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Dimanche 26 février 2006
Homélie du Dimanche 12 Février 2006 pour le sacrement des malades à la Cathédrale d’Angoulême

La Guérison du Lépreux et le Sacrement des Malades

«  Si tu le veux, tu peux me purifier !» crie cet homme aux pieds de Jésus. 
Me purifier : ce mot dit tout du désir de cet homme et du mal dont il est atteint.
Ce mal, il ne le nomme pas, parce qu’il se voit, et que, s’il le nommait, il le redoublerait en le rendant public. Mais il dit son désir d’être délivré de ce qui fait de lui un exclu dans la société juive. Il est malade et il est impur.

Jésus a compris : « Je le veux , sois purifié ! » et le plus étonnant ce n’est pas la guérison immédiate. C’est le renversement des rôles : c’est Jésus désormais, qui est devenu impur puisqu’il a touché ce lépreux. Et l’on voit ainsi dès le début de l’évangile de Marc que Jésus ne craint pas de prendre sur lui tout ce qui nous atteint dans notre humanité, corps et âme.

C’est l’invitation que Dieu fait, en Jésus, au sujet du mal et des maladies. Un être humain forme un tout. Quelle erreur de le compartimenter en ignorant toutes ces interdictions  qui se multiplient sans cesse entre l’âme et le corps. ! Et surtout quelle inhumanité lorsqu’on réduit une personne au mal dont elle  souffre, quel que soit le mal, comme si le mal abolissait la personnalité, les désirs du cœur, la capacité d’aimer et d’être aimé !

Je pense à la mère d’un de mes amis. Elle a eu un léger accident cérébral. Elle parle plus lentement, elle marche avec précaution, mais son esprit reste vivant et très présent aux autres. Malheureusement sa fille, qui est assistante maternelle, n’a pas compris. Elle traite sa mère comme une enfant. Et sa mère ne supporte pas cela. Elle veut vivre avec ses limites, mais elle veut vivre.

Le sacrement des malades est d’abord au service de ce désir de vivre. Il n’annonce pas la mort. Bien au contraire, et il communique la force du Christ pour faire face au mal et à la maladie, quand ils sont là.
Il faut aller beaucoup plus loin en se souvenant de ce que notre ami Jean Pierre BELY a raconté lorsqu’il a été guéri à Lourdes de sa sclérose en plaques, après avoir reçu le sacrement des malades. Il insistait beaucoup sur le rôle décisif de ce sacrement. : avant d’être remis debout dans son corps, avant la nuit suivante, il s’était senti guéri intérieurement de la mémoire du mal et du péché qui le faisait souffrir. Les paroles du sacrement des malades avaient été pour lui libératoires : « Par cette onction sainte que le Seigneur, en sa grande bonté, nous manifeste par  la voie de l’Esprit Saint. Ainsi, nous ayant libéré de tout péché, qu’il nous sauve et qu’il nous relève.»
Il comprenait alors qu’il n’était plus prisonnier du mal, et qu’il allait devenir témoin du salut de Dieu pour lui .
Je n’oserais pas dire que le sacrement des malades produit toujours une telle guérison. Et pourtant il est toujours un acte du Christ pour nous, il a sa source dans le mystère pascal, il s’accepte en nous comme une petite résurrection, même si les effets n’en sont pas sensibles et visibles.
En tout cas, je vous remercie, vous les personnes qui avez désiré recevoir aujourd’hui ce sacrement. Merci pour cet acte réel de foi et d’espérance ! Merci à vos familles  et à votre entourage de ne pas y avoir fait obstacle sous prétexte que ce sacrement serait l’annonce de la mort.
C’est l’inverse qui est vrai. Ce sacrement est le signe que rien n’empêche le vie Dieu de venir s’inscrire dans votre humanité, et de l’imprégner comme l’huile du sacrement. Et c’est pourquoi, en recevant ce sacrement vous, les malades, vous devenez pour tous des signes et des témoins de l’éclat de Dieu qui passe par ces gestes de salut.
Nous avons besoin de comprendre que l’évangélisation s’accomplit ainsi : comme dans l’évangile, elle est la rencontre du Christ vivant avec des hommes et des femmes en attente de salut, des hommes et des femmes qui soufrent, qui luttent et ont besoin d’être reconnus, respectés, soutenus dans tout ce qui fait leur dignité.
Quel désastre quand on réduit des gens à ce qui les rend infréquentables comme les lépreux d’autrefois !
Quelle inhumanité quand on ne sait plus voir chez un être  humain que son apparence ou sa réputation
L’action des sacrements, de ce sacrement des malades touche à ce qu’il y a en nous de plus profond, là où les souffrances du corps et de l’âme s’entremêlent, là où nous avons besoin d’être totalement  regardés par Dieu !

