Dimanche 5 Février 2006
Homélie du 5ème dimanche ordinaire – Année B
Éros
et Agapè selon Benoit XVI
Y a-t-il un érotisme chrétien ?
« Hou la la, où est-ce qu’il s’embarque ? » : je vous
vois déjà trembler sur vos chaises…
Y a-t-il un érotisme chrétien ?
C’est pourtant la question qui m’a accompagné à la lecture de la belle et 1ère encyclopédie de Benoît XVI : « Dieu est Amour ». Et je vous dis tout de suite : je crois bien que la réponse est positive.
J’avais rarement – voire jamais – lu sous la plume d’un Pape un tel éloge de l’amour physique, de
l’Éros, au sens où les Grecs appelaient cet élan qui existe entre l’homme et la femme. Pas Éros seul, pas Éros divinisé, mais Éros transfiguré par
l’Agapè, autre terme qui désigne l’amour-charité, l’amour don de soi (pensez aux ‘agapes’ fraternelles, ces repas entre amis où il fait bon être unis autour de la même table).
Benoît XVI plaide pour que Éros et Agapè marchent ensemble, jamais l’une sans l’autre.
Du coup, il a des expressions très fortes pour évoquer le mystère de l'Éros amoureux :
« la plus belle chose de la vie » (dit-il en citant Nietzsche !).
« La joie prévue pour nous par le créateur ».
« Un bonheur qui nous fait goûter par avance quelque chose du Divin. » (n°3).
« La plus haute béatitude »
« Un avant goût du sommet de l’existence, de la béatitude vers laquelle tend tout notre être » (n°4).
« Oui, l’éros veut nous élever en « extase » vers le Divin, nous conduire au-delà de nous-mêmes » (n°5).
On est loin dans toute cette encyclique d’un soi-disant regard pessimiste sur la chair. Au contraire, en signant cette lettre du jour de Noël, le jour où la chair de notre humanité a acceptée la
plénitude de la Divinité, Benoît XVI retrouve la grande Tradition de notre Église, pour qui la chair est le Temple de l’Esprit, pour qui le beauté du corps est si grande qu’elle peut dire la
beauté de l’Amour de Dieu lorsque la communion entre deux êtres est si grande qu’elle devient un avant-goût du paradis.
Ne dit-on pas de l’acte sexuel qu’il est une « petite mort », au sens où il conduit aux portes d’un univers qui transcende le temps et l’espace,
et qui annonce déjà la victoire de l’amour sur la mort ?
Bien des Pères de Église osaient même comparer l’union conjugale dans le mariage chrétien à la communion eucharistique ! Car dans les deux cas, il s’agit de livrer son corps par amour,
d’être prêt à verser son sang pour l’autre, d’être uni à l’autre, sans confusion ni séparation, au point de communier à ce qu’il/elle est en lui/elle-même.
Au 16ème siècle, St François de Sales compare l’acte sexuel à un repas, ce qui lui permettait avec délicatesse d’en faire un lieu de respect de l’autre : mettre le couvert, ne pas
se goinfrer tout seul, décorer la table, partager les plats. (cf. « Introduction à la vie dévote »). C’était pour lui un lieu de sanctification des baptisés
mariés…
Vous voyez, il y a bien là les bases d’un érotisme chrétien, qui devrait réveiller quelques couples mariés, et qui pourrait permettre à des jeunes de ne pas s’enliser dans les méandres d’autres
érotismes beaucoup plus païens…
Car, Benoît XVI le rappelle, fortement : Éros a besoin d’être sauvé par Agapè. L’amour physique
aspire à se mettre au service de l’amour – charité –
Sinon « la façon d’exalter le corps, à laquelle nous assistons aujourd’hui, est trompeuse. L’éros rabaissé simplement au ‘sexe’ devient une marchandise, une simple
chose que l’on peut acheter et vendre ; plus encore, l’homme devient une marchandise. » (n°5).
Malgré cette mise en garde, le christianisme ne détruit pas l’éros : il l’assume, il l’élève, il le transfigure dans l’amour charité, Agapè, caritas, car ‘Deus est caritas’ (titre de
l’encyclique).
Comment avons-nous pu laisser croire que nous serions une religion ennemie du corps ?
Qui plus que nous aime ce corps fait pour vibrer d’amour ?
Qui d’autre ose dire que Dieu lui-même s’est fait chair ?
Que notre chair est promise à la Résurrection ?
Que Dieu se donne en personne à deux êtres qui s’unissent en vérité ?
Lorsque Éros et Agapè marchent ensemble – et il faudrait y ajouter le 3ème terme évoqué par le Pape : philia, l’amour-amitié,
lorsque donc l’amour-érotisme, l’amour-charité et l’amour-amitié vont ensemble, ils « visent à faire du
définitif ».
« Oui, l’amour est ‘extase’, mais extase non pas dans le sens d’un moment d’ivresse, mais extase comme chemin, comme exode permanent allant du je enfermé sur
lui-même vers sa libération dans le don de soi, et précisément ainsi vers la découverte de soi-même, plus encore vers la découverte de Dieu. »
Lisez Benoît XVI !
Si vous êtes mariés, que cela réveille l’érotisme chrétien qui sommeille en vous.
Et vous les jeunes, que cela vous aide à vous préparer sans gaspiller ce trésor.
Et vous les célibataires (dont je suis !), émerveillez-vous sans jalousie de ce don de Dieu qui vous vivrez autrement, à travers l’amitié, à travers la charité, car il n’y a qu’un
amour : Dieu, à la source et au terme de tout amour humain…
Père Patrick BRAUD
Angoulême (Charente)
regroupant les
églises suivantes:
Être veuve pour Anne, c’est incarner
* Votre désir de vivre davantage dans l’obéissance au Christ à travers vos supérieures nous renvoie à notre propre
obéissance à l’amour ; quelle est notre capacité à nous laisser travailler par la Parole d’un Autre, à y
- Ce combat culminera avec
l’épisode de la 





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