Cathédrale Angoulême

regroupant les églises suivantes:les bienheureux du purgatoire sur la façade de la cathédrale d'Angoulême (12° siècle)
St Pierre (cathédrale) / St Ausone / St André / St Martial
et Notre Dame d'Obezine / chapelle de Beaulieu (plan de la ville)
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Fêtes de N.D. de Fatima les 17-18 Mai à St André / repas paroissial à l’école de l’Enfant Jésus Dimanche 18 mai à 12h
Dimanche 2 mars 2008
Homélie du Dimanche 2 Mars 2008 / 4° Dimanche de Carême Année A
 
Eyes wide opened
 
Il y a environ 10 ans, le dernier film de Stanley KUBRIK s’appelait : « eyes wide shut » = en français : « les yeux grands fermés ».
 
Film glauque et désespéré, montrant qu'on peut vivre toute son existence les yeux grands fermés sur les vraies réalités de la vie, en fermant les yeux sur les grandes question du sens, de la mort, du mal, en se bouchant le regard pour ne pas voir les signes et les appels de Dieu...
 
Lui a les yeux grands ouverts ! À tel point qu'il voit à ce que les uns ne voient pas, qu'ils remarque ceux qui passent inaperçus, qu'il devine la vraie profondeur de chacun de nous au-delà des apparences. On dit même qu'il est capable de distinguer une fourmi noire sur une pierre noire dans la nuit noire... sacrément perçant, le regard de Dieu !
Il repère celui qui doit recevoir l'onction, c'est-à-dire le Messie = ‘l’oint’ en hébreu (première lecture). C’est David, le dernier des fils de Jessé, et roux en plus !
Devant Dieu (nous a dit Saint Paul dans la deuxième lecture) rien de ce qui est caché ne restera caché ; le secret de chaque vie humaine sera manifesté.
 
Pourquoi dès lors préférer l'obscurité à la lumière ? faire les choses en cachette, donc inavouables ? agir dans l'ombre, comme ceux qui fraudaient le fisc de leur pays en se réfugiant dans le paradis fiscal du Liechstentein? (cf. le dernier scandale financier mis à  jour)
 
‘Pas vu pas pris’ : ce raisonnement aveugle de notre enfance continue - hélas ! - à faire des ravages. Le risque existe réellement de devenir peu à peu aveugles sur nos propres comportements. À force de fermer les yeux sur de petites choses, on ne les ouvre plus sur les grandes
Le Christ nous apporte la lueur qui démasque nos aveuglements. Il est lui-même la lumière du monde, par qui il nous est donné d'ouvrir les yeux sur ce que nous cachons, ce que nous nous cachons à nous-mêmes !
 
Prenez les parents de l’aveugle-né dans l'Évangile : quand même ce sont ses parents ! Eh bien, convoqués par les juifs comme à un procès, ils se défilent et s'en lavent les mains. Ils n'ont rien vu : « interrogez-le : il est assez grand pour s'expliquer. » « Nous ne voulons pas d'histoires ; nous sommes des gens tranquilles, sans problème. Nous ne voulons pas être mêlés à toute cette affaire. »
Et pourtant il s’agit de leur fils ! Imaginez ce qu’ils seraient capables de dire ou de faire si c’était un voisin ou un inconnu...
 
Ne sommes-nous pas de temps en temps comme les parents de cette aveugle-né ?
Ne préférons-nous pas fermer les yeux (« eyes wide shut ») sur des situations anormales ? sur des injustices flagrantes ?
Or fermer les yeux, c’est se retrouver aveugles, c’est préférer les ténèbres à la lumière, c’est devenir complices.
L'avertissement de Saint-Paul devrait nous secouer : « réveille-toi, ô toi qui dors ! » Ne sois pas complice des ténèbres. Ne laisse pas s’anesthésier ta conscience dans une douce tranquillité sous prétexte de ne pas avoir d'histoires...
 
