La Guérison du Lépreux et le Sacrement des Malades
« Si tu le veux, tu peux me purifier !» crie cet homme aux pieds de Jésus. Me purifier : ce mot dit tout du désir de cet homme et du mal dont il est atteint.
Ce mal, il ne le nomme pas, parce qu’il se voit, et que, s’il le nommait, il le redoublerait en le rendant public. Mais il dit son désir d’être délivré de ce qui fait de lui un exclu dans la société juive. Il est malade et il est impur.
Jésus a compris : « Je le veux , sois purifié ! » et le plus étonnant ce n’est pas la guérison immédiate. C’est le renversement des rôles : c’est Jésus désormais, qui est devenu impur puisqu’il a touché ce lépreux. Et l’on voit ainsi dès le début de l’évangile de Marc que Jésus ne craint pas de prendre sur lui tout ce qui nous atteint dans notre humanité, corps et âme.
C’est l’invitation que Dieu fait, en Jésus, au sujet du mal et des maladies. Un être humain forme un tout. Quelle erreur de le compartimenter en ignorant toutes ces interdictions qui se multiplient sans cesse entre l’âme et le corps. ! Et surtout quelle inhumanité lorsqu’on réduit une personne au mal dont elle souffre, quel que soit le mal, comme si le mal abolissait la personnalité, les désirs du cœur, la capacité d’aimer et d’être aimé !
Je pense à la mère d’un de mes amis. Elle a eu un léger accident cérébral. Elle parle plus lentement, elle marche avec précaution, mais son esprit reste vivant et très présent aux autres. Malheureusement sa fille, qui est assistante maternelle, n’a pas compris. Elle traite sa mère comme une enfant. Et sa mère ne supporte pas cela. Elle veut vivre avec ses limites, mais elle veut vivre.
Le sacrement des malades est d’abord au service de ce désir de vivre. Il n’annonce pas la mort. Bien au contraire, et il communique la force du Christ pour faire face au mal et à la maladie, quand ils sont là.Il faut aller beaucoup plus loin en se souvenant de ce que notre ami Jean Pierre BELY a raconté lorsqu’il a été guéri à Lourdes de sa sclérose en plaques, après avoir reçu le sacrement des malades. Il insistait beaucoup sur le rôle décisif de ce sacrement. : avant d’être remis debout dans son corps, avant la nuit suivante, il s’était senti guéri intérieurement de la mémoire du mal et du péché qui le faisait souffrir. Les paroles du sacrement des malades avaient été pour lui libératoires : « Par cette onction sainte que le Seigneur, en sa grande bonté, nous manifeste par la voie de l’Esprit Saint. Ainsi, nous ayant libéré de tout péché, qu’il nous sauve et qu’il nous relève.»
Il comprenait alors qu’il n’était plus prisonnier du mal, et qu’il allait devenir témoin du salut de Dieu pour lui .
Je n’oserais pas dire que le sacrement des malades produit toujours une telle guérison. Et pourtant il est toujours un acte du Christ pour nous, il a sa source dans le mystère pascal, il s’accepte en nous comme une petite résurrection, même si les effets n’en sont pas sensibles et visibles.
En tout cas, je vous remercie, vous les personnes qui avez désiré recevoir aujourd’hui ce sacrement. Merci pour cet acte réel de foi et d’espérance ! Merci à vos familles et à votre entourage de ne pas y avoir fait obstacle sous prétexte que ce sacrement serait l’annonce de la mort.
C’est l’inverse qui est vrai. Ce sacrement est le signe que rien n’empêche le vie Dieu de venir s’inscrire dans votre humanité, et de l’imprégner comme l’huile du sacrement. Et c’est pourquoi, en recevant ce sacrement vous, les malades, vous devenez pour tous des signes et des témoins de l’éclat de Dieu qui passe par ces gestes de salut.
Nous avons besoin de comprendre que l’évangélisation s’accomplit ainsi : comme dans l’évangile, elle est la rencontre du Christ vivant avec des hommes et des femmes en attente de salut, des hommes et des femmes qui soufrent, qui luttent et ont besoin d’être reconnus, respectés, soutenus dans tout ce qui fait leur dignité.
Quel désastre quand on réduit des gens à ce qui les rend infréquentables comme les lépreux d’autrefois !
Quelle inhumanité quand on ne sait plus voir chez un être humain que son apparence ou sa réputation
L’action des sacrements, de ce sacrement des malades touche à ce qu’il y a en nous de plus profond, là où les souffrances du corps et de l’âme s’entremêlent, là où nous avons besoin d’être totalement regardés par Dieu !
A vous les malades, je vous demande de prier pour que tous, nous nous laissions atteindre par l’amour du Christ au plus profond de nos replis. Et vous tous, frères et sœurs, supplions l’Esprit-Saint de nous faire comprendre que notre église est engagée à la manière de Jésus, en percevant tout ce qui blesse notre humanité, et en lui communiquant cette joie de vivre, cette force de résurrection qui vient de Lui le Sauveur !
Claude DAGENS, évêque d’Angoulême
X Evangile de Jésus Christ selon saint Marc 2, 1-12
Jésus était de retour à Capharnaüm, et la nouvelle se répandit qu’il était à la maison. Tant de monde s’y rassembla qu’il n’y avait plus de place, même devant la porte. Il leur annonçait la Parole. Arrivent des gens qui lui amenaient un paralysé, porté par quatre hommes. Comme ils ne peuvent l’approcher à cause de la foule, ils découvrent le toit au-dessus de Jésus, font une ouverture et descendent le brancard sur lequel était couché le paralysé. Voyant leur foi, Jésus dit au paralysé : « Mon fils, tes péchés sont pardonnés. » Or, il y avait dans l’assistance quelques scribes qui raisonnaient en eux-mêmes : « Pourquoi cet homme parle-t-il ainsi ? Il blasphème. Qui donc peur pardonner les péchés sinon Dieu seul ? » Saisissant aussitôt dans son esprit les raisonnements qu’ils faisaient, Jésus leur dit : « Pourquoi tenir de tes raisonnements ? Qu’est-ce qui est le plus facile ? de dire au paralysé : ‘Tes péchés sont pardonnés’, ou bien de dire : ‘Lève-toi ; prends ton brancard et marche’ ? Eh bien ! Pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir de pardonner les péchés sur la terre, je te l’ordonne, dit-il au paralysé : Lève-toi, prends ton brancard et rentre chez toi. » L’homme se leva, prit aussitôt son brancard, et sortit devant tout le monde. Tous étaient stupéfaits et rendaient gloire à Dieu, en disant : « Nous n’avons jamais rien vu de pareil. »
ajouter un commentaire commentaires (0) créer un trackback recommander
Angoulême (Charente)
regroupant les
églises suivantes:
À quoi suis-je fidèle puisque notre alliance est rompue ?







Vos commentaires