A vous les malades, je vous demande de  prier pour que tous, nous nous laissions atteindre par l’amour du Christ au plus profond de nos replis. Et vous tous, frères et sœurs, supplions l’Esprit-Saint de nous faire comprendre que notre église est engagée à la manière de Jésus, en percevant tout ce qui blesse notre humanité, et en lui communiquant cette joie de vivre, cette force de  résurrection qui vient de Lui le Sauveur !
                                                                           Claude DAGENS, évêque d’Angoulême

X   Evangile de Jésus Christ selon saint Marc                             2, 1-12

Jésus était de retour à Capharnaüm, et la nouvelle se répandit qu’il était à la maison. Tant de monde s’y rassembla qu’il n’y avait plus de place, même devant la porte. Il leur annonçait la Parole. Arrivent des gens qui lui amenaient un paralysé, porté par quatre hommes. Comme ils ne peuvent l’approcher à cause de la foule, ils découvrent le toit au-dessus de Jésus, font une ouverture et descendent le brancard sur lequel était couché le paralysé. Voyant leur foi, Jésus dit au paralysé : « Mon fils, tes péchés sont pardonnés. » Or, il y avait dans l’assistance quelques scribes qui raisonnaient en eux-mêmes :  « Pourquoi cet homme parle-t-il ainsi ? Il blasphème. Qui donc peur pardonner les péchés sinon Dieu seul ? » Saisissant aussitôt dans son esprit les raisonnements qu’ils faisaient, Jésus leur dit : « Pourquoi tenir de tes raisonnements ? Qu’est-ce qui est le plus facile ? de dire au paralysé : ‘Tes péchés sont pardonnés’, ou bien de dire : ‘Lève-toi ; prends ton brancard et marche’ ? Eh bien ! Pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir de pardonner les péchés sur la terre, je te l’ordonne, dit-il au paralysé : Lève-toi, prends ton brancard et rentre chez toi. » L’homme se leva, prit aussitôt son brancard, et sortit devant tout le monde. Tous étaient stupéfaits et rendaient gloire à Dieu, en disant : « Nous n’avons jamais rien vu de pareil. »

 

 

par Mgr. Claude Dagens publié dans : Pour réfléchir
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Samedi 25 février 2006

« CHEMINS D'ESPÉRANCE » est un bulletin de liaison pour les chrétiens divorcés, séparés et divorcés-remariés. Le dernier numéro parlait de LA FIDÉLITÉ.
Claire y a écrit son témoignage : séparée de son mari depuis qu’il est parti avec une autre (classique, hélas…) elle a pourtant choisie de demeurer fidèle au « oui » prononcé devant Dieu, même si son mari lui n’y est pas fidèle.
Quel sens cela peut-il avoir ?
Voici l’article :

6 ans après son départ, est-il raisonnable de continuer à désirer rester fidèle à une relation morte, et à quelqu'un qui ne m'aime plus ?
En posant ces mots, j'entends toutes les réflexions de mes proches qui ne comprennent pas ce choix et me conseillent avec délicatesse de "refaire" ma vie . Je me demande régulièrement si ce choix correspond à la peur de m'engager dans une nouvelle relation. Mais jusque là, il me semble que ce désir de rester fidèle s'enracine dans quelque chose de plus profond. Ce que je vais essayer de partager correspond à une étape sur un chemin que je parcours. Je ne sais pas si je parlerai indéfiniment dans ces termes. Mais depuis notre séparation, cette intuition a, globalement¸ toujours été la même.

alliances aux mille visages...À quoi suis-je fidèle puisque notre alliance est rompue ?
À moins que je ne me sois trompée sur toute la ligne, je crois que nous sous sommes profondément aimés pendant nos 25 ans de vie commune. Bien sûr, notre relation était faite de haut et de bas. Pourtant, il me semble que nous avions en commun le désir de la rendre plus profonde, plus vraie et plus vivante. Nous avons toujours plus ou moins cherché à améliorer notre dialogue et notre écoute mutuelle. Ce chemin, parcouru ensemble, m'a construite et je ne serais pas celle que je suis aujourd'hui sans tout ce que Grégoire m'a donné. La rupture a changé ma vie et mes projets mais n'a pas anéantie le fond de ma personne. Et j'ai fini par sentir que ma reconstruction se fondait sur ce qui avait été au cœur de notre relation. Apparemment, il y a bien un AVANT et un APRÈS, mais au fond de moi, je sens que ma fidélité à ce OUI donné, est comme un fil d'Ariane qui unifie ces deux périodes de ma vie.