Prenez les pharisiens.
Ils se privent eux-mêmes de la révélation du Christ. Sûrs d'eux-mêmes comme le sont les fondamentalistes et les traditionalistes de tout poil d'aujourd'hui, ils vont jeter hors du Temple l'aveugle guéri qui aurait pu les conduire au Christ, vrai Temple de Dieu, comme ils excluront les premiers chrétiens des synagogues vers l’an 90.
Il n'y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir...
 
À l'inverse, l’aveugle-né, lui, suit un chemin étonnant.
Guéri sans avoir rien demandé, sans même avoir la foi, il parle au début d'un « homme nommé Jésus ». Puis d'un « prophète » ; puis d'un homme « venu de Dieu » ; puis il confesse : « je crois, Seigneur ».
Son chemin est notre chemin de carême.
L'appel de Saint-Paul dans la deuxième lecture prend alors tout son sens : « dans le Seigneur vous êtes devenus lumière : vivez comme des enfants de la lumière. Ne prenez aucune part aux activités des ténèbres ; démasquez-les plutôt ».
 
Démasquer les activités des ténèbres...
Voici deux exemples pris dans l'actualité politique sociale (très riche en ce moment !). Ces exemples vous allez le voir sont aussi bien de droite que de gauche : le statut du foetus et le statut des immigrés.
Ne serait- ce pas d'ailleurs une originalité chrétienne que de lier ces deux questions de société ? (à cause de la notion de personne humaine)
 
 
Le statut du foetus
amas de cellules ou enfant avec un prénom et un nom ?...Vous avez sûrement entendu les 3 arrêts de la Cour de Cassation, qui a récemment autorisé une maman à donner un prénom et inscrire sur le registre de l'état civil un foetus né avant terme. C’'est la fameuse expression : ‘né sans vie’... Né sans vie, l'amas de cellules qui finit à l'hôpital comme déchet hospitalier lors d'un avortement est ici reconnu comme un être humain, avec un nom et un prénom. La contradiction de la loi française devient difficilement supportable !
D'un côté on revendique comme un droit, voire un progrès, de pouvoir mettre un terme à des grossesses de moins de 14 semaines (il y a environ 220 000 IVG par an en France, pour 800 000 naissances : c’est énorme) - et d'ailleurs pourquoi 14 semaines, et pas 12 ou 18 ? tout cela est relativement irrationnel...-  de l'autre on autorise une mère à déclarer en mairie son enfant mort-né, même de moins de 22 semaines !...qui n'est donc pas une chose.
Quand cet aveuglement collectif cessera-t-il ?
 
Autre aveuglement collectif :
le statut des immigrés, réfugiés, clandestins
Des réfugiés sur la route de l'exode...Loin de moi l'idée de trancher trop simplement un débat complexe. Entre les positions irréalistes de ceux qui voudraient régulariser tous les sans-papiers, et les positions apeurées de ceux qui refuseraient toute immigration, il y a place pour une conscience éveillée et lucide, ouvrant les yeux sur les situations inhumaines de tant de réfugiés politiques fuyant la violence, ou de travailleurs cherchant à s'intégrer avec droiture.
Dénonçons les réseaux qui exploitent une autre immigration, illégale et chimérique. Dénonçons de manière égale les manipulations d'extrême gauche qui cherchent à instrumentaliser ces situations et la peur d’extrême droite qui cherche à les abandonner à la nuit de la clandestinité.
 
Il n'y a pas deux respects de la vie : un qui serait de droite et un qui serait de gauche. Il y a le respect de toute vie humaine du début à la fin de son existence, quelques que soient ses conditions sociales.
 
Que le Christ, lumière du monde, nous donnent d'ouvrir les yeux sur nos aveuglements personnels et / ou collectifs d'aujourd'hui.
Amen !
Père Patrick BRAUD

Évangile selon Saint Jean (IX 1-41).

undefinedEn sortant du Temple, Jésus vit sur son passage un homme qui était aveugle de naissance[1]. Ses disciples l'interrogèrent : « Rabbi, pourquoi cet homme est-il né aveugle ? Est-ce lui qui a péché ou bien ses parents ? » Jésus répondit : « Ni lui, ni ses parents. Mais l'action de Dieu devait se manifester en lui[2]. Il nous faut réaliser l'action de celui qui m'a envoyé, pendant qu'il fait encore jour ; déjà la nuit approche, et personne ne pourra plus agir. Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. » Cela dit, il cracha sur le sol et avec la salive[3] il fit de la boue qu'il appliqua sur les yeux de l'aveugle[4], et il lui dit :« Va te laver à la piscine de Siloé[5] » (ce nom signifie “ envoyé ”). L'aveugle y alla donc, et il se lava ; quand il revint, il voyait[6].

