L’association « Les Flâneries cathédrales » a projeté ce film sur grand écran (4m x 3m) le Samedi 1° Avril dans la cathédrale. Notre organiste Frédéric Ledroit a improvisé aux grandes orgues penda
nt toute la durée de ce film étonnant (et la date du 1° avril lui a même inspiré une citation de … « La truite » de Schubert en clin d’œil…).Paradoxe que de vouloir évoquer un procès aussi célèbre que celui-là dans un film … muet !!!
Mais justement, lorsque le bavardage ne passe pas, les visages deviennent parole.
Visages extraordinaires : des trognes de paysans rustres, de soldats avinés, de juges avachis, de foules assoiffées de sang, d’inquisiteur sévère et parfois dubitatif…
Le noir et blanc se marie avec les trouvailles audacieuses de Drey
er pour son temps : contre-plongées, vues de dessus, de dessous, gros plans pleins de larmes et d’yeux exorbités, changement brutaux d’expression : on est à mi-chemin entre le Nô (théâtre classique japonais) et les bandes d’actualité projetées au cinéma, entre le mime Marceau et le drame de la Comédie française…Les quelques écrans-parole redonnent du coup une sobre importance aux paroles-même du procès tel que les « minutes » nous en ont été conservées dans un manuscrit de la Bibliothèque Nationale.
Sur ces images où les visages flamboient, Frédéric Ledroit a improvisé une bande son très contrastée : des silences accompagnaient certains passages où montait la haine accusatrice, des passages de facture classique ou contemporaine suivaient Jeanne dans son aventure intérieure.
L’instant par exemple où elle voit la couronne d’épines qu’elle s’était fabriquée (pour s’identifier à Jésus) être ramassée par un soldat avec ses cheveux pour la poubelle devient le début de sa fidélité retrouvée : elle renie son reniement, et choisit la mort plutôt que le mensonge. Là, l’orgue reprenait, après un long silence, et se mettait à accompagner Jeanne à nouveau dans sa marche vers elle-même…Et le final – magnifique ! – reprenait une sonate de Marcello, sereine et confiante, au moment où Jeanne est plongée dans le feu de la foule déchaînée et de sa passion dévorante pour Jésus (c’est son dernier mot avant de mourir : « Jésus »).
Bref : ne manquez pas ce film si on vous le propose !
L’improvisation de Frédéric Ledroit a été enregistrée : on vous fera peut-être profiter un jour…
Père Patrick Braud
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