être accueillies, valorisées, transfigurées en Paradis. Voilà pourquoi sans doute cet évangile du chapitre 14 de Saint-Jean est si souvent choisi pour les obsèques : les familles sentent confusément que la part de vérité qu'a essayée de vivre leur proche lui vaut maintenant d'être près du Père.

Après tout beaucoup de nos contemporains sont comme Thomas : ils ne savent pas trop où tout cela conduit, ils ignorent encore plus le chemin qui mène à Dieu.

« Je suis le chemin la vérité et la vie »...

Mais il suffit qu'ils empruntent - même un court instant - le chemin qu’est le Christ, le plus souvent sans le savoir, pour qu'ils aient leur place préparée par le Christ dans la ‘galerie aux 500 artistes’.

Il suffit qu'ils aient soif de vérité, authentiquement, pour que le Christ qui est la vérité leur ouvre les portes de la demeure. Il suffit qu'ils aient éprouvé au moins une fois ce que c'est que de vivre en plénitude, de vivre intensément, pour que la vie éternelle promise par le Christ leur soit offerte.

Voilà de quoi en effet ne pas être bouleversé par la mort d'un proche, mais rempli d'espérance et même de joie pour lui !

 

La galerie aux 500 artistes...

Et si notre rôle de disciples du Christ était d’anticiper cette « maison du Père » parle Jésus où chacun est valorisé et montré sous son vrai jour d'artiste ?

- Plutôt que de critiquer sans cesse, faire ressortir ce que l'autre sait réussir.

- Plutôt que de chercher sans cesse à être reconnu des autres, reconnaître en eux leur vrai talent et le faire savoir.

- Plutôt que de se décourager ou décourager notre entourage en répétant que rien de nouveau ne plus surgir, se laisser surprendre puis émerveiller par les oeuvres d'art créées par d'autres, inattendues et déroutantes, magnifiques et enthousiasmantes.

 

Nous croisons bien plus de 500 artistes anonymes tout au long de notre existence :

- quelle galerie d'art aurez-vous monté avec les oeuvres de ses compagnons de route ?

- valorisez-vous ce que vos proches sont capables de créer ? Où exposez-vous ces merveilles d'autrui ?

- à qui présentez-vous ces réussites ignorées et cachées ?

- à qui présentez-vous ces visages sur lesquels si peu de gens voient du génie ?...

- comme un galeriste qui fait connaître de nouveaux artistes, qui initiez-vous à cette autre beauté des êtres qui se révèle ainsi ?

Il y a eu récemment une exposition à « l’Ancre et la Page » des réalisations des ateliers de poésie et de peinture de « la Colombière ». Cela valait le détour ! et plus encore la rencontre avec ces personnes, accueillies à « la Colombière » et exposant dans notre galerie d'art à nous qu’est « l’Ancre et la Page » rue Fanfrelin).

On les dit blessées par la vie - et c'est vrai - mais elles peignent !

On les croit sans parole, et elles font sortir d'elle-même des textes qui forcent le respect !

Promouvoir la beauté qui existe dans chaque être, c'est annoncer et anticiper la « maison du Père » où beaucoup peuvent trouver leur demeure. C'est proclamer que chacun a sa place dans ce monde, quel qu'il soit, comme chacun peut avoir sa place préparée par le Christ dans l'autre monde.

Si nous voulons être fidèles à l'avenir qui nous attend, trouvons une place pour chacun.

Si nous voulons être cohérents avec notre espérance, montrons dès maintenant que la « maison du Père » est une galerie en 1000 artistes.

 

Que nos communautés chrétiennes, nos familles, notre société se laissent transformer par la promesse du Christ : « dans la maison de mon Père, beaucoup peuvent trouver leur demeure ».

Amen.

Père Patrick BRAUD

Jn 14, 1-12
A l'heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « Ne soyez donc pas bouleversés : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi.
Dans la maison de mon Père, beaucoup peuvent trouver leur demeure ; sinon, est-ce que je vous aurais dit : Je pars vous préparer une place ? Quand je serai allé vous la préparer, je reviendrai vous prendre avec moi ; et là où je suis, vous y serez aussi. Pour aller où je m'en vais, vous savez le chemin. »
Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas ; comment pourrions-nous savoir le chemin ? »
Jésus lui répond : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l'avez vu. »
Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit. » Jésus lui répond : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ! Celui qui m'a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : 'Montre-nous le Père' ? Tu ne crois donc pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi !
« Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ; mais c'est le Père qui demeure en moi, et qui accomplit ses propres oeuvres. Croyez ce que je vous dis : je suis dans le Père, et le Père est en moi ; si vous ne croyez pas ma parole, croyez au moins à cause des oeuvres. Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi accomplira les mêmes oeuvres que moi. Il en accomplira même de plus grandes, puisque je pars vers le Père. »

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