Ses voisins, et ceux qui étaient habitués à le rencontrer - car il était mendiant - dirent alors : « N'est-ce pas celui qui se tenait là pour mendier ? » Les uns disaient : « C'est lui. » Les autres disaient : « Pas du tout, c'est quelqu'un qui lui ressemble. » Mais lui affirmait : « C'est bien moi. » Et on lui demandait : « Alors, comment tes yeux se sont-ils ouverts ? » Il répondit : « L'homme qu'on appelle Jésus a fait de la boue, il m'en a frotté les yeux et il m'a dit : Va te laver à la piscine de Siloé. J'y suis donc allé et je me suis lavé ; alors, j'ai vu[7]. » Ils lui dirent : « Et lui, où est-il ? » Il répondit : « Je ne sais pas. »

On amène aux pharisiens cet homme qui avait été aveugle. Or, c'était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux. A leur tour, les pharisiens lui demandèrent : « Comment se fait-il que tu voies ? » Il leur répondit : « Il m'a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé, et maintenant je vois. » Certains pharisiens disaient : « Celui-là ne vient pas de Dieu, puisqu'il n'observe pas le repos du sabbat. » D'autres répliquaient : « Comment un homme pécheur pourrait-il accomplir des signes pareils ? » Ainsi donc ils étaient divisés[8]. Alors ils s'adressent de nouveau à l'aveugle : « Et toi, que dis-tu de lui, puisqu'il t'a ouvert les yeux ? » Il dit : « C'est un prophète. »

Les Juifs ne voulaient pas croire que cet homme, qui maintenant voyait, avait été aveugle. C'est pourquoi ils convoquèrent ses parents[9] et leur demandèrent : « Cet homme est bien votre fils, et vous dites qu'il est né aveugle ? Comment se fait-il qu'il voie maintenant ? » Les parents répondirent : « Nous savons que c'est bien notre fils, et qu'il est né aveugle. Mais comment il peut voir à présent, nous ne le savons pas ; et qui lui a ouvert les yeux, nous ne le savons pas non plus. Interrogez-le, il est assez grand pour s'expliquer. » Ses parents parlaient ainsi parce qu'ils avaient peur des Juifs. En effet les Juifs s'étaient déjà mis d'accord pour exclure de la synagogue tous ceux qui déclareraient que Jésus est le Messie. Voilà pourquoi les parents avaient dit : « Il est assez grand, interrogez-le ! »

Pour la seconde fois, les pharisiens convoquèrent l'homme qui avait été aveugle, et ils lui dirent : « Rends gloire à Dieu ! Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur[10]. » Il répondit : « Est-ce un pécheur ? Je n'en sais rien ; mais il y a une chose que je sais : j'étais aveugle, et maintenant je vois. »

Ils lui dirent alors : « Comment a-t-il fait pour t'ouvrir les yeux ? » Il leur répondit : « Je vous l'ai déjà dit, et vous n'avez pas écouté. Pourquoi voulez-vous m'entendre encore une fois ? Serait-ce que vous aussi vous voulez devenir ses disciples ? » Ils se mirent à l'injurier : « C'est toi qui es son disciple ; nous, c'est de Moïse que nous sommes les disciples. Moïse, nous savons que Dieu lui a parlé ; quant à celui-là, nous ne savons pas d'où il est. » L'homme leur répondit : « Voilà bien ce qui est étonnant ! Vous ne savez pas d'où il est, et pourtant il m'a ouvert les yeux. Comme chacun sait, Dieu n'exauce pas les pécheurs, mais si quelqu'un l'honore et fait sa volonté, il l'exauce. Jamais encore on n'avait entendu dire qu'un homme ait ouvert les yeux à un aveugle de naissance. Si cet homme-là ne venait pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. » Ils répliquèrent : « Tu es tout entier plongé dans le péché depuis ta naissance, et tu nous fais la leçon ? » Et ils le jetèrent dehors[11].

Jésus apprit qu'ils l'avaient expulsé. Alors il vint le trouver et lui dit : « Crois-tu au Fils de l'homme[12] ? » Il répondit : « Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? » Jésus lui dit : « Tu le vois, et c'est lui qui te parle. » Il dit : « Je crois, Seigneur », et il se prosterna devant lui. Jésus dit alors : « Je suis venu en ce monde pour un jugement : pour que ceux qui ne voient pas puisent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles [13]. » Des pharisiens qui se trouvaient avec lui entendirent ces paroles et lui dirent : « Serions-nous des aveugles, nous aussi ? » Jésus leur répondit : « Si vous étiez des aveugles, vous n'auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : Nous voyons ! votre péché demeure[14]."

par Patrick BRAUD publié dans : Homélies communauté : Communauté spirituelle
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Dimanche 24 février 2008
Homélie du 3° Dimanche de Carême / Année A
24/02/08
 
Leurre de la cruche...
 
« Venez voir un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait »...
Cet appel étonné et joyeux de la femme de Samarie croisée au bord du puits n'en finit pas de raisonner dans l'église, encore aujourd'hui ! Pourquoi est-ce si libérateur de rencontrer quelqu'un qui nous aide ainsi à faire la vérité sur notre vie ? Car ce n'est pas joli joli ce qu'elle a fait cette brave Samaritaine ! Elle a consommé les hommes comment on consomme des tranquillisants, et elle en est rendue à son cinquième ! Quand elle avoue à Jésus : ‘je n'ai pas de mari’, elle sait bien que son compagnon du moment ne peut pas être appelé ‘mari’, et Jésus le reconnaît : ‘là tu dis vrai’. Tu commences à dire la vérité sur tes échecs, tes répétitions, ta collection d'amants.

Jésus avait fait appel à son mari pour échapper à la tentative ambiguë et séductrice de cette femme seule avec lui - situation très osée en Israël - en pleine chaleur. Du coup elle comprend qu'avec Jésus ce petit jeu ne marchera pas, et elle s'intéresse enfin à la source de vie qui semble jaillir de cet homme.
« De son sein couleront des fleuves d’eau vive »(Jn 7,38). La Samaritaine en fait l'expérience. Comment ? En faisant la vérité sur sa vie, grâce au Christ qui l’éclaire dans les méandres de ses bégaiements affectifs dignes d'un Don Juan au féminin.
Et vous - au fait - où en êtes-vous de cette ‘opération vérité’ sur vous-même ?
 
Prenons une comparaison.
Vous souvenez-vous de ce qu’est un leurre ?
les leurres qui nous accrochent et nous mènent par le bout de l'hameçon...C'est quelque chose qui ressemble à ce que l'on cherche, qui en a la forme, la couleur, parfois le goût, mais qui n'est pas ce que l'on cherche en vérité. Le ‘Canada dry’ du désir en quelque sorte... Le problème avec un leurre, c'est que quand on l’a mangé, quand on a mis la main dessus on n'est pas rassasié pour autant. Au contraire la frustration de voir s'évanouir entre nos mains l'illusion qui ressemblait à l'objet cherché nous fait repartir à la chasse d'autres leurres, tout aussi décevants etc. etc. Ainsi, de leurre en leurre, de répétition en répétitions, notre liberté devient piégée dans cette course au mensonge.

La Samaritaine collectionnait les hommes comme certains collectionnent les réussites sociales, l'argent ou la reconnaissance des autres. Ce faisant elle se leurrait elle-même ; elle n'arrivait pas à être vraie dans son désir ; elle bégayait ses pauvres amours ; elle se mentait à elle-même.
Jésus va si j'ose dire pratiquer la ‘pêche aux leurres’ pour l'aider à sortir de ce cycle infernal.
Il la fera passer :
- du puits de Jacob à la source jaillissante
- de Joseph à Jésus
- de la soif matérielle à la soif spirituelle
- du baptême de Jean au baptême des disciples de Jésus
- de l'adoration en Samarie à Jérusalem à l'adoration « en esprit et en vérité »
- de la nourriture des apôtres à la vraie nourriture : « faire la volonté de mon père »
- de ses cinq amants à elle au Messie qui la rend libre de ne plus dévorer les hommes...
 
Et vous qu'elles sont les leurres qui vous fascinent ?
Quelles sont les répétitions maladives qui piègent votre liberté ?
 
« Venez voir un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait »...
Dieu que c'est libérant de rencontrer ainsi le Christ, et de faire ainsi la vérité sur sa vie !
 
Un indice dans le texte de cette libération, c'est la fameuse cruche. Symbole de ce qu'elle laisse là, au bord du puits, parce qu'elle n'en a plus besoin.
Grâce au Christ, elle n’a plus besoin de se mentir à elle-même, de courir après les hommes comme un poisson après un leurre...
 
La cruche dans l'Orient ancien est symbole de féminité. Elle est par essence celle qui reçoit ; dont les formes mêmes sont féminines.
Cette femme de Samarie était très ‘cruche’ - pourrait-on dire ! - de croire que sa féminité s'épanouirait dans la répétition de la consommation des hommes. Elle laisse tomber cette vaine course aux leurres. Son vrai désir, elle le connaît maintenant : « donne-moi de l'eau vive »...
Elle n'est plus un objet sexuel, vase collecteur de fausses amours. Voilà pourquoi elle laisse sur place sa cruche, et avec elle sa vie passée à courir après des leurres. Elle renaît au désir d'être enfin elle-même ! C'est comme un baptême sans eau, car la source vive de sa renaissance est désormais en elle et non plus à l'extérieur ; elle est en elle, « en esprit et en vérité »...
 
Pour l'anecdote, la cruche peut aussi renvoyer à d'autres épisodes de la Bible. On peut voir dans cette femme la figure d'Israël : la cruche renvoie alors à l'épisode du serviteur qui va chercher une épouse pour Isaac (Gn 24), et les cinq maris renvoient à la Torah = les cinq livres de la Loi (les seuls reconnus par les Samaritains d'ailleurs) qui n'ont pu satisfaire Israël dans son désir d'épouser Dieu en vérité.
C'est aussi la cruche qui annonce le repas pascal dans l'Évangile : « suivez un homme qui porte une cruche, et là préparez le repas de la Pâque » (Lc 20,10 //). La Samaritaine portant une cruche est ainsi discrètement déjà associée à la Pâque de Jésus... 
 
Quoi qu'il en soit cette femme laisse là la cruche dont désormais elle n'a plus besoin, parce qu'elle a découvert le vrai désir qui l’habite.
« Venez voir un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait »...
Ah ! si on pouvait ainsi s'exclamer ainsi au sortir d'une confession ! On ne serait pas loin de la Samaritaine... 

En revenant comme elle à la source vive de notre baptême, nous pourrions devenir comme elle apôtre. Et c’est même le premier apôtre dans l'Évangile de Jean, avant les 12 ! Oui : vous avez bien entendu : avant les 12 !!!
Saint Jean Chrysostome commente : « ce que firent les apôtres, la Samaritaine l’a fait aussi avec plus d'empressement encore. Car les apôtres n'ont planté là leurs filets qu’a l’appel du Maître, alors qu'elle a planté là sa cruche spontanément sans avoir reçu d'ordre du Christ. Et la voilà qui remplit l'office des évangélistes avec une joie qui lui donne des ailes. Ce n'est pas une ou deux personnes qu’elle amène au Christ comme André ou Philippe : c'est toute la ville qu'elle remue, toute la population qu'elle amène au Christ » (34° homélie sur l'Évangile de Jean).

 
« Venez voir un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait »...
C'est ce que nous faisons en nous approchant du Christ dans chaque eucharistie.
Qu'il nous débarrasse de tous les leurres après lesquels nous courons !
Qu'il nous aide à faire la vérité sur notre vie, et à revenir ainsi à la source jaillissante de notre baptême, « en esprit et en vérité » !
Amen.
Père Patrick BRAUD

Jn 4, 5-42
Jésus arrivait à une ville de Samarie, appelée Sykar, près du terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph, et où se trouve le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s'était assis là, au bord du puits. Il était environ midi.
Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l'eau. Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. »
(En effet, ses disciples étaient partis à la ville pour acheter de quoi manger.) La Samaritaine lui dit : « Comment ! Toi qui es Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? » (En effet, les Juifs ne veulent rien avoir en commun avec les Samaritains.) Jésus lui répondit : « Si tu savais le don de Dieu, si tu connaissais celui qui te dit : 'Donne-moi à boire', c'est toi qui lui aurais demandé, et il t'aurait donné de l'eau vive. »
Elle lui dit : « Seigneur, tu n'as rien pour puiser, et le puits est profond ; avec quoi prendrais-tu l'eau vive ? Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? » Jésus lui répondit : « Tout homme qui boit de cette eau aura encore soif ; mais celui qui boira de l'eau que moi je lui donnerai n'aura plus jamais soif ; et l'eau que je lui donnerai deviendra en lui source jaillissante pour la vie éternelle. »
La femme lui dit : « Seigneur, donne-la-moi, cette eau : que je n'aie plus soif, et que je n'aie plus à venir ici pour puiser. » Jésus lui dit : « Va, appelle ton mari, et reviens. » La femme répliqua : « Je n'ai pas de mari. » Jésus reprit : « Tu as raison de dire que tu n'as pas de mari, car tu en as eu cinq, et celui que tu as maintenant n'est pas ton mari : là, tu dis vrai. »
La femme lui dit : « Seigneur, je le vois, tu es un prophète. Alors, explique-moi : nos pères ont adoré Dieu sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut l'adorer est à Jérusalem. » Jésus lui dit : « Femme, crois-moi : l'heure vient où vous n'irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père. Vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous adorons, nous, celui que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. Mais l'heure vient - et c'est maintenant - où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père. Dieu est esprit, et ceux qui l'adorent, c'est en esprit et vérité qu'ils doivent l'adorer. » La femme lui dit : « Je sais qu'il vient, le Messie, celui qu'on appelle Christ. Quand il viendra, c'est lui qui nous fera connaître toutes choses. » Jésus lui dit : « Moi qui te parle, je le suis. »
Là-dessus, ses disciples arrivèrent ; ils étaient surpris de le voir parler avec une femme. Pourtant, aucun ne lui dit : « Que demandes-tu ? » ou : « Pourquoi parles-tu avec elle ? » La femme, laissant là sa cruche, revint à la ville et dit aux gens : « Venez voir un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait. Ne serait-il pas le Messie ? » Ils sortirent de la ville, et ils se dirigeaient vers Jésus.
Pendant ce temps, les disciples l'appelaient : « Rabbi, viens manger. » Mais il répondit : « Pour moi, j'ai de quoi manger : c'est une nourriture que vous ne connaissez pas. » Les disciples se demandaient : « Quelqu'un lui aurait-il apporté à manger ? » Jésus leur dit : « Ma nourriture, c'est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé et d'accomplir son oeuvre. Ne dites-vous pas : 'Encore quatre mois et ce sera la moisson' ? Et moi je vous dis : Levez les yeux et regardez les champs qui se dorent pour la moisson. Dès maintenant, le moissonneur reçoit son salaire : il récolte du fruit pour la vie éternelle, si bien que le semeur se réjouit avec le moissonneur. Il est bien vrai, le proverbe : 'L'un sème, l'autre moissonne.' Je vous ai envoyés moissonner là où vous n'avez pas pris de peine, d'autres ont pris de la peine, et vous, vous profitez de leurs travaux. »
Beaucoup de Samaritains de cette ville crurent en Jésus, à cause des paroles de la femme qui avait rendu ce témoignage : « Il m'a dit tout ce que j'ai fait. » Lorsqu'ils arrivèrent auprès de lui, ils l'invitèrent à demeurer chez eux. Il y resta deux jours. Ils furent encore beaucoup plus nombreux à croire à cause de ses propres paroles, et ils disaient à la femme : « Ce n'est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons maintenant ; nous l'avons entendu par nous-mêmes, et nous savons que c'est vraiment lui le Sauveur du monde. »
par Patrick BRAUD publié dans : Homélies communauté : Communauté spirituelle
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Dimanche 17 février 2008
Homélie du 2ème Dimanche de Carême
Dimanche 17 Février 2008 – Année A
 
« Laisse-toi transfigurer par un amour plus grand que toi »
 
Il y a des moments où chacun de nous fait cette étrange expérience : être comme « habité » de l’intérieur, par un souffle, une énergie qui nous transcende.
Rostropovtich devant les ruines du Mur de Berlin en 1989: transfiguré...Souvenez-vous de Mitislav Rostropovitch jouant les suites de Bach sur son violoncelle près des premières ruines du mur de Berlin en 1989. Son visage rayonnait d’une telle joie, sa musique sonnait si juste près de ce Mur détruit, qu’il en était tout entier transfiguré, et nous avec lui.
 
Se laisser habiter par quelque chose plus grand que nous, c’est également l’expérience des poètes, des peintres. C’est le phénomène de l’inspiration : en lisant un poème de Saint John Perse, vous pouvez être transportés ailleurs, sur une haute montagne, là où l’esprit de l’homme respire au large…
 
Le Christ va encore plus loin dans l’évangile de ce jour : non seulement il se laisse habiter par quelque chose de grand, l’amour des hommes jusqu’à en mourir, mais plus encore il se laisse habiter par quelqu’un, quelqu’un qui l’inspire au point d’être plus intime à lui-même que lui-même : son Père. Son Père ineffable, et pourtant parlant aux hommes par son Verbe, sa Parole Jésus. Son Père invisible, et pourtant visiblement manifesté en Jésus brillant comme le soleil. La révélation trinitaire de la divinité de Jésus est ici éblouissante, comme sera à l’inverse horrifiante sa défiguration dans la Passion et la Croix plus tard…
 
La transfiguration serait-elle réservée à Jésus seul ? C’est ce que croit Pierre qui veut dresser 3 tentes séparées, comme pour la fête des Tentes du peuple juif qui se souvient des fiançailles avec Dieu au désert. Or « une nuée lumineuse les couvrit de son ombre » dit le texte de Matthieu. C’est la même expression qu’emploie Luc pour évoquer la « transfiguration » de Marie : « l’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très Haut te couvrira de son ombre » (Luc 1, 35). C’est donc que cette transfiguration nous est également offerte, dans l’Esprit, à la suite de Jésus. Elle est pour tous.
icône de la Transfiguration« Par cette transfiguration, Jésus voulait avant tout prémunir ses disciples contre le scandale de la croix et, en leur révélant toute la grandeur de sa dignité cachée, empêcher que les abaissements de sa passion volontaire ne bouleversent leur foi.
Mais il ne prévoyait pas moins de fonder l'espérance de l'Église, en faisant découvrir à tout le corps du Christ quelle transformation lui serait accordée; ses membres se promettraient de partager l'honneur qui avait resplendi dans leur tête (le Christ). »
(Sermon de Saint Léon le Grand pour le 2° Dimanche de Carême)
 
« Laisse-toi transfigurer par un amour plus grand que toi », semble ainsi nous souffler ce 2ème Dimanche de Carême.
Découvre qu’il y a au fond de toi un souffle, une inspiration, une énergie qui vient d’en haut. Habite ce fond intérieur où Dieu t’attend.
Et paradoxalement plus tu descendras ainsi au fond de toi-même, plus le Christ pourra te prendre et t’emmener, comme Pierre, Jacques et Jean, sur la haute montagne de ces éblouissements spirituels où le visage humain devient resplendissant d’une beauté plus qu’humaine.
 
Peut-être est-ce d’ailleurs le regard des apôtres sur Jésus qui a changé, plus que Jésus lui-même ?
La Transfiguration n’a pas été un phénomène circonscrit dans le temps et l’espace. Le Christ n’a pas changé à ce moment-là : ce sont les apôtres qui ont reçu pour un moment la faculté de voir le Christ tel qu’il était dans sa réalité la plus profonde, de toujours à toujours, afin qu’ils comprennent la signification véritable de la Croix : « Jésus s’entretenait avec Moïse et Elie de sa Passion ».  Le texte grec emploie le mot "exodos" = exode: la Passion du Christ est donc ce nouvel exode qu'attestent Moïse, la fête des Tentes, la nuée lumineuse, la voix sur la montagne... La gloire vient par la Croix, et la Croix sera alors l’engloutissement de la mort dans la lumière.
C’est donc parce que les Apôtres ont changé qu’ils ont pu voir le changement du Christ ! Ils côtoyaient un homme sans deviner sa profondeur réelle, alors que Jésus, Verbe de Dieu, éternel dans la chair humaine, voyageait avec eux... Au sommet du mont Thabor, leurs yeux s’ouvrent, la divinité de leur compagnon leur devient manifeste...
 
la transfiguration de l'autre réside souvent dans la conversion de mon propre regard sur son visage...Souvent nous aussi nous ne voyons pas la beauté secrète, incandescente, des êtres qui nous entourent. Et puis parfois il y a ces moments de révélation où des écailles tombent de nos yeux, et nous contemplons enfin le visage de l’autre tel qu’il est réellement, dans la lumière de son intimité divine. Et si la transfiguration des autres résidait d’abord dans notre regard sur eux ?...
 
« Le monde a été créé pour être transfiguré.
Il s’agit de faire monter à la surface du monde l’incandescence secrète.
L’image employée par les Pères de l’Église (saint Maxime le Confesseur notamment) est ici l’image du buisson ardent. Le monde en Christ est secrètement, liturgiquement, sacramentellement, buisson ardent, et il s’agit – c’est cela la sanctification – de faire transparaître, à travers les visages et les regards, cette incandescence secrète » (Olivier CLÉMENT)
 
Faire apparaître l’incandesence secrète du monde...
 
La liturgie byzantine insiste : « Ce que le Christ manifestait ainsi à Ses disciples au sommet de la montagne n'était donc pas un spectacle nouveau, mais la manifestation éclatante de la divinisation en Lui de la nature humaine - y compris le corps - et de son union avec la splendeur divine.
Alors que le visage de Moïse avait resplendi d'une gloire qui venait de l'extérieur après la révélation du mont Sinaï (cf. Exode 34,29), le visage du Christ apparut au Thabor comme une source de lumière, source de la vie divine rendue accessible à l'homme, et qui se répandait aussi sur ses "vêtements", c'est-à-dire sur le monde extérieur et sur les produits de l'activité et de la civilisation humaines. » (Synaxaire byzantin)
 
Le 2° signet de Carême distribué aux messes du week-end« Laisse-toi transfigurer par un amour plus grand que toi », et change ton regard pour que tes proches t’apparaissent dans leur vraie lumière, dans leur vraie beauté, qui est divine.
Amen.
Père Patrick BRAUD

Mt 17, 1-9
Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmène à l'écart, sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière. Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s'entretenaient avec lui. Pierre alors prit la parole et dit à Jésus : « Seigneur, il est heureux que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie. »
Il parlait encore, lorsqu'une nuée lumineuse les couvrit de son ombre ; et, de la nuée, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis tout mon amour ; écoutez-le ! » Entendant cela, les disciples tombèrent la face contre terre et furent saisis d'une grande frayeur. Jésus s'approcha, les toucha et leur dit : « Relevez-vous et n'ayez pas peur ! » Levant les yeux, ils ne virent plus que lui, Jésus seul.
En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l'homme soit ressuscité d'entre les morts. »
par Patrick BRAUD publié dans : Homélies communauté : Communauté spirituelle
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