retrouver sa place dans l'Eglise après une séparation, un divorce, ce n'est pas facile, mais des groupes de parole y aidentCela me conduit vers un devenir ouvert
Je décide de rester fidèle, mais n'attends pas un retour improbable. Loin de l'associer à une entrave, un enfermement ou quelque chose qui me rétrécit, ce désir me fait découvrir et goûter quelque chose de nouveau qui me donne une confiance étonnante dans l'avenir. C'est comme une musique de fond qui me révèle combien Dieu accompagne patiemment son peuple et renouvelle sa proposition d'amour depuis la nuit des temps, avec fidélité. Avec cette impression, le futur ne me fait plus peur ! J'ai eu la chance de grandir avec des parents qui s'aimaient et je mesure à quel point cela a été une chance. Devant l'échec de notre couple, j'ai peur que mes enfants ne puissent pas avoir confiance un jour en quelqu'un. En même temps, il n'est pas facile pour moi d'être à contre courant. On me dit si souvent que puisqu'il est parti, je me "dois" pour être "normale" de vivre avec quelqu'un ! Un jour où j'exprimais cette difficulté, quelqu'un m'a donné une image qui m'a bien aidée : votre désir de fidélité est comme le phare dans la nuit. Les marins savent qu'il est là, c'est un repère. Il ne donne pas aux bateaux la direction vers laquelle ils tendent, il indique simplement là où est le danger. Votre fidélité est un repère : le bateau et vos enfants peuvent avancer avec confiance en voyant que ce choix vous épanouit aujourd'hui..

À qui suis-je fidèle puisqu'il ne m'aime plus ?
Re-faire ma vie me paraît être synonyme de dé-faire ou de renier une partie de moi. C'est finalement aussi à moi-même que je suis fidèle dans ce choix. La fidélité que je décide de vivre aujourd'hui creuse en moi le travail de pardon : des paroles ou des pensées qui me traversent me permettent de découvrir régulièrement que ce travail de pardon ne se finit pas en une fois. C'est une histoire de paliers qui demande encore du temps pour être franchi. A chaque étape, j'ai l'impression d'y être arrivée et des indices me montrent qu'il me reste encore du chemin à faire. Cela se fait sans douleur aujourd'hui, plutôt comme une délivrance avec une impression d'enracinement. Vous me direz peut-être que si je passais à autre chose, ce serait plus facile de pardonner ? Je ne saurais pas vous répondre … Pourtant, ce désir de fidélité ne m'emprisonne pas. Je sens qu'il me permet d'aller au fond de ce que j'ai à vivre.

Une voûte ne tient que si ses piliers sont à la bonne distance…
Ce temps qui passe en continuant à dire oui, me permet de découvrir aussi ce qui n'est pas ajusté dans ma manière d'aimer : Mon mari hier, mes enfants aujourd'hui et tous ceux avec qui je partage des moments vrais . Je réalise que j' aimais trop ou que je ne suis pas toujours à la juste place ? Ce trop d'amour a sûrement empêché ceux qui m'entourent et en particulier Grégoire de se réaliser puisque je faisais tout pour que la vie soit la plus facile possible. Cela lui a convenu un moment et a fini par l'étouffer ? Cette découverte aura été importante pour moi et cela m'aide pour accompagner ceux que j'aime.
                                                                                         Claire

par Claire publié dans : Pour réfléchir
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Jeudi 19 janvier 2006

de robe noire à aube blanche: servir l'homme...Il existe une tradition à Angoulême : le rendez-vous que les avocats et membres de l’institution judiciaire se donnent, très librement, pour participer à une messe dite « du Saint Esprit » (parce que l’Esprit est présenté comme l’avocat, le Paraclet, dans St Jean) à l’église Saint André, le matin même des rentrée judiciaires du Tribunal civil et du Tribunal de Commerce l’après-midi.
C’est l’occasion pour notre évêque de maintenir des liens personnels avec les avocats qui sont là (en grande robe noire…). Voici le message de son homélie.

VENDREDI 13 JANVIER 2006

Homélie de la Messe du Saint Esprit
pour la rentrée judiciaire d’Angoulême
par Mgr. Claude Dagens

UN BESOIN DE RECONNAISSANCE MUTUELLE

            « S’étant postés en observation, les scribes et les grands prêtres de Jérusalem envoyèrent des indicateurs jouant les justes : ils voulaient prendre Jésus  en défaut dans ce qu’il dirait pour le livrer à l’autorité et au pouvoir du gouverneur. »
            Cet homme nommé Jésus est donc pour certains un personnage dangereux, une menace. Ce qui corrige fortement tant d’images édulcorées que nous nous faisons de Jésus. Il est certain que sa façon libre, courageuse de témoigner de Dieu, de sa Loi de vérité et de son Alliance dérange des puissants de son temps et de son peuple.
sans séparation, ni confusion: Dieu et César ne font pas nombre...            Et Jésus sait qu’on va lui tendre un piège. Ce sera à propos de l’impôt, qui n’est qu’un prétexte. Faut-il le payer oui ou non ? Jésus refuse immédiatement d’être rangé soit du côté de ceux qui se  résignent à l’occupation romaine, soit du côté de ceux qui appellent à y résister. « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. »
            Ce serait trop facile de réduire cette parole à un principe de distinction et de séparation entre le  pouvoir politique et le pouvoir spirituel. C’est vrai, mais dans la bouche et dans le cœur de Jésus, cette parole de vérité va beaucoup plus loin.
            A nous de la comprendre dans son plein sens. Elle dit clairement que Dieu n’est pas l’ennemi ou le rival de César. Entre eux, il n’y a aucun rapport de forces. Parce que Dieu est d’un autre ordre, et son pouvoir n’est pas du tout comparable à un pouvoir humain.
            J’ai souffert l’autre jour en entendant un haut responsable expliquer la loi de séparation en invoquant les guerres de religions et en disant que le pouvoir de la République était là pour réprimer les dangers du pouvoir divin.
            Quelle idée de Dieu ! Surtout si l’on revient à ce dialogue de Jérusalem, qui laisse déjà pressentir le procès de Jésus, sa condamnation à mort et son exécution en dehors de la ville. Alors le pouvoir de Dieu passera par la Croix de cet homme vaincu, mais qui, dans sa défaite apparente, révèle la seule force qui est en Dieu : cette force désarmée de l’Amour qui se livre et qui pardonne.
            Face aux scribes et aux chefs des prêtres qui l’interrogent, Jésus, le Fils de Dieu, sait déjà à quoi l’appelle sa mission, au risque de ne pas être reconnu. Il est ce Serviteur de Dieu qu’annonçait le prophète Isaïe : il est le signe de cette délivrance offerte aux pauvres, aux aveugles, aux prisonniers, aux victimes, et aussi aux coupables.
            Nous sommes là au-delà de la justice des hommes, et pourtant cette prophétie et ce dialogue concernent aussi la mission de la justice humaine. Pourquoi ? Parce que cette mission expose ceux et celles qui l’exercent à des interpellations, à des critiques, à des soupçons.
            Cela est de plus en plus réel dans notre société de méfiance, pour vous, membres du corps judicaire, magistrats, juges, avocats. Des affaires récentes ont manifesté fortement un besoin de reconnaissance publique pour ceux qui exercent la justice. Le premier président de la Cour de cassation vient de le dire avec finesse et avec force. J’ai lu son discours. J’ai retenu sa manière d’expliquer que, pour dire le droit, le juge soit reconnaître le justiciable comme un prochain, « un être humain compris, regardé pour lui-même, et non pas comme un cas d’espèce. »  Et qu’en jugeant ainsi, il s’agit d’inscrire « un devoir de conscience dans les principes rationnels de fonctionnement d’un service public. » Ce travail-là, dont vous êtes chargés demande à être compris et reconnu par la société, avant d’être critiqué à partir de ses échecs.Le Palais de Justice d'Angoulême
            C’est pourquoi nous prions aujourd’hui les uns pour les autres. Nous prions l’Esprit de Dieu dont le conseil passe pas nos consciences.
            Oui, frères et sœurs, nous avons besoin de nous reconnaître les uns les autres pas seulement comme des porteurs d’une fonction, mais comme des hommes et des femmes sans doute faillibles et  fragiles, mais désireux de servir avec nos consciences.
            Et pour vous, qui avez souvent à faire face à ces violences ou à ces dérives qui marquent notre société, nous demandons que l’Esprit Saint ne soit pas seulement un Esprit de conseil, mais un Esprit de force, de conviction, de courage, pour qu’il apparaisse clairement que la force de l’institution judiciaire, au-delà de ses faiblesses, c’est la force des consciences de ceux et celles qui y travaillent.
            Et bien entendu, nous, les membres et les responsables de l’Eglise, nous avons besoin de la même prière parce qu’à notre manière, nous sommes aussi au service de notre société et de notre humanité communes, en cherchant « à ne jamais briser le roseau ployé, à ne jamais éteindre la mèche. qui s’étiole », mais à témoigner de l’Alliance fidèle de Dieu pour tous les hommes et de son jugement à Lui, dont le dernier mot est miséricorde.
Claude DAGENS

par Mgr. Claude Dagens publié dans : Pour réfléchir
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