Homélie du 4ème Dimanche de Pâques – Année A
Dimanche 13 Avril 2008
« Je suis la porte »
Qu’avez-vous fait, machinalement, pour venir à cette messe ? Vous avez franchi la porte de la Cathédrale (l’église). Sans vous en rendre compte, vous accomplissez à chaque fois une étape
extraordinairement symbolique : franchir la porte. Passer du
dehors au-dedans, pour participer à l’eucharistie. Puis passer de l’assemblée au monde, du dedans au dehors, suite à l’envoi final : « allez
dans la paix du Christ ».
C’est donc que la porte commande la respiration même de notre foi.
On comprend mieux l’enjeu spirituel de l’affirmation étonnante de Jésus dans l’évangile de ce Dimanche :
« Je suis la porte ». Le mot porte est répété 4 fois dans ce chapitre 10 de St Jean, comme pour signifier
l’universalité de cette porte qu’est le Christ pour tous les peuples, venant de l’Est, de l’Ouest, du Nord et du Sud (4 = les 4 points cardinaux).
« Je suis la
porte »...
À quels moments de notre existence franchissons-nous cette porte qu’est Jésus lui-même ?
Souvenez-vous : à chaque baptême, nous accueillons symboliquement l’enfant ou l’adulte sur le seuil de l’église, avant même le narthex. Par le baptême, accueilli à la porte, chacun est invité
à entrer, grâce au Christ et par lui, dans un autre univers.
Souvenez-vous : à chaque mariage, le prêtre (ou le diacre !) va chercher les fiancés à la porte, pour qu’ils la franchissent avec lui. C’est pour signifier que le mariage est un passage,
une Pâque, lorsqu’on se marie « dans le Seigneur ». Et si la mariée est en blanc pour franchir la porte, c’est bien en rappel du baptême, car se marier participe à la mort et à la
résurrection du Christ.
Souvenez-vous encore : lorsque nous célébrons les obsèques d’un proche, nous accueillons le cercueil à la
porte de l’église. Celui qui est uni au Christ traverse la mort comme on passe la porte : simplement…
Ainsi de notre naissance à notre mort en passant par le mariage, tous les évènements de notre
existence peuvent devenir à travers le Christ comme des seuils à franchir, des portes qui s’ouvrent sur un au-delà.
En affirmant : « Je suis la
porte », Jésus nous invite ainsi à passer par lui pour découvrir la vraie vie, la vie « en abondance ».
Ceux qui ne passent pas par cette porte désignent pour Jésus les pharisiens à qui il adresse cette paraole.
C'est sans doute sous la plume de Jean les premières sectes soi-disant chrétiennes, gnostiques ou païennes en fait. Confronté à la fin du 1er siècle aux divisions dans les groupes
chrétiens, Jean nous donne ainsi par son évangile un critère de discernement précieux. Ceux qui ne passeraient pas Jésus pour sauver l’homme risquent fort de n’être finalement que des bandits et
des voleurs.
Hélas, la suite de l’histoire lui a souvent donné raison : les idéologies qui ont voulu se bâtir contre
le Christ ou sans lui se sont finalement révélées inhumaines et destructrices. Des grandes hérésies des premiers siècles aux systèmes totalitaires du 20ème siècle, sans oublier les
sectes ou les pensées néo-païennes d’aujourd’hui, le refus de passer par la porte qu’est le Christ se retourne contre l’humanité elle-même.
« Je
suis la porte »...
Dans les autre évangiles, Jésus appelle ses disciples à
lutter pour entrer par la porte étroite (Lc 13,24).
Si vous avez eu la chance d’aller à Bethléem en pèlerinage, vous avez du vous courber et vous faufiler à
travers la porte basse et étroite de la basilique de la Nativité. Ce n’est pas facile de passer par le Christ ! Il nous avertit : parvenir au lieu de notre vraie naissance est exigeant.
Mais cette porte étroite débouche réellement sur la naissance de l’homme à la vie de Dieu, comme à Bethléem…
« Je
suis la porte »...
Dans le livre de l’Apocalypse, Saint Jean écrira une variation
sur ce thème de la porte. « Voici : je me tiens à la porte et je frappe, dit le Christ. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi »
(Ap 3,20). Et juste après, Jean a la vision d’une « porte ouverte au ciel », avec une voix qui lui
dit : « Monte ici »… (Ap 4,1).
Vous connaissez sans doute cette histoire pleine d’humour que Chaplin a merveilleusement jouée : un homme
s’évertue à ouvrir la porte de son grenier ; il pousse, il s’évertue, il pousse, il transpire. Rien à faire : le verrou semble solide, la poignée tourne dans le vide. Epuisé, cet homme
s’affale de tout son long dans le couloir, et là surprise… la porte s’ouvre toute seule, de l’intérieur …
Ainsi le Christ : il nous ouvre l’accès à nos greniers intérieurs,
ces trésors de vie que l’Esprit de Dieu a déposé en nous. C’est par lui, avec lui et en lui, comme nous le chantons au sommet de la prière eucharistique,
que nous pouvons avoir accès à nous-mêmes, ou plutôt avoir accès à Dieu en nous, et à nous en Dieu.
C’est cela, « avoir la vie en abondance », une « vie éternelle ».
« Je
suis la porte »...
Comment entendre cette parole aujourd’hui ?
Eh bien examinez tous les domaines où vous ne passez pas par le Christ pour faire vos choix.
Visualisez ces moments où le Christ n’est pas la porte de vos décisions, où vous ne voulez pas le mêler à vos
affaires importantes : l’argent, la carrière, les loisirs, votre consommation, votre famille….
C’est là-dessus qu’il vous faut alors travailler.
N’escaladez pas par-dessus, ne fracturez pas d’autres fenêtres : revenez au Christ, entrez par lui dans votre
avenir.
« Je
suis la porte »...
Ecoutons cette parole: qu'elle travaille en nos toute cette semaine... Amen !
Père Patrick BRAUD
Évangile selon Saint Jean 10,1-10
Jésus parlait ainsi aux pharisiens: "Amen, amen, je vous le dis: celui qui entre dans la bergerie sans passer par
la porte, mais qui escalade par un autre endroit, celui-là est un voleur et un bandit. Celui qui entre par la porte, c'est lui le pasteur, le berger des brebis. Le portier lui ouvre, et les
brebis écoutent sa voix. Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir. Quand il a conduit dehors toutes ses brebis, il marche à leur tête, et elles le suivent car
elles connaissent sa voix. Jamais elles ne suivront un inconnu, elles s'enfuiront loin de lui, car elles ne reconnaissent pas la voix des inconnus."
Jésus employa cette parabole en
s'adressant aux pharisiens, mais ils ne comprirent pas ce qu'il voulait leur dire. C'est pourquoi Jésus reprit la parole: "Amen, amen, je vous le dis: je suis la porte des brebis. Ceux qui sont
intervenus avant moi sont tous des voleurs et des bandits; mais les brebis ne les ont pas écoutés. Moi, je suis la porte. Si quelqu'un entre en passant par moi, il sera sauvé; il pourra aller et
venir, et il trouvera un pâturage. Le voleur ne vient que pour voler, égorger et détruire. Moi je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu'ils l'aient en
abondance